Au plaisir …

… d’emmener nos enfants voir le monde …

Le Blog

Le Parc National des Glaciers (Argentine) - 16/01/08 au 04/02/08

Mercredi 16 janvier 2008, route vers El Calafate, Argentine, via la ville frontalière Cerro Castillo.
Après une longue journée de route nous arrivons enfin à El Calafate, ville située au sud du Parc National des Glaciers. Dès notre arrivée nous cherchons un mercado pour nous ravitailler en nourriture et boisson.
Je fais la manœuvre classique pour garer Idéfix le long d’un trottoir. Aucune voiture ne s’y trouve. Je mets la marche arrière, recule et … “Tiens, bizarre, je ressens une résistance. Est-ce le frein à main ?” Soudain, nous entendons un bruit de klaxon. Je regarde dans les rétroviseurs, rien. Mais tout à coup, je vois un homme débouler en hurlant et en gesticulant. “Oh, oh, j’ai dû cogner sa voiture.” L’homme, voyant que c’est une femme derrière le volant, s’adoucit. Nous sortons du véhicule pour voir les dégâts. Il y a beaucoup de dégâts, mais pas occasionnés par nous. L’homme s’énerve et nous demande de payer ou d’aller au commissariat. Réponse facile: “Allons voir la police ! “. Il aurait probablement préféré l’autre option. Nous nous demandons d’ailleurs s’il n’a pas volontairement provoqué l’accident. Arrivés au commissariat, l’homme fait sa déclaration en premier. Au bout d’une demi-heure, il sort et sert la main à Damien tout en s’excusant !! A nous de rentrer dans le petit bureau du policier. Nous lisons la déclaration de l’homme et constatons, avec désolation, qu’il a fait une fausse déclaration. Finalement, nous quittons le commissariat à 21 heures. Maintenant, les assurances feront le reste. C’est dans un état de fatigue et, je ne vous le cache pas, de légère révolte, que nous nous rendons au camping. Mais, oh, surprise, Coen et Karin sont là !

Vendredi 18 janvier 2008, “Hachile” arrive au camping avec Yann et Géraldine.
Les enfants jouent beaucoup dans “leurs” arbres avec les arcs que Damien leur a confectionnés. Ils jouent avec un petit garçon suisse, Jérémy.
Nous passons la journée à écrire nos carnets de route, à vérifier nos mails et à bavarder, puis nous partons réserver une excursion en bateau.

PN Los Glaciares - Lago Argentino
PN Los Glaciares - Lago Argentino

Samedi 19 janvier 2008, 6 heures! Tout le monde debout, le bus vient nous chercher à 7 heures et demie.
Chaque fois que nous partons en excursion avec une organisation nous nous sentons “bizarres”. Est-ce le fait de se retrouver avec de nombreux autres touristes ou simplement parce que le temps d’une journée nous n’aurons plus notre “liberté” et devrons écouter et suivre le guide partout ?
A neuf heures précises, le bateau quitte le petit port de Puerto Bandera. Nous naviguons sur le Lago Argentino. Cap sur le glacier Spegazzini. Plus nous nous en approchons, plus les blocs de glace qui flottent sur l’eau sont grands. De loin, nous observons que le glacier s’est frayé un chemin entre les flancs des montagnes. Sa largeur ne fait que 1500 mètres, mais sa hauteur est impressionnante. Mesurant entre 80 et 125 mètres de haut, il est le glacier le plus haut du Parc National.

PN Los Glaciares - Glacier Spegazzini
PN Los Glaciares - Glacier Spegazzini
PN Los Glaciares - près du Glacier Upsala
PN Los Glaciares - près du Glacier Upsala

Après cette jolie mise en bouche nous mettons le cap sur le glacier Upsala. Il y a quelques heures, nous trouvions les blocs de glace voguant sur l’eau grands, ici, ils sont énormes.

PN Los Glaciares - Glacier Upsala
PN Los Glaciares - Glacier Upsala

La vue sur le glacier Upsala est nettement plus impressionnante. Pour la simple et bonne raison que nous le voyons sur une longueur de 5000 mètres. Nous nous y sentons tout petits, d’autant plus que c’est le plus grand glacier de toute la Patagonie. La surface visible est de 595 km², mais la superficie de la totalité du bassin est de 1000 km².

PN Los Glaciares - près du Glacier Upsala
PN Los Glaciares - près du Glacier Upsala

Nous sommes surtout émerveillés par les nombreuses nuances de bleu que nous observons dans les icebergs, ainsi que par leurs formes parfois très étranges.

PN Los Glaciares
PN Los Glaciares

Dernière destination de la journée : Puerto O’Nelli. Tout le monde est invité à mettre pied à terre. Une petite balade dans la forêt nous mène jusqu’à le Laguna O’Nelli où trois petits glaciers convergent. L’endroit est superbe mais rempli de touristes, évidemment.

Après dix heures de navigation nous retrouvons le bus qui nous ramène à El Calafate. La journée fut longue mais belle et la nature nous a une fois de plus impressionnés.
Au camping, Coen, Karin, Yann et Géraldine nous attendent pour le souper. Ces derniers nous ont préparé des crêpes. Génial !

PN Los Glaciares - Perito Moreno
PN Los Glaciares - Perito Moreno

Lundi 21 janvier 2008, le Glacier Perito Moreno. Nous en avons beaucoup entendu parler et nous en avons vu de nombreuses photos.
Entre voyageurs, nous échangeons régulièrement de “bons tuyaux”. Celui concernant ce glacier est un tuyau qui vaut de l’or. Nous suivons les conseils et arrivons au parc au moment du coucher du soleil. Nous nous installons, comme conseillé, sur le parking du haut. Quel bonheur, nous sommes seuls et nous avons une superbe vue sur cette énorme étendue blanche. Malgré l’heure tardive, nous descendons sur les passerelles. Et là, il n’y a que nous, le glacier et ses bruits de craquements, et le calme. Il est minuit lorsque nous rentrons dans nos pénates.

PN Los Glaciares - Perito Moreno
PN Los Glaciares - Perito Moreno

Mardi 22 janvier 2008, réveil à 6 heures et quart. Nous ne souhaitons manquer le lever du soleil sous aucun prétexte. C’est vers 7 heures moins le quart, une tasse de café à la main que nous nous retrouvons à nouveau nez à nez avec ce géant blanc. Sauf que ce matin, avec les couleurs du soleil levant, le glacier est rose orange. C’est absolument magique. Nous sommes seuls et le spectacle des couleurs est grandiose. De temps en temps l’effondrement d’un morceau de glace vient rompre le silence. Dire que le fond du glacier est fait de neige qui s’est cristallisée il y a des milliers d’années.

PN Los Glaciares - Perito Moreno
PN Los Glaciares - Perito Moreno

Le soleil se lève de plus en plus et soudain la couleur orangée s’estompe pour laisser place au blanc étincelant de la glace. Comme nous disait une amie, Géraldine, on dirait une énorme meringue. Nous profitons encore de ce bel endroit quelques instants et laissons finalement notre place aux centaines de touristes qui vont bientôt arriver.

PN Los Glaciares - Perito Moreno
PN Los Glaciares - Perito Moreno

Le restant de la journée, nous le passons au Lago Roca. Nous y trouvons un bel endroit avec vue sur un des bras du Lago Argentina et sur les montagnes du Parc National. Faisant partie du Parc National, cet endroit et sa nature sont, heureusement, fort respectés. Une fois de plus, nous y trouvons un sentiment de sérénité.

PN Los Glaciares - Lago Roca
PN Los Glaciares - Lago Roca

Mercredi 23 janvier 2008, ce matin, comme tous les matins (sauf exception), nous passons quelques temps à remplir nos obligations. C’est-à-dire, à instruire nos enfants, comme à l’école. Fort heureusement, le périple que nous effectuons semble également les instruire beaucoup. Nous sommes d’ailleurs agréablement surpris qu’après huit mois de route ils se souviennent encore de tant de choses que nous avons vécues lors des premiers mois.

PN Los Glaciares - Lago Roca
PN Los Glaciares - Lago Roca

Cet après-midi, nous nous promenons le long de l’eau. Les enfants “armés” de leurs arcs ouvrent la voie. “Nous devons vous protéger des nombreux animaux dangereux. Pauline et moi sommes vos guides.” Rien de tel qu’une balade en famille.

PN Los Glaciares - Lago Roca
PN Los Glaciares - Lago Roca

Au retour de la promenade, je ne sais pour quelle raison, je jette un coup d’œil aux pneus. Oh, oh, les fils de fer du pneu arrière gauche sont apparents! Et le pneu avant gauche semble également bien usé. Nous devons changer le pneu arrière. Mais alors, il nous restera plus qu’un pneu de réserve et un pneu usé à l’avant. Nos plans de prendre la Ruta 40 (piste) vers El Chalten pour voir le Mont Fitz Roy risquent de changer. Surtout qu’après, nous aimerions faire la Carretera Australe, au Chili.
Allons dormir, la nuit nous portera conseil.

Jeudi 24 janvier 2008, la décision est prise, nous devons d’abord trouver deux pneus neufs avant de s’aventurer sur de trop longues pistes.
De retour à El Calafate, Damien se renseigne auprès de plusieurs mécaniciens et il en profite pour leur demander leur avis concernant les bruits étranges que fait le véhicule sur les pistes.

En route vers Rio Gallegos
En route vers Rio Gallegos

Vendredi 25 janvier 2008, le garagiste nous conseille de changer la “cazoleta”, pièce située au-dessus de l’amortisseur. Mais cette pièce ne se trouve pas ici, à El Calafate, ni sur la route qui va vers le nord. Pareil pour les pneus, il n’y a pas de grandes villes sur notre route où nous pourrions trouver ceux qu’il nous faut. La seule option est de repartir vers l’est, à Rio Gallegos.
Ce week-end nous resterons encore à El Calafate en compagnie de nos amis français et hollandais.

Taller San Martin à Rio Gallegos
Taller San Martin à Rio Gallegos

Lundi 28 janvier et mardi 29 janvier 2008, nous emmenons Idéfix d’un garagiste à l’autre, du “taller Milla”, au “taller Fiat”, au “taller sans nom”, pour finalement trouver un peu d’aide au “taller San Martin”. Les mécaniciens passent quelques heures à démonter Idéfix. Premier diagnostic : “Tout va bien. “. Et finalement ils nous disent: “Ah, oui, il se pourrait que la “cazoleta” soit un peu usée. “. Damien et le mécanicien font le tour de la ville pour en trouver une semblable, mais en vain.
Finalement, dans cette ville, nous ne trouverons ni “cazoleta”, ni pneus. La seule solution est de remonter la côte est jusqu’à Comodoro Rivadavia.

Samedi 2 février 2008, Comodoro Rivadavia, serait-elle la ville des meilleurs garagistes ?
Rebelote, nous roulons d’un garage à l’autre, d’un “repuesto” (vendeurs de pièces détachées) à l’autre. En fin de journée nous rentrons au camping avec de bonnes nouvelles. Un rendez-vous est fixé lundi matin pour faire mettre de nouveaux pneus et le garagiste prétend pouvoir trouver une “cazoleta”…
Au camping, nous retrouvons par surprise Yann et Géraldine. Ils ont également dû changer leur itinéraire pour des raisons mécaniques. Demain, dimanche, jour de repos !

Lundi 4 février 2008, il nous a fallu une semaine de recherche et 700 kilomètres de route pour trouver de nouveaux pneus, une nouvelle “cazoleta” … nous sommes prêts pour attaquer la Carretera Australe.

 

Torres del Paine (Chili) - 7/1/08 au 15/1/08

Du lundi 7 janvier au mercredi 9 janvier 2008, nous partons faire un petit tour d’exploration dans la zone franche de Punta Arenas. Même si les prix n’y sont pas forcément intéressants, on y trouve réunis un tas de produits qu’on ne trouve pas partout en Amérique Latine. Nous y achetons un disque dur pour les sauvegardes de nos photos, un couteau suisse et des cannes à pêche pour les enfants. Nous passons la nuit garés le long d’un trottoir dans un quartier résidentiel. Nous avons demandé la permission à l’un des habitants qui n’y voyait pas d’inconvénients.

Nous passons plusieurs heures dans la zone portuaire de la ville. Nous y rendons visite à différentes agences maritimes afin de dénicher une compagnie de cargo qui puisse assurer le transport d’Idéfix vers l’Australie. Tous les départs pour l’Australie se font depuis Santiago (Valparaiso), mais les agences travaillent sur plusieurs ports. Alors nous profitons de notre passage par Punta Arenas pour faire connaissance avec les agences, qui de toutes façons ne répondent quasi jamais lorsqu’on les contacte par e-mail. Deux de ces agences travaillent avec l’Australie et nous promettent une réponse rapide … par e-mail.

Les “sélénites” aussi sont de passage à Punta Arenas. Ils sont suivis de Laurent, Delphine et leurs enfants, voyageant également en camping-car. Ils se joignent à nous dans notre quartier résidentiel pour y passer la nuit. Nous voilà à trois camping-cars le long du trottoir dans cette rue bordée de jolies petites maisons. Les habitants semblent néanmoins s’amuser de notre présence.

Jeudi 10 janvier 2008, la dernière ville, du moins lorsque nous venons de sud, avant d’atteindre le Parc National Torres del Paine, est Puerto Natales. C’est une ville très basique, toutes les maisons se ressemblent, la plupart sont construites en bois et elles ont toutes, comme dans de nombreuses villes patagoniennes, un toit rouge, vert ou bleu. Vue de haut, c’est une ville très colorée. Nous ne passons qu’une demie journée ici, le temps d’y trouver une bonne carte de la région et du Parc National Torres del Paine et d’y faire quelques réserves de nourriture et de boisson.

Puerto Natales
Puerto Natales
Cueva del Milodon
Cueva del Milodon

Vendredi 11 janvier 2008, remontant depuis Puerto Natales, nous nous arrêtons à hauteur de la “Cueva del Milodón”. Nous attendons que les français nous rejoignent, puis nous partons ensemble visiter la fameuse grotte. C’est dans cette énorme grotte que l’on a découvert les restes d’un “paresseux”, animal préhistorique qui a disparu depuis l’âge de glace. Les six enfants marchent devant et sont tout excités d’explorer une grotte où ont vécu toutes sortes de bêtes préhistoriques. Il faut dire qu’avec le bruit qu’ils font, même les animaux résidant actuellement dans la grotte ne sont pas à l’abri d’un danger d’extinction immédiate.

Nous, les parents, peu impressionnés par la visite, décidons de continuer notre route vers le Parc National Torres del Paine ce soir même. Il est dommage, cependant, que la nuit tombe, car la route qui mène ver l’entrée sud du parc doit être de toute beauté en plein jour. Elle longe quelques lacs à l’eau bleu azur et offre quelques points de vue sur les glaciers et sur les pics rocheux du parc. Nous entrons dans le parc vers minuit et garons nos trois camping-cars sur le parking d’un hôtel près du Lago Grey.

Route vers Torres de Paine
Route vers Torres de Paine

Samedi 12 janvier 2008. “Voilà les enfants, ce qu’est un glacier!” Du bord du Lago Grey nous voyons le glacier Grey s’agripper à la roche. Sur le lac, quelques blocs de glace, qui ont lâché prise, flottent en s’éloignant. Depuis notre mirador, le glacier paraît un peu loin. De plus, le ciel nuageux n’améliore pas la visibilité. Néanmoins, la promenade est agréable et elle nous offre un petit avant-goût des glaciers avant que nous n’allions visiter ceux d’Argentine.

Torres del Paine - Glacier Grey
Torres del Paine - Glacier Grey

L’après-midi, l’apparition de la pluie vient perturber nos plans et notre bonne humeur. Les parents restent dans le camping-car et profitent de la connexion Wifi de l’hôtel, alors que les enfants se fabriquent des camps dans les bosquets.

Dimanche 13 janvier 2008, le Parc National Torres del Paine, classé Réserve de la biosphère par l’Unesco en 1978, serait l’un des plus beaux parcs du Chili. Probablement parce que les paysages sont très variés, il y a de la steppe, des forêts, des montagnes, des lacs et des glaciers. Le nom du parc provient des trois montagnes élancées qui se trouvent côte à côte. Il y a également les trois “Cuernos del Paine” (cornes du Paine).

Torres del Paine
Torres del Paine

Lors de la promenade, à partir de la guarderia du Lago Pehoe, Damien ne cesse d’essayer de trouver les trois tours. Mais tout au long de la journée, nous serons surplombés par les trois cornes. Cette promenade est superbe, elle nous mène d’une belle cascade à un passage culminant où le vent souffle si fort que le temps d’un instant, en ouvrant ses bras, on peut rêver d’être un condor et imaginer de se laisser emporter par le vent. Mais rapidement les cris de joie des enfants nous ramènent à la réalité.
Le soleil brille et nous permet d’apprécier à sa juste valeur ce superbe endroit, ces magnifiques paysages, le vert des arbustes, le jaune de leurs fleurs, le bleu du lac et du ciel, le blanc étincelant de la neige posée sur une roche grise. Les montagnes ne sont pas très hautes (maximum 2900 mètres) mais leurs formes les rendent tout simplement majestueuses. On s’y sent tout petit mais très heureux.

Torres del Paine
Torres del Paine
Torres del Paine
Torres del Paine

Lundi 14 janvier 2008, la piste qui nous mène du Lago Pehoe à l’entrée Laguna Amarga est belle, mais sans plus. Accompagnés de deux autostoppeurs chiliens nous profitons néanmoins de cette route. Au détour d’un virage, nous apercevons un lac et, oh surprise, deux condors viennent embellir le décor. Ce sont les premiers que nous pouvons observer de si près. Les enfants ont le nez scotché à la fenêtre et expriment leur joie par des “Waw ! “.

Arrivés à la guarderia, nous demandons s’il est possible de remplir nos réservoirs d’eau. Le gardien refuse en disant que le robinet ne fonctionne pas bien. La fille chilienne, que nous avons prise en autostop, part chez le gardien munie de son meilleur espagnol et de son plus beau sourire. Surprise, elle obtient la permission de prendre de l’eau…
En fin d’après-midi, les deux camping-cars français nous rejoignent à notre emplacement le long de la rivière. Mais ils vont continuer leur route vers la Laguna Amarga.

Les enfants, comme d’habitude, jouent au bord de l’eau et Damien se régale avec l’appareil photo car nous voyons enfin les “Tres Torres”.

Torres del Paine
Torres del Paine

Mardi 15 janvier 2008, ciel dégagé. Les trois tours du Paine s’affichent sur une toile bleu clair. Il n’y a pas un nuage à l’horizon. Notre petite famille traverse le pont étroit à pied et part en randonnée. Les vues sur les pics ensoleillés défilent inlassablement. La nature est fort différente des autres endroits, c’est plus aride, moins vert et le sol est couvert de nombreuses branches mortes.
Pauline est en pleine forme. Yann est un peu grognon car il n’y a pas de rochers à escalader sur ce sentier. Néanmoins, les enfants marchent bien.

Torres del Paine
Torres del Paine

Vers 16 heures, nous levons le camp et quittons le Parc National pour passer la nuit à seulement 3 kilomètres d’ici, au bord de la Laguna Amarga. Les enfants y retrouvent leurs amis, Océane, Timothée, Romane et Sam.
L’endroit est une fois de plus joli et calme. Notre présence ne semble nullement déranger les guanacos et les nandous qui vivent ici.

Torres del Paine - Laguna Amarga
Torres del Paine - Laguna Amarga
Torres del Paine
Torres del Paine

 

Terre De Feu (Argentine) - 15/12/07 au 6/1/08

Samedi 15 décembre 2007, persuadés que les passages de douane se font rapidement dans le sud, nous arrivons tranquillement au poste de douane. Nous ouvrons la porte et sommes envahis par une vague de chaleur et de bruit. L’endroit est bondé. Il y a tellement de monde que nous avons besoin de quelques minutes pour trouver le début et la fin de la file. Et pour cause, la file est en colimaçon. Il faut faire deux fois le tour d’une pièce pour ensuite continuer l’attente dans la prochaine pièce. Finalement, cette attente durera trois heures!

Les formalités pour sortir de l’Argentine terminées, nous nous rendons à la douane chilienne, deux kilomètres plus loin. Heureusement, le monde s’est dispersé et il ne nous faut qu’une demi-heure pour sortir des bureaux et pour passer le contrôle sanitaire. Mais nous avons pris beaucoup de retard sur notre planning. Il est déjà 13 heures et nous n’avons parcouru que 10 kilomètres! Il nous reste encore un ferry à prendre et 215 kilomètres à faire au Chili, dont 125 kilomètres de piste, avant d’arriver aux postes de douane pour repasser en Argentine. Quelle bêtise, être obligé de passer par le Chili, et donc de répondre à toutes les formalités administratives, pour arriver à Ushuaia, situé en Argentine. Arriverons-nous en territoire argentin encore ce soir? Nous avons un grand avantage, il fait clair jusqu’après 22 heures.

Punta Delgada
Punta Delgada

Heureusement, nous ne devons attendre que quelques minutes pour monter sur le ferry. Les véhicules stationnés devant nous montent facilement, mais leur arrière, nettement plus court que le nôtre, passe à peine à quelques centimètres des ponts placés entre la berge et le bateau. Je descends d’Idéfix pour vérifier le porte-à-faux mais un homme nous fait signe d’attendre. A notre grande surprise, le bateau recule de quelques mètres vers la berge, ce qui rend le creux moins important. Damien avance tout doucement. Idefix passe et caresse gentiment le sol avec son porte-à-faux. Je fais signe au capitaine en guise de remerciement pour sa marche arrière. Nous traversons le Détroit de Magellan, le fameux passage qui relie l’Océan Atlantique à l’Océan Pacifique, découvert par Magellan en 1520.

Nous voilà en Terre de Feu. Les paysages sont très beaux, tout est d’un vert clair, la route longe une rivière où guanacos, moutons et vaches viennent assouvir leur soif.
Après plus de trois heures de piste nous arrivons à la frontière. Ce soir, nous avons plus de chance que ce matin, les passages de douane se font rapidement. Il est 19 heures lorsque nous sommes à nouveau en pays argentin. Nous prenons notre courage à deux mains et roulons encore 80 kilomètres pour passer la nuit à Rio Grande.

Tierra Del Fuego (passage par le Chili)
Tierra Del Fuego (passage par le Chili)

Dimanche 16 décembre 2007, aujourd’hui, le réveil ne sonnera pas. Après une belle grasse matinée et un bon petit déjeuner, nous fabriquons pour les enfants un petit bateau avec des déchets de bois traînant sur le terrain de camping.
La ville de Rio Grande n’a rien de très intéressant à nous offrir, si ce n’est un garage FIAT auquel nous comptons nous rendre demain matin.

Lundi 17 décembre 2007, le garagiste ne peut pas nous prendre tout de suite. Nous aurions voulu lui demander de vérifier si le problème de notre amortisseur – pourtant solutionné depuis Cordoba – n’est pas en train de refaire surface. Tant pis, nous repasserons peut-être dans quelques semaines, lorsque nous remonterons vers le nord. Entre-temps, continuons notre descente vers le sud.

Ce soir nous bivouaquerons à Cabo San Pablo, une petite excroissance de la ligne côtière, au pied d’une épave de bateau. Pour la rejoindre, nous prenons une piste qui nous mène d’une estancia à l’autre. La piste traverse une zone très boisée où de nombreux arbres sont renversés par le vent. Des centaines de branches mortes jonchent le sol. Sur les rivières que nous longeons, des castors ont édifié des dizaines de barrages. La vue sur la mer, souillée par une épave néanmoins impressionnante, nous surprend une fois de plus.

Tierra Del Fuego - Cabo San Pablo
Tierra Del Fuego - Cabo San Pablo

Nous garons Idéfix près d’une petite rivière au pied d’un pont dont les poutres en bois sont toutes vermoulues. Il fait incroyablement calme. Les enfants partent jouer dehors et imitent les castors en essayant de construire un barrage sur la rivière.
En fin de soirée, deux agents de police viennent nous demander si tout va bien. Ils travaillent au petit poste de police le long de la piste et n’ont sans doute rien d’autre à faire que de patrouiller dans le coin.

Tierra Del Fuego - vers Cabo San Pablo
Tierra Del Fuego - vers Cabo San Pablo

Mardi 18 décembre 2007, la brume peine à se dissiper. Il pleut et tout est boueux. Nous levons le camp et prenons la route pour Tolhuin.
Nous faisons un saut à la panaderia renommée de Tolhuin, puis nous nous installons dans un camping au bord du lac Fagnano. Par temps clair nous devrions avoir une superbe vue sur le lac et les montagnes enneigées situées de l’autre côté, mais ce n’est pas le cas aujourd’hui. Cette constatation faite, je me prépare à brancher l’électricité. Horreur ! J’ai dû mal fermer la trappe de rangement, car je m‘aperçois qu’elle est ouverte et que notre câble électrique a disparu. Il a dû tomber pendant que nous roulions.

Ne sachant pas si nous pourrions trouver en Argentine un nouveau câble avec une pièce de connexion similaire, nous voulons absolument tenter de le retrouver. Alors que je pousse toujours de gros jurons, le sixième sens de Sophie produit déjà la première idée vers une solution. Nous roulons alors jusqu’au bureau de police de Tolhuin et demandons aux agents s’ils peuvent contacter leurs collègues de Cabo San Pablo par radio. Les collègues répondent et confirment qu’ils nous connaissent parce qu’ils nous avaient parlés hier soir. Ils promettent de faire un tour à l’endroit où nous avons passé la nuit et ils nous préviendront s’ils ont trouvé quelque chose. Super ! Nous pouvons donc rentrer tranquillement au camping sans avoir à refaire la route et la piste jusqu’au cabo.

Deux heures plus tard, la police de Tolhuin fait irruption au camping. Ils nous signalent que leurs collègues ont retrouvé notre câble après avoir interrogé un camionneur qui l’avait ramassé par terre, au bord de la piste. Mais comment pouvons-nous le récupérer ? Ils nous proposent gentiment de nous retrouver au croisement entre la piste et la route asphaltée. Génial, ceci nous évite de faire les 35 kilomètres de piste aller-retour. Incroyablement charmant !

Mercredi 19 décembre 2007, nous passons à la panaderia afin d’y acheter quelques sucreries pour nos amis policiers. A l’heure du rendez-vous, nous retrouvons les deux agents de Cabo San Pablo et ils nous remettent notre câble. D’abord, ils refusent notre petit cadeau. Comme nous insistons, ils finissent par l’accepter. “Muchas gracias seniores !”

Tierra Del Fuego - Cabo San Pablo
Tierra Del Fuego - Cabo San Pablo

Jeudi 20 décembre, des lacs, des rivières, des bois, des montagnes enneigées résument grossièrement la nature de la Terre de Feu. Une chose étrange nous frappe. De nombreux arbres ont des barbes! De la cime, en passant par leurs branches et jusqu’au tronc, les arbres présentent, hormis leur feuillage, des tiges ou plutôt des pousses, parfois si longues qu’on dirait des barbes. Au départ, nous craignons que ce soit un parasite, mais après renseignement, nous apprenons que c’est un signe d’air pur. Plus l’air est pur, plus il y en a. Mais il y a également des parasites, de forme ronde et orange, sur quelques arbres. Ces derniers repoussent ces “étrangers” en formant de grosses excroissances.

IMG_5061.JPG
IMG_5061.JPG

Nous arrivons à Ushuaia en milieu d’après-midi. Nous sommes à cinq jours de Noël et il n’y a aucune décoration en rue. Dans les autres villes que nous avons croisées les jours précédents non plus d’ailleurs. Nous n’apercevons que rarement les couleurs de quelques boules ou d’autres décorations de Noël derrière la fenêtre d’une maison.
Ushuaia, ville la plus au sud? Pas sûr, mais bon. Nous nous trouvons néanmoins à seulement 1000 kilomètres de l’Antartique. Il suffit de regarder vers le sud et d’imaginer au-delà du Canal de Beagle et au-delà des dernières montagnes de la Cordillère des Andes, une grande étendue de glace. Ce n’est pas très loin.

Tierra Del Fuego - Ushuaia
Tierra Del Fuego - Ushuaia

Vendredi 21 décembre au mercredi 26 décembre 2007, au camping “La Pista Del Andino”, nous retrouvons, comme prévu, de nombreux voyageurs rencontrés dans d’autres pays ou dans d’autres villes d’Argentine: Dominique et Diane (canadiens vus à Salta), Marie et Marcel (suisses vus à Cusco et sur la côte est argentine), Karin-Marijke et Coen (hollandais rencontrés à Salta), Ruth et Peter (suisses rencontrés à Cusco et à Salta), et beaucoup d’autres encore. Nous faisons également la connaissance de Yann et Géraldine, deux jeunes français voyageant dans un vieux fourgon Citroën, et les “sélénites”, famille française qui cherche également un cargo pour l’Australie.

Tierra Del Fuego - Ushuaia
Tierra Del Fuego - Ushuaia

Nous retrouvons un peu l’ambiance de Salta. En journée, chacun fait ce qu’il lui plaît et le soir, nous nous retrouvons pour l’apéro, nous cuisinons chacun notre popote et continuons à bavarder tout en mangeant. Tous les soirs il est tard car nous ne nous rendons pas compte du temps qui passe. Non seulement parce que nous sommes en bonne compagnie mais aussi parce qu’il fait clair jusque passé 23 heures.
Le réveillon de Noël s’organise petit à petit. Des voyageurs ont un vieux spi de bateau que nous allons accrocher entre nos véhicules en cas de pluie. Il vaut mieux prévoir car depuis que nous sommes en Terre de Feu, la pluie nous a salués tous les jours. D’ailleurs, Yann et Pauline ont baptisé la Terre de Feu, Terre de Pluie.

Tierra Del Fuego - Ushuaia
Tierra Del Fuego - Ushuaia

Le 24 au soir, la simplicité et la convivialité sont au rendez-vous. Petit à petit des personnes arrivent et déposent leurs plats et bouteilles sur les tables. Finalement, nous avons un “walking diner” avec un superbe buffet international: chile con carne des british, salades et gâteaux des écossais, lasagne aux fruits de mer de Martin, le canadien, brochettes de poulet de Dom et Diane, Steve, backpacker allemand, a apporté un assortiment de zakouskis, asado de légumes des belges (nous), anchoyade des français, Nanou et Denis, crêpes salées et sucrées de Yann et Géraldine et tout cela suivi d’un arc-en-ciel de desserts.

La soirée se termine par des chants autour du feu de camp. Damien gratte la guitare et nous fait chanter LA chanson qu’il a écrite pour Ushuaia.
La soirée se termine par une ambiance très chaleureuse.

Tierra Del Fuego - Ushuaia
Tierra Del Fuego - Ushuaia

Jeudi 27 décembre 2007, la Ruta 3 débute à Buenos Aires, longe toute la côte et finit ici, au Parc National Tierra Del Fuego, 20 kilomètres à l’ouest d’Ushuaia. Cette route, nous l’avons adorée car elle nous a emmenés jusqu’aux nombreux animaux marins que nous avons pu découvrir, cette route, nous l’avons méprisée lorsqu’elle ne nous donnait comme seul paysage que la pampa pendant des centaines de kilomètres, cette route, nous l’avons détestée avec ses rafales de vent impressionnantes, cette route, finalement, nous a conduits jusque “au bout du monde”.

Tierra Del Fuego - Estancia Harberton
Tierra Del Fuego - Estancia Harberton

Il est temps de visiter les alentours d’Ushuaia. Martin monte à bord d’Idéfix et nous formons un petit convoi avec le camping-car des “sélénites” pour nous rendre au Parc National de la Terre de Feu.
Le parc est très joli et propose plusieurs petits sentiers de randonnée. Nous établissons notre campement au bord d’une petite rivière. Les enfants partent pêcher avec Timothée et Océane. Une heure plus tard, ils reviennent bredouilles.

Les randonnées sont agréables. Elles nous mènent d’abord vers une lagune, “la lagune noire”, à laquelle le fond de tourbe donne sa couleur et son nom. Ensuite, elles nous mènent vers la fin de la ruta 3, là où la route s’arrête net devant le Canal de Beagle. Finalement, elles nous font découvrir les plages de sable et de galets qui longent le canal.

Parque Nacional Tierra Del Fuego
Parque Nacional Tierra Del Fuego

Après deux nuits passées dans le parc, nous retournons au camping d’Ushuaia, non pour prendre une douche bien chaude car celles-ci y sont difficiles à obtenir, mais pour préparer les festivités de fin d’année.

Lundi 31 décembre 2007, dernier jour de l’an. A minuit nous entamerons une nouvelle année, une fête s’impose donc. Nous avons opté pour la même formule que celle du réveillon de Noël. En début de soirée, tout le monde arrive avec de délicieux petits plats. Martin, Yann et Coen préparent un feu de bois pour les pizzas et le four d’Idéfix chauffe à fond pour gratiner les toasts au roquefort et champignon apportés par les sélénites. Une fois de plus, nous avons un superbe buffet.

Les hommes ont trouvé le moyen d’avoir de la musique et Coen a préparé un mixe des années 80 sur son ordinateur. L’ambiance est au rendez-vous, ça swing, ça chante et ça rit.
Le soleil patagonien vient juste de se coucher lorsque nous faisons sauter les bouchons de champagne. Happy New Year! Nous nous souhaitons à peu près tous la même chose: une bonne santé et surtout une bonne continuation dans le périple entamé.

Tierra Del Fuego - Ushuaia
Tierra Del Fuego - Ushuaia

Mercredi 2 janvier 2008, il y a d’autres villes ou villages en Argentine qui se situent plus au sud qu’Ushuaia. Entre autre, Haberton, ou la Estancia Haberton. C’est notre prochaine étape.
Nous entrons dans un paysage vallonné. Aux sommets des petites collines, des arbres patagoniens, malmenés par le tout puissant et incessant vent d’ouest, ont poussé dans la direction du vent. De l’autre côté du Canal de Beagle nous apercevons Puerto Williams, la ville chilienne qui se prétend être la ville la plus australe du monde.

Tierra Del Fuego - Estancia Harberton
Tierra Del Fuego - Estancia Harberton

Nous dépassons Estancia Haberton et continuons notre route vers Moat. Nous traversons quelques ponts dans un état douteux. Soudain nous voyons du rouge qui bouge. Ah, c’est Coen et Martin qui nous font signe de nous arrêter. Ils nous proposent de bivouaquer avec eux, ils auraient trouvé un très bel endroit. Le seul hic est qu’ils roulent avec un 4×4 et nous pas. Coen nous rassure que si nous nous embourbons, il pourra nous sortir de là.

Dom et Diane, ne nous voyant pas arriver à Moat, rebroussent chemin. Nous les apercevons de loin et courons pour leur indiquer que nous sommes là. Dom et Diane, contrairement à nous, ne viennent pas d’abord analyser le terrain. Dom fonce tout de suite vers nous. Il prend n’importe quelle direction. Nous les voyons tous les deux faire des bonds de 10 centimètres dans leur camionnette et celle-ci avance cohue-cohant et sautant dans tous les sens. Karin et moi sommes prises d’un fou rire.

Tierra Del Fuego - Estancia Harberton
Tierra Del Fuego - Estancia Harberton

Cela fait plusieurs semaines que nous sommes en Terre de Feu et pourtant, tous les soirs, nous nous émerveillons de l’heure tardive du coucher du soleil. Les hommes préparent un feu de camp, les femmes le souper. Nous passons une délicieuse soirée autour du feu.
L’endroit est tranquille et magnifique. Les arbres morts donnent au paysage un aspect un peu fantomatique et étrange. Nous sommes en latitude Sud 54°…

Tierra Del Fuego - Estancia Harberton
Tierra Del Fuego - Estancia Harberton

Jeudi 3 janvier 2008, au réveil, quelle surprise lorsque nous levons les stores d’Idéfix, au loin, nous apercevons un troupeau de chevaux qui galopent au bord du canal. Quelles belles images avec l’eau et les montagnes en arrière-plan. L’endroit est si calme, si paisible que tout le monde opte pour y passer une journée et une nuit de plus. Entre temps, les chevaux s’approchent de nos véhicules. Coen emmène Pauline pour les observer de plus près. Les chevaux semblent attirés par Pauline et s’en approchent. Elle résiste à ne pas prendre ses jambes à son cou et reste calmement près de Coen. Yann joue avec Karin au jeu “Les Colons de Catane”. Le restant de la journée, chacun fait ce qu’il lui plaît et toujours dans le silence. Quel bonheur.

Nous partons nous promener le long du Canal de Beagle. Une fois de plus, nous sommes fascinés par la diversité, en formes et en couleurs, des nuages dans ce coin du bout du monde.
Des centaines de branches d’arbres morts, polies par le sable et rendues grises par le sel, tapissent la plage le long du canal. Nous en ramassons un peu pour le feu de ce soir.

Tierra Del Fuego - Estancia Harberton
Tierra Del Fuego - Estancia Harberton

En fin de journée, Yann et Pauline scient du bois avec Coen.
Nous profitons beaucoup de ce bel endroit, nous mangeons tous autour du feu de camp, assis sur un tronc d’arbre ou dans un hamac et nous bavardons jusqu’aux petites heures.

Tierra Del Fuego - Estancia Harberton
Tierra Del Fuego - Estancia Harberton

Vendredi 4 janvier 2008, nous nous quittons et reprenons la route. Il y a de fortes chances que nous nous retrouvons ce soir à Rio Grande. Nous quittons tous la Terre de Feu. La route est longue mais bonne.
Arrivés à Rio Grande, nous faisons quelques achats et cherchons un endroit où capter du wifi. En début de soirée, nous nous rendons au seul camping de Rio Grande. Et qui retrouvons-nous? Dom, Diane, Coen, Karin et Martin. Petite soirée sympa en perspective avec en prime une excellente douche chaude et une partie de “Colons de Catane”.

Dimanche 6 janvier 2008, journée de routes et de pistes, de douanes et de ferry. Nous entamons la même route pour quitter la Terre de Feu, que celle prise pour y arriver il y a deux semaines.
Nous souhaitons arriver ce soir à Punta Arenas. Nous ne prenons pas le ferry à Porvenir mais à Punta Delgada car la traversée y coûte moins cher. De plus, ayant déjà pris ce ferry, nous sommes certains de pouvoir y embarquer sans soucis, malgré le long porte-à-faux.

C’est vers 20 heures que nous arrivons près de Punta Arenas. Nous nous garons en bord de plage peu avant l’entrée de la ville portuaire.

 

La côte patagonienne (Argentine) - 20/11/07 au 15/12/07

Mardi 20 novembre 2007, nous voilà de retour à l’endroit que nous avions quitté il y a plus d’un mois pour remonter à Cordobà, pour y revoir papa et maman et pour rencontrer Virginia et sa famille : la Péninsule de Valdes et alentours ! Nous y étions tellement bien, nous y avons vécu de beaux moments et vu des centaines de baleines. Y aura-t-il encore des baleines?
Il est 16h00 lorsque nous arrivons au camping de l’ACA et nous y retrouvons Jess et Nico. Il y a également d’autres voyageurs français. Ce soir au menu, bien évidemment, un asado. Nous pensions rejoindre la plage de Punta Flecha demain mais nous apprécions la compagnie de Jess et Nico. Nous décidons de rester ici un peu plus longtemps.

Petrel sur Punta Flecha
Petrel sur Punta Flecha

Du vendredi 23 au dimanche 25 novembre. Chouette, nous quittons Puerto Madryn et allons passer un jour ou deux sur la plage près de Punta Flecha.
Nous retrouvons la piste sans problème. Arrivés sur place, nous contemplons l’océan pendant de longs moments, mais aucune baleine en vue. Apparemment, les baleineaux ont pris suffisamment de force pour partir avec leurs mères vers les eaux froides du sud. Néanmoins, nous aimons cet endroit, son calme et la vue sur la mer. A défaut de pouvoir prendre des photos de baleines, nous en prenons de “petrels”, grands oiseaux qui volent juste au-dessus des vagues et qui jouent dans le vent.
Samedi, coup de panique ! Nous constatons que tout le liquide de refroidissement du moteur a coulé. Heureusement, il y a un garage Fiat à Puerto Madryn. Nous irons lundi.
Un autre camping car est arrivé. Ce sont des français, Paul et Nadine. Le monsieur jette également un coup d’œil au radiateur d’Idéfix. Constatation : probablement un trou dans le radiateur et ce malgré la plaque de protection sous le moteur !

Lundi 26 novembre 2007, c’est une journée très intéressante… Nous arrivons au garage vers 10h00. Comme dans chaque garage, ils nous prennent en charge tout de suite. Mais nous ne récupérerons Idéfix qu’en fin d’après-midi car ils ont plusieurs heures de travail et en plus, ils font la siesta de 12h00 à 16h00 !!
Nous passons une bonne partie de la journée en ville.

Mardi 27 novembre 2007, encore une journée très intéressante… Nous nous rendons chez «Firestone » afin d’y arranger l’alignement de nos roues avant. L’intérieur du pneu avant gauche s’use anormalement vite. Là, ils ne peuvent nous aider et ils nous donnent une adresse à Trelew. En route. Nous y arrivons vers 15h30. A 16h30, le tour est joué. L’alignement est, selon les argentins, correct et nous devrions être “tranquilo” pour longtemps.
Nous trouvons un camping à quelques kilomètres de Trelew. D’autres voyageurs y passent aussi la nuit : hollandais, allemands et français.

Mercredi 28 novembre 2007, enfin, nous nous relançons sur la route. Vive l’aventure, vivement de nouvelles découvertes ! En route vers Isla Escondida. Après avoir parcourus quelques kilomètres sur la nationale 3, nous trouvons facilement la piste qui mène vers la plage. Le ciel est gris, quelques gouttes de pluies sont déjà tombées. J’espère qu’il ne pleuvra pas trop. Sinon, nous resterons sur la plage le temps qu’il faudra pour que la piste sèche. Je ne suis pas certaine que nos 4 tonnes puissent passer sans problème sur cette piste mouillée.

Isla Escondida
Isla Escondida

Nous nous approchons de la plage et là, nous avons une superbe vue sur la petite baie. Aura-t-on la chance d’y voir des éléphants de mer? Nous trouvons un endroit sympa pour passer la nuit, évidemment, avec vue sur mer. A cent mètres d’Idéfix deux éléphants de mer se prélassent au soleil. C’est munis de l’appareil photo et de la caméra que nous allons les observer de plus près. Le bruit de nos pas sur les pierres les réveillent. Ils lèvent la tête et nous observent de leurs grands yeux noirs. Dès que nous nous approchons de trop, ils ouvrent leur gueule et émettent un son semblable à un long, très long rot.

Isla Escondida
Isla Escondida
Isla Escondida
Isla Escondida

Le ciel s’éclaircit petit à petit. Nous partons nous promener sur les rochers. La mer est splendide, sa couleur est d’un bleu azur et l’écume des vagues est d’un blanc étincelant.
Les enfants cherchent et observent les crabes prisonniers dans les creux des rochers. “Ici, c’est le paradis des crabes” s’écrient-ils.

De retour à notre point de départ, près des deux éléphants de mer, les enfants nous invitent à prendre l’apéritif dans leur passage secret. Le temps de jouer quelques minutes ce jeu de rôle, un troisième éléphant de mer arrive près de la plage. Nous nous en approchons. C’est une scène incroyable. Je filme la scène. J’ai Yann et Pauline en avant plan. Pauline est accroupie, joue dans le sable, l’air de rien. Yann, fait le pitre, il saute, joue avec les vagues et fait pas mal de bruit. L’éléphant de mer, curieux, l’observe, nous observe. Il n’est qu’à quelques mètres de nous. Va-t-il nous apprivoiser et venir sur la plage ? Malheureusement, non. Probablement trop impressionné par ces bipèdes, il préfère s’en aller vers un endroit plus clément. Par contre, les deux autres éléphants de mer ne semblent nullement dérangés par notre présence et se dorent toujours au soleil. Ils bougent à peine, si ce n’est pour se gratter ou pour se tourner un peu plus vers le soleil. Finalement, c’est à marée haute, 5 heures après notre arrivée, que nous les voyons enfin faire trois mètres pour se jeter à l’eau. Leur fainéantise nous donne envie de nous coucher de bonne heure et de dormir profondément tels ces drôles d’animaux marins.

Punta Tombo
Punta Tombo

Jeudi 29 novembre 2007, au lever, nous apercevons quelques éléphants de mer de loin. Il fait beau, nous profitons encore un peu de ce bel endroit et partons ensuite vers Punta Tombo. La piste est longue mais les paysages sont de plus en plus jolis, surtout, lorsque nous apercevons la mer de loin. Bon-papa Richie aimerait certainement peindre cette vue. La terre beige, rouge par endroits, abrite des petits bosquets verts, des fleurs jaunes dont les guanacos semblent se régaler et tout cela sur le fond bleu azur de la mer. D’ici quelques kilomètres, nous arriverons dans une réserve qui contient la plus grande colonie de pingouins de Magellan d’Amérique du Sud. A cette période de l’année il y a en moyenne 175000 couples de pingouins. Les mâles, qui sont un rien plus grands que les femelles, arrivent au mois de septembre. Ils retrouvent leur nid et l’arrangent. Les femelles les rejoignent un peu plus tard. Elles pondent leurs œufs aux alentours du mois d’octobre. Après quarante jours de gestation les petits sortent de leur coquille. Les parents couvent les petits à tour de rôle. L’un reste au nid et l’autre part à la chasse, c’est-à-dire à la mer pour y attraper des poissons.

Nous arrivons à Punta Tombo vers l’heure du midi. Nous hésitons à faire la balade rapidement afin de partir relativement tôt pour trouver un endroit où dormir. Dormir ici serait impossible. Néanmoins, nous posons la question et personne ne nous dit non. Chouette, nous pourrons donc profiter pleinement de la promenade et loger ici tranquillement.

Punta Tombo
Punta Tombo

Dès le début de la promenade nous nous rendons compte qu’il y a un nid de pingouin sous chaque arbuste. Nous pouvons y voir un des parents couver un œuf ou protéger son petit en le maintenant sous ses ailes. D’autres pingouins se promènent, enfin vont et reviennent de la mer, d’autres encore soignent leur plumage noir et blanc en le couvrant d’huile. Yann et Pauline s’amusent à imiter leur démarche, ils mettent leurs pieds en position “10h10″ et se dandinent tout en maintenant leurs bras tendus, légèrement écartés, le long de leur corps.
Le site est superbe, les couleurs sont magnifiques et d’autres animaux, tels des moutons, des guanacos, des souris, des skuas antarctiques (oiseaux), des goélands (et d’autres animaux que nous n’avons pas aperçus) partagent ce bel endroit avec les pingouins.
De retour chez Idéfix, nous faisons la connaissance de Charlotte, Alexandre et Antoine (20 mois). C’est une famille française en camping car. Ils dormiront également ici cette nuit.

Punta Tombo
Punta Tombo

Le soleil se couche de plus en plus tard. Nous profitons donc de plus en plus des belles et longues soirées. Lorsque la nuit commence à tomber et que la température baisse, les pingouins se mettent à crier. Leurs cris varient entre le son d’une trompette et le braiment d’un âne. Nous avons droit à un vrai concert pendant plusieurs heures. Nous avons même droit à la visite de pingouins et de guanacos qui viennent tout près d’Idéfix. Voilà encore une belle journée que nous venons de vivre!

Vendredi 30 novembre 2007, le jour se lève sur le site de Punta Tombo. Les touristes ne sont pas encore arrivés. Nous nous levons tôt et entamons notre heure quotidienne d’école tout de suite après le petit déjeuner. Le matin, les enfants parviennent mieux à se concentrer, même s’ils jettent de temps en temps un regard par la fenêtre afin de voir si un pingouin ne vient pas discrètement suivre la leçon.
Il est 10h30. “Ok, l’école est finie, en route.” Nous nous rendons à Camarones d’où une piste longeant la baie nous mène au parc de Cabo Dos Bahias. Le vent s’est levé et le ciel est un peu couvert. Nous décidons malgré cela de faire la visite du site.

Cabo Dos Bahias
Cabo Dos Bahias

Le site est plus petit que celui de Punta Tombo mais la colonie de pingouins est importante et dense. Peu importe où nous posons notre regard, notre champ de vision grouille de palmipèdes en noir et blanc. Des passerelles en bois nous permettent de marcher à quelques centimètres au dessus du territoire des pingouins et de les observer de très près. Les uns reviennent de la mer, d’autres émettent leur cris en allongeant leur cou et en pointant leur bec grand ouvert vers le ciel. D’autres encore, se disputent pour un nid et se frappent avec leur bec. Les pingouins ne semblent nullement effrayés par notre présence. Lorsque Yann et Pauline veulent monter sur la passerelle, un pingouin leur “bloque” le passage. Ce sont plutôt les enfants qui ont peur d’un coup de bec du pingouin. Après de longues minutes d’attente et voyant que l’animal semble ne pas vouloir bouger, nous décidons de passer à côté de lui. Nous avons l’impression de presque l’effleurer. Nous sommes seuls sur le site. Mais le ciel nuageux et le vent glacial font que nous ne profitons pas pleinement de cet endroit magique. Quelques lions de mer se reposent sur les rochers d’une petite île située en face du site, mais ils sont trop loin pour pouvoir les observer avec beaucoup d’intérêt.
Après une demi-heure de visite, nous remontons dans Idéfix pour faire une heure de piste. Peu avant de rejoindre Camarones, nous nous arrêtons sur une petite plage où nous décidons de bivouaquer. L’endroit est agréable. Sophie scrute le moindre mouvement de l’eau dans la baie dans l’espoir d’apercevoir une orque. En vain… les orques manqueront probablement à notre collection de photos d’animaux marins.

Camarones
Camarones

Samedi 1 décembre 2007, au réveil, le soleil brille, le ciel est bleu, la mer est plate comme un miroir et la plage juste à nos pieds. Que demander de plus? Après l’école et quelques moments d’écriture, nous passons le restant de l’après-midi sur la plage avec les enfants. Que du plaisir, nous retrouvons des moments de notre enfance et des instants partagés avec nos enfants, chez nous, à la mer du nord. Nous creusons un grand trou et construisons un château de sable tout en attendant ensuite que les vagues de la mer engloutissent notre souvenir de la Belgique.
Pour Yann, ces jeux sur la plage ne sont pas les seuls bons moments de la journée. Il a (enfin) perdu sa première dent de lait. Il attendait cela depuis un bon bout de temps. Qu’il est fier!

Bosque Petrificado - Sarmiento
Bosque Petrificado - Sarmiento

Lundi 3 décembre 2007, près de Sarmiento, au bout d’une piste de 30 kilomètres se trouve un parc appelé “Bosque Petrificado” ou un parc de bois pétrifié. Il y en a plusieurs en Argentine. Nous garons Idéfix devant la maison du guardaparque et empruntons un petit sentier sur un terrain abrupt et aride. Le vent souffle très fort. Il n’y a pas de végétation pour y faire écran. Sur les flancs des monticules de roches érodées sont éparpillés des tronc d’arbres dont le bois s’est transformé en pierre. Ces troncs se trouvent là depuis plus de 60 millions d’années! A première vue, il s’agît de vulgaires morceaux de bois. Lorsque nous les touchons, par contre, nous sommes forts surpris par la froideur et la dureté du bois. Sous nos pieds les copeaux de bois qui s’entrechoquent font un bruit de cliquetis. Etonnant!
N’ayant aucune envie de refaire 30 km de piste ce soir, nous demandons au guardaparque la permission de loger à l’entrée du site. Il accepte gentiment en nous laissant croire qu’il le fait exceptionnellement. Le soleil se couche, le vent forcit. Les nuages prennent des couleurs spectaculaires, variant entre l’orange et le rose, sur un fond bleu. Un renard s’approche, petit à petit les couleurs ternissent et puis s’éteignent. Bonne nuit.

Mercredi 5 décembre 2007, Nous arrivons à Puerto Deseado et longeons le fleuve en amont. Nous entrons dans la réserve naturelle de Ria Del Deseado. Les petits îlots parsemés sur le fleuve abritent des centaines de goélands et des cormorans. Nous contemplons la scène depuis la rive. Puis, nous retournons en ville afin de nous inscrire pour une excursion en bateau. Ainsi nous pourrons continuer à découvrir ce superbe endroit demain.

Puerto Deseado
Puerto Deseado

Jeudi 6 décembre 2007, nous prenons un bon petit déjeuner avec du pain grillé tartiné de Nutella que Bon papy et bonne mamy nous ont ramené il y a déjà un mois. Ensuite, en route pour l’excursion. Je suis toute excitée, aurons-nous la chance de voir des “toninas overas” (dauphins de Commerson)? J’en ai même rêvé cette nuit…

Puerto Deseado - Ria del Deseado
Puerto Deseado - Ria del Deseado

Nous embarquons dans un grand zodiac avec trois autres personnes. La sortie en bateau se passe sur le Rio Deseado qui fait partie de la réserve naturelle Ria Del Deseado. Le capitaine nous emmène vers l’embouchure de la rivière. Nous observons des centaines de goélands ainsi que des sternes arctiques plongeant à pic dans l’eau. Ils sont en compétition avec les pingouins qui nagent à la surface avant de plonger à la vue du moindre petit poisson.

Puerto Deseado - Ria del Deseado
Puerto Deseado - Ria del Deseado

Soudain, nous apercevons des taches noires et blanches à côté du bateau… les dauphins! Super, ils sont au rendez-vous! Il y en a à tribord, à bâbord, devant la proue, ils jouent, sautent passent sous le bateau et filent comme des flèches lorsque le bateau accélère. Ah, nous sommes comblés de bonheur.

Puerto Deseado - Ria del Deseado
Puerto Deseado - Ria del Deseado

Après ce moment d’exaltation, nous partons vers d’autres rencontres, vers celles de cormorans gris et de cormorans “de roche”. Ils nichent par dizaines sur la falaise. Le cormoran gris nous surprend par sa beauté. Tel son nom l’indique, son plumage est gris, ses pattes et son bec sont rouges et ses yeux d’un bleu perçant. Le cormoran “de roche”, dont nous apprécions particulièrement la position d’atterrissage, nous permet de voir de très près des nouveaux-nés.

Puerto Deseado - Ria del Deseado
Puerto Deseado - Ria del Deseado

Les découvertes ne sont pas terminées, nous naviguons vers une petite île où ont élus domicile des lions de mer. Le bateau s’en approche tellement que nous avons l’impression de pouvoir les toucher. Nous en avions déjà vus mais jamais de si près. Le mâle, droit sur ses pattes avant, semble tenir la garde. Il y a en moyenne 4 à 9 femelles pour un mâle. Si l’on compte tous les jeunes, cela fait une belle famille nombreuse.

Puerto Deseado - Ria del Deseado
Puerto Deseado - Ria del Deseado

Nous finissons la visite de la réserve par un arrêt sur une île où habitent des pingouins de Magellan. Ici, nous les voyons dans un cadre tout à fait différent que précédemment. C’est la première fois que nous nous promenons parmi les pingouins sur la plage. De plus, les paysages sont magnifiques.
Voilà encore une belle journée de découverte de la faune patagonienne.

Puerto Deseado - Ria del Deseado
Puerto Deseado - Ria del Deseado

Le restant de la journée, nous la passons essentiellement sur le net à la recherche d’un cargo pour l’Australie et nous ouvrons nos boîtes à messages en espérant avoir quelques nouvelles de notre famille et de nos amis. Aujourd’hui, tout le monde fête la Saint-Nicolas en Belgique et les fêtes de fin d’année approchent à grands pas. Y aurait-il une petite pointe de nostalgie ou juste l’envie de partager nos moments de bonheur respectifs ?

Vendredi 7 décembre 2007, Feliz Cumpleaños Carlos! Encore une journée de route. La monotonie de la route est interrompue deux fois. Une première fois par un groupe de guanacos qui traversent la Ruta 3 au moment où nous arrivons à leur hauteur et qui m’oblige à freiner sec. Une deuxième fois par un bruit court et sec, provenant de sous le capot, qui nous surprend. Idéfix perd de la vitesse et produit de la fumée noire. “Oh, non, quoi encore?” Heureusement, l’inquiétude ne dure pas longtemps. Le tuyau d’arrivée d’air s’est détaché, je ressers la bague et nous pouvons repartir.
Le vent souffle fort, très fort. Et la pampa, cette grande étendue sans relief et pourvue d’une végétation très basse, ne fait rien pour retenir ce vent contre lequel Idéfix lutte. Le vent vient du sud. Nous dépensons beaucoup de gasoil, la jauge du carburant baisse à vue d’œil. Nous arrivons à Puerto San Julian sans encombres.

Puerto San Julian
Puerto San Julian

Samedi 8 décembre 2007, à Puerto San Julian, là où l’avenue San Martin débouche sur la rive, est ancré une réplique du navire Victoria. Avec ce navire, l’explorateur portugais Magellan a fait escale dans ce port en 1520. Magellan fut frappé par la taille et la force d’un des hommes qu’il rencontra et lui donna le surnom de “Patagon”. C’est ainsi, que Puerto San Julian se dit fier d’être à l’origine du mot “Patagonie”, qui désigne les trois provinces australes de l’Argentine. Si Magellan fut le premier homme de l’histoire à effectuer le tour du monde, nous, par contre, avec notre Idéfix, nous ne sommes certainement pas les premiers à effectuer le “circuito turistico” aux abords de San Julian. Il s’agit d’une piste de 30 kilomètres qui longe la côte et qui nous permet de profiter de quelques belles vues sur la mer, sur des plages, d’apercevoir une île de pingouins et une loberia où les lions de mer brillent aujourd’hui par leur absence.
Nous passons une après-midi agréable mais pas inoubliable. Le vent pousse de gros nuages gris dans notre direction. Nous décidons donc de ne pas bivouaquer sur la plage comme prévu mais de nous mettre à l’abri au camping.

Lundi 9 décembre 2007, nous souhaitons quitter Puerto San Julian et aller au Parc National Monte Leon. Nous quittons le camping vers 11 heures et passons d’abord en ville pour faire quelques courses. Nous y rencontrons une famille allemande en voyage pendant 6 mois avec quatre enfants. Nous échangeons quelques tuyaux et finalement nous nous installons avec Idéfix devant une maison privée où l’on peut capter du Wifi. C’est marrant, tous les jours, nous voyons des étrangers s’installer dans leur véhicule devant cette maison. On se demande pourquoi… Le temps de vérifier nos mails et de mettre le site à jour, il est 16 heures lorsque nous sommes fin prêts pour quitter Puerto San Julian. Mais quel vent sur la route ! Idéfix est continuellement poussé vers la gauche.
Finalement, nous n’allons pas rouler jusqu’au Parc Monte Leon. Nous passons la nuit sur une petite île, appelée “Isla Pavon”, située au beau milieu d’une rivière, à 34 kilomètres du Parc. L’endroit est sympa, c’est une petite oasis dans cette région de steppe relativement aride.

Parque Monte Leon
Parque Monte Leon

Mardi 11 décembre 2007, chouette, nous n’avons pas beaucoup de kilomètres à parcourir aujourd’hui. Nous ne devons affronter ce vent que pendant une demi-heure avant d’entamer la piste qui va vers l’est. Nous traversons une pampa bordée de quelques collines. D’innombrables guanacos nous regardent passer. Yann cherche un puma entre les petits arbustes. Nous faisons un premier arrêt à la “loberia”. Une petite promenade sur une passerelle de 400 mètres nous emmène en haut d’une falaise. De là, nous observons des lions de mer. Les uns se prélassent sur les rochers et les autres essaient de les rejoindre. La roche est très raide et très lisse. Ils s’élancent, prennent appui sur leurs pattes arrière, montent de quelques mètres et… glissent comme sur un toboggan, retombent à l’eau et recommencent le même effort pour enfin, au bout de plusieurs essais arriver en haut où ils pourront se reposer pendant de longues heures.

Parque Monte Leon
Parque Monte Leon

Le prochain arrêt est à la “Isla Del Guano”. Nous y voyons de loin deux colonies de centaines de cormorans impériaux. Au début du siècle dernier, les hommes ramassaient les excréments (guano) de ces oiseaux afin de les revendre aux industries chimiques qui en extrayaient des composants. Les visites fréquentes de ces ramasseurs de guano mettaient en péril la vie de cette colonie et d’autres oiseaux qui nichaient sur cette île. En 1994, la province de Santa Cruz nomma cette île “réserve provinciale”, ce qui mit définitivement un terme au ramassage des excréments. Ainsi, la survie de la colonie des cormorans impériaux était assurée. Nous poursuivons notre route car il y aurait encore de jolies choses à voir. Entre autres, une grotte uniquement accessible à marée basse.
Nous partons faire une promenade sur la plage. Les galets de la plage montrent une multitude de couleurs. Il y en a qui sont blancs ou beiges, mais d’autres sont verts ou rouges. Un pingouin égaré sort de l’eau et marche vers nous sur deux mètres en se balançant. Puis, il semble se rendre compte qu’il n’est pas au bon endroit et il replonge dans la mer.

Parque Monte Leon
Parque Monte Leon

Vers 18 heures, heure de la marée basse, Damien, Yann et Pauline partent à la découverte de la grotte. Une heure plus tard, ils reviennent bredouilles… ils n’ont pas trouvé la grotte! Ils se sont promenés jusqu’au pied de la Isla Del Guano. Au retour, Damien va se renseigner chez le guardaparque. La grotte s’est effondrée il y a un an ! Voilà le mystère de la grotte élucidé.

Ce soir, malgré que le vent souffle de plus en plus fort, Damien prépare la viande “a la plancha”. La viande argentine cuite à la poêle est bonne, mais grillée au feu de bois, elle est absolument succulente! Le repas terminé, les enfants couchés, nous sortons et profitons de cette belle soirée. Il est 21h30 et il fait toujours clair. Cette nuit, nous sommes bercés dans Idéfix qui bouge au rythme de ce vent incessant.

Mercredi 12 décembre 2007, hier soir, le vent s’est couché bien après 22 heures, ce matin, il faisait clair à 5 heures. Le soleil brille mais le vent souffle toujours, il soulève d’énormes nuages de sable. Lorsque nous pointons notre nez dehors, tous nos orifices se remplissent de ces petits grains. Difficile de profiter pleinement de cet endroit dans ces conditions. Dommage, nous quittons le parc et retournons sur l’ile Pavon afin de nous abriter du vent. Heureusement qu’il n’y a que 30 kilomètres à faire car nous ne nous sentons pas très à l’aise. Le vent souffle tellement fort qu’il fait faire des zigzags à Idéfix. Les derniers mètres sur le pont nous effrayent ! Au camping, nous retrouvons Marcel et Marie, rencontrés à Cusco, au Pérou, ainsi que la petite famille allemande de Dos Bahias. Je leur raconte mes craintes qu’Idéfix puisse se renverser à cause du vent. Sur la route, Damien me rassure en me disant que c’est impossible. Mais Marcel, qui a bien plus d’expérience que nous, nous dit le contraire ! Ouf, nous avons bien fait de venir nous abriter ici. En cet instant précis, nous écrivons nos carnets de route.

Jeudi 13 décembre, étape à Rio Gallegos. Quel plaisir de rouler sans être continuellement poussé par le vent ! Idéfix avale rapidement les kilomètres. Arrivés à Rio Gallegos, nous vérifions nos mails et achetons le stricte minimum dans un “mercado”. Après-demain, nous passerons la frontière chilienne et il est interdit d’entrer au Chili avec des fruits, des légumes, de la viande, de la charcuterie, du fromage, etc.
Nous devons donc manger nos produits frais tant que nous sommes sur le sol argentin.

Petite anecdote de Pauline : “Maman, je peux avoir un morceau de fromage, s’il te plaît?”
“Pauline, tu en as dans ton sandwich.”
“Mais non, maman, je voudrais un morceau de fromage en liberté! ”

Vendredi 14 décembre 2007, au sud de Rio Gallegos, la pampa change d’aspect. Les petits buissons verts disparaissent et font place à d’immenses étendues d’herbe sèche. Nous ne pouvons nous empêcher de nous imprégner de ce décor patagonien. Le ciel bleu est soutenu par une armée de petits cumulus touffus. Mais dans la même journée, le ciel peut se charger de nuages gris lourd et menaçants. Le vent souffle fort et sans interruption. Sans doute un gaucho solitaire est-il en train de préparer un feu pour son repas du soir, mais nous ne le voyons pas. Les étendues des prairies sont trop grandes. Mais qui a bien pu installer ces milliers de kilomètres de clôture séparant les terres de la route ?

Laguna Azul
Laguna Azul

Ce soir, nous logeons à côté de la “Laguna Azul“. Ce petit lac à l’eau claire est un lac volcanique situé dans le cratère d’un volcan complètement affaissé. Des oiseaux survolent le lac en poussant des cris semblables à un klaxon de vélo. Ce sont des “Bandurrias” (une espèce d’ibis au long cou jaune).

 

De La Rioja à Mendoza (Argentine) - 8/11/07 au 14/11/07

Jeudi 8 novembre 2007, avant de faire un saut de puce vers la frontière chilienne afin de renouveler notre visa pour l’Argentine, nous nous arrêtons dans la province de San Juan. Nous y visitons le Parc Provincial d’Ischigualasto. Le parc est situé dans une région désertique et est l’un des rares endroits au monde où l’on peut observer la géologie de l’ère du triasique (donc d’il y a 250 millions d’années), mise à nu par les mouvements de terrain dus au déplacement de la Cordillère des Andes.

Parque Provincial Ischigualasto
Parque Provincial Ischigualasto

Idéfix traverse le parc en suivant un convoi de véhicules. Un guide, assis dans le véhicule en tête de convoi, s’arrête par endroits afin de nous montrer des rochers aux formes spectaculaires ou des fossiles de plantes prisonnières de la roche. Des chercheurs ont déterré ici des dizaines de squelettes de dinosaures. Ces derniers, malheureusement pour nous, ont été envoyés dans les musées aux quatre coins du monde.

Après la visite du parc, nous nous rendons dans la province de La Rioja, vers le Parc National Talampaya. Ce parc, jumelé avec celui d’Ischigualasto a été classé au Patrimoine Mondial de l’Humanité par l’Unesco. Nous logeons à l’entrée du parc en attendant d’en faire la découverte demain matin. Un renard semble s’intéresser à nous et passe la soirée à nous observer.

Parque Nacional Talampaya
Parque Nacional Talampaya

Vendredi 9 novembre 2007, les photos des parois rouges du canyon de Talampaya nous avaient déjà impressionnés lorsque nous les avions aperçues dans un guide de voyage. Et nous n’avons pas été déçus de voir de nos propres yeux ces murs gigantesques de roche rouge qui s’élancent vers le ciel. D’un côté du canyon la roche taillée par le vent forme un édifice, surnommé “la cathédrale”. Un peu plus loin, le vent a creusé un cylindre sur toute la hauteur de la falaise. Ce cylindre, à partir duquel nos voix font résonner un écho impressionnant est surnommé “la cheminée”. Un condor est niché au-dessus de nous. Sur le chemin du retour nous surprenons un groupe de guanacos (sorte de lama qu’on peut observer dans cette partie de l’Argentine).

Guanacos
Guanacos

Ce soir, nous logeons à San Augustin de Valle Fertil. Drôle de nom pour un village situé dans une région si aride et dénuée du moindre champ ou verger.

Samedi 10 novembre 2007, avant de continuer notre route vers Mendoza, nous faisons une petite halte à Vallecito, à 60 kilomètres de San Juan. Nous y visitons le sanctuaire de la “Difunta Correa”.

Sanctuaire de la Difunta Correa
Sanctuaire de la Difunta Correa

L’histoire raconte que cette femme, portant son bébé dans les bras, était partie à la recherche de son mari pendant que le pays était en guerre. Sa quête fut longue et difficile et Correa finit par mourir de faim. Lorsqu’on trouva son corps quelques jours plus tard, on cria au miracle parce que le bébé était toujours en vie, tétant au sein de sa maman défunte. Depuis, les argentins vouent un véritable culte à la défunte Correa. Un sanctuaire a été érigé à l’endroit où Correa fut retrouvée et celui-ci est devenu un important lieu de pèlerinage. Les argentins viennent y confier leur destin à la Difunta Correa. Ainsi, ils lui demandent la protection de leur famille, de leur maison, de leur voiture, etc… Pour ce faire ils lui offrent des maquettes de leur maison, des plaques de voiture, des pots d’échappement, des trophées de championnats de football et des photos de famille, pour ne citer que quelques exemples. Tous ces objets sont entreposés au sanctuaire et plusieurs chapelles supplémentaires ont dû y être construites afin de contenir toutes ces merveilles qui continuent de s’accumuler. L’une de ces chapelles sert d’étalage à des centaines de robes de mariée. Par-ci par-là, un vieux plâtre pend aux murs, accompagné d’une petite inscription qui remercie la défunte Correa pour la guérison d’une jambe cassée.

Nous rencontrons d’ailleurs fréquemment des petites chapelles, dressées aux bords des routes argentines en l’honneur de la défunte Correa. Les chapelles sont parfois cachées derrière d’énormes monticules de bouteilles en plastique, remplies d’eau. Celles-ci ont été déposées par des adorateurs, afin d’assouvir la soif de la défunte Correa dans l’au-delà.

Il existe un autre personnage auquel les argentins vouent un culte similaire. Il s’agit de “Gauchito Gil”, dont nous vous parlerons sans doute une autre fois.

Dimanche 11 novembre 2007, nous passons notre dimanche sur un terrain de camping dans la ville de Mendoza. Ainsi nous profitons du soleil et nous nous amusons à observer les argentins qui préparent leurs barbecues en famille autour de nous. Nous attendons la tombée de la nuit et le retrait des argentins pour en faire de même. Nous mettons la musique à tue-tête et dansons avec les enfants.

Mendoza
Mendoza

Lundi 12 novembre 2007, le bus nous dépose dans le centre-ville. La ville de Mendoza est la quatrième plus grande ville d’Argentine et n’est certainement pas la moins agréable. Nous flânons dans les rues piétonnes et sur les petites places fleuries de la ville. La Plaza España est recouverte d’un dallage décoré de dessins de bateaux et de poissons. Une fresque rend hommage à Christophe Colomb, l’homme qui a découvert l’Amérique sans se douter qu’il serait à l’origine d’une invasion cruelle et dévastatrice de ce continent où différents peuples et cultures étaient déjà bien ancrés.

Mendoza
Mendoza

Mardi 13 novembre 2007, la province de Mendoza étant à l’Argentine ce que la région de Bordeaux est à la France, nous ne pouvions omettre de rendre une petite visite à l’une des “bodegas” situées dans le quartier Maipu, à l’est de la ville. Nous choisissons de nous rendre à la “Bodega La Rural” parce qu’en plus d’offrir une visite guidée de ses chais, cette bodega présente également un petit musée du vin.
La bodega possède 250 hectares de vignes. Les pieds de vigne sont aménagés de telle façon que leurs feuillages se rejoignent pour faire comme un petit toît, protégeant les grappes du soleil éclatant. Les sommets enneigés de la Cordillère des Andes, dominant les étendues de terres et de vignes, forment un tableau haut en couleurs et de profondeur. Et le vin … n’est pas mauvais.

Mercredi 14 novembre 2007, nous revoilà dans la montagne. Le poste de frontière entre l’Argentine et le Chili se trouve sur la Cordillère des Andes, à hauteur du col appelé “Paso de San Fransisco“. Cette route transfrontalière est depuis longtemps jonchée d’une voie ferrée, dont nous entrevoyons les vestiges tout au long de notre ascension. A l’époque, il fallait passer à une altitude de 4000 mètres, au pied de la statue du “Christ Rédempteur”, afin de passer de l’autre côté. Aujourd’hui, il suffit de traverser la montagne, à 3000 mètres d’altitude, grâce au tunnel de 3 kilomètres de long qui a été aménagé par les deux pays.

Paso San Fransisco
Paso San Fransisco

Nous remplissons les formalités à la douane. A la sortie du poste de douane nous avançons de dix mètres, puis faisons demi-tour et, quelques kilomètres plus loin, remplissons les formalités pour rentrer en Argentine. Ainsi, notre visa argentin est prolongé de trois mois.

Parque Provincial Aconcagua
Parque Provincial Aconcagua

Sur la route descendante, nous nous arrêtons au Parc Provincial Aconcagua. Nous y faisons une petite promenade. La vue sur le Cerro Aconcagua, la montagne la plus haute du monde après celles de l’Himalaya, est splendide. Nous marquons un autre arrêt à hauteur du “Pont de l’inca“, un pont de sel qui s’est formé au-dessus du Rio Aconcagua, grâce à l’évaporation de l’eau chargée de sel et de souffre. Ce seraient des incas qui auraient intentionnellement canalisé l’eau vers cet endroit afin d’y créer ce pont “naturel”.

En fin d’après-midi, nous nous posons à Uspallata, l’endroit d’où nous étions parti ce matin. Cet aller-retour nous a fait découvrir une jolie route et des nouveaux sites insolites. Nous sommes ravis de notre journée, utile et agréable.

Puente del Inca
Puente del Inca

 

Cordoba en famille (Argentine) - 14/10/07 au 6/11/2007

Dimanche 14 octobre 2007, aujourd’hui nous tournons la barre à 180 degrés et remontons vers le nord. Bien malin celui qui pourrait anticiper nos mouvements en examinant notre itinéraire depuis le début du voyage, car celui-ci défie toute logique. Si nous interrompons notre descente vers le sud de la Patagonie, c’est parce que nous avons une très bonne raison de le faire. En effet, les parents de Sophie débarquent à Cordoba dans une semaine et nous allons y passer une dizaine de jours ensemble. Nous irons également rendre visite à Virginia, la cousine de Sophie, qui habite dans la région.

En quittant la Péninsule de Valdes, nous faisons un dernier au revoir aux baleines depuis la plage Las Canteras, puis piquons vers le nord. Nous passons une nuit à Las Grutas et en profitons pour faire un petit coucou à Els, comme nous nous l’étions promis.

Réparation de l'amortisseur à Cordoba
Réparation de l'amortisseur à Cordoba

Jeudi 18 octobre 2007, Après trois jours de route nous entrons dans la ville de Cordoba avec deux idées en tête. La première, d’ordre pratique, est d’emmener Idéfix dans un garage Fiat afin de faire réparer enfin ce problème sur la roue avant gauche qui provoque des “doink doink” et nous fait mal au cœur et aux oreilles depuis deux mois. La seconde, d’ordre sentimental, est de filer tout de suite vers Jesús Maria afin de rencontrer Virginia et sa famille.

Le garagiste Fiat nous accueille aimablement. Cependant, Idéfix ne peut entrer dans l’atelier à cause de la trop forte dénivellation. Les mécaniciens sortent tout leur matériel et se mettent à déboulonner Idéfix sur le trottoir. Le diagnostic est on ne peut plus clair : l’amortisseur gauche est cassé. Il fait dire que nous nous en doutions quand même un peu. Deux mécaniciens mettent la main à la pâte. Ils en profitent de temps à autres pour prendre une petite photo de notre “casa rodante”ou demandent un “avis” à leurs autres collègues, tous aussi avides de jeter un petit coup d’œil à notre motorhome. Au bout de six heures, alors que tout le personnel du garage est venu pointer son nez curieux sous et au-dessus de notre châssis, nous pouvons repartir. Idéfix est tout a fait retapé et glisse sur la route tel un champion de ski dans la poudreuse. Bonne chose de faite !

Aux alentours de 18 heures, nous arrivons à Jesús Maria et passons le portail du camping “Los Nogales”. Virginia et son mari, Carlos, sont les gérants du camping. Voyant entrer un motorhome avec une plaque belge, il ne leur faut pas beaucoup de temps pour réaliser qui nous sommes. Virginia a quitté la Belgique il y a trente ans, mais elle était au courant de notre voyage et savait que nous viendrions lui dire bonjour un jour ou l’autre.

Les retrouvailles et les présentations sont émouvantes et chaleureuses. Les quatre enfants de Virginia – Maria, Angela, Sophia et Valentin – prennent Yann et Pauline par la main. Carlos nous indique la meilleure place du camping. Nous avons tant de choses à nous raconter. Ca tombe bien, nous avons tout notre temps …

Jesus Maria
Jesus Maria

Vendredi 19 octobre 2007, l’accueil de Virginia et Carlos est si chaleureux que nous nous sentons déjà comme chez nous. Nous passons des heures à discuter pendant que les enfants jouent ensemble. Carlos est un roi de la cuisine et nous prépare en “asado” (grillade) une viande d’une telle saveur que le souper ne demande ni légumes ni pommes de terre, … pourvu qu’il y a ait un petit verre de vin. Les journées défilent, l’amitié nous lie, les grillades s’enchaînent, les soirées se prolongent, les enfants dégustent, les cousines ne se lâchent plus, les hommes se tiennent par l’épaule et observent en silence.

Les argentins sont débrouillards. C’est ainsi que Carlos fait venir un de ses amis, afin qu’il puisse jeter un coup d’œil à notre ordinateur défectueux. Trois jours plus tard, notre ordinateur est réparé et nous avons récupéré toutes nos photos. Quel soulagement.

Jesus Maria
Jesus Maria

Nous apprenons qu’en Argentine il existe au moins 365 façons de découper ou de cuisiner la viande du bœuf - une pour chaque jour de l’année – et chaque découpe porte un nom différent. C’est à en perdre son latin. Entre-temps, Yann et Pauline apprennent des mots français aux enfants de Virginia et usent eux-mêmes du “vamos !” et du “Que tal ?” lorsqu’ils veulent attirer l’attention de ces derniers. Ce sont des moments délicieux.

Nous faisons la connaissance d’autres argentins. Ces rencontres nous permettent de renforcer notre opinion concernant les points principaux caractérisant les argentins. Ils sont accueillants, bon vivants, débrouillards et sont toujours prêts à s’entraider. Nous leur attribuons néanmoins deux petits défauts qui ne manquent pas de nous faire sourire. Premièrement, ils sont très curieux et adorent entamer la conversation afin d’en savoir un peu plus sur notre petite famille, notre provenance et notre maison roulante. Deuxièmement, l’argentin, qui est un campeur né, adore installer son campement, son barbecue et sa radio qui marche à tue-tête le plus près possible d’autres campeurs. La beauté de la vue et la tranquillité n’a aucune importance pour lui, pourvu qu’il puisse profiter de la compagnie et de l’intimité d’autres campeurs. Mieux vaut donc éviter les campings argentins en week-end…

Jeudi 25 octobre 2007, les parents de Sophie atterrissent à l’aéroport de Cordoba. Toute notre petite famille de nomades avait décompté les jours précédents les retrouvailles depuis plusieurs semaines, et voici maintenant qu’ils franchissent la porte des arrivées. Après les embrassades poignantes, nous invitons papa et maman à prendre place dans Idéfix et à partager notre mode de vie le temps de nous rendre à La Paz, au nord de Cordoba, où nous passerons quelques jours à l’hôtel. Nous passerons une dizaine de jours ensemble. Il faut bien ça pour se raconter tout ce que nous avons vécu respectivement durant ces six derniers mois. Yann et Pauline sont tout aussi excités que nous.

Le soir, nous retrouvons la famille de Carlos et Virginia et partageons un délicieux repas. Peu importe qu’on parle français ou espagnol, les sujets de conversation ne manquent pas.

Jesus Maria
Jesus Maria

Samedi 27 octobre 2007, la région de Cordoba est très jolie. Il y a beaucoup de verdure et les terres sont cultivées. Les abords des routes sont soignés. Nous traversons plusieurs quartiers résidentiels qui n’ont rien à envier aux quartiers huppés de Bruxelles ou de Knokke-Le-Zoute. Idéfix hisse ses six passagers sur les colines à l’ouest de Cordoba, traverse des paysages de roches et de ruisseaux et nous dépose à Villa Merlo, petite bourgade tranquille au doux microclimat.

Quebrada del Condorito
Quebrada del Condorito

Il y a peu de choses à visiter dans la région mais nous profitons du calme et des retrouvailles avec les parents de Sophie. Quelques jours plus tard nous passons par la Quebrada del Condorito, d’où nous profitons d’une vue panoramique sur la vallée avoisinante. Malheureusement, nous n’avons pas la chance d’apercevoir un condor survoler notre mirador de ses ailes à l’envergure impressionnante.

La Cumbrecita
La Cumbrecita

Nous passons les trois derniers jours de notre séjour ensemble à Villa General Belgrano. Cette ville a été colonisée après la guerre par quelques allemands et ressemble assez fort à une station de ski. Evitant les choucroutes garnies et les apfelstrüdel, nous parvenons néanmoins à dénicher un excellent restaurant, servant un délicieux vin rouge de la région de Mendoza. Avides de visiter le coin, nous décidons de nous orienter vers La Cumbrecita, petit village isolé, situé dans un creux d’une région montagneuse et boisée de pins. L’aspect tyrolien du village nous surprend un peu et dénote avec ce que nous connaissions de l’Argentine. Si ce lieu touristique est l’un des endroits de prédilection des argentins, nous de notre côté, préférons profiter d’une jolie balade aux alentours du village, le long de ruisseaux et de petites cascades.

Dimanche 4 novembre 2007, déjà le jour des au revoir. Maman et papa reprennent la route des airs. Quel plaisir de vous avoir revus. Bon voyage! Notre petite famille reprend sa place dans Idéfix et nous retournons nous consoler du départ de maman et papa chez Virginia et Carlos. Nous y resterons quelques jours, puis reprendrons la route vers de nouvelles aventures.

Jesus Maria
Jesus Maria
 

La Péninsule de Valdes et alentours (Argentine) - 24/09/07 au 14/10/07

Lundi 24 septembre 2007, nous arrivons enfin à la côte, plus précisément à Balnéario El Condor. C’est un joli petit village mais il n’y a quasi personne, tout est fermé. Apparemment, les argentins y viennent en vacances en été. Lors d’une petite balade sur la plage, nous observons des centaines de perroquets qui nichent dans la falaise. Celle-ci est haute de plusieurs dizaines de mètres et longue de plus de 100 kilomètres. Les perroquets volent par centaines et jouent dans le vent. Yann et Pauline s’amusent en sautant d’un rocher à l’autre. Le phare qui surplombe l’océan depuis le haut de la falaise est le phare le plus ancien d’Argentine.
Ce soir, nous dormons sur la digue, avec vue sur mer… le bonheur.

Balneario El COndor
Balneario El COndor

Mardi 25 septembre 2007, nous nous levons de bonne heure. Aujourd’hui nous souhaitons aller à la Loberia, lieu où nous pouvons voir des lions de mer. Nous empruntons une piste de plusieurs kilomètres.

La Loberia
La Loberia

Arrivés sur place, nous avons tous les quatre la même réaction:”WAW!”. Il y a des milliers de lions de mer! Ils vivent en bas des falaises et nous pouvons bien les observer du haut. Il y a des mâles avec des poils tout autour de la tête, des femelles et des jeunes. Nous observons leur comportement sur la terre et dans la mer, leurs jeux, leurs “batailles”, ainsi que leurs cris assourdissants pendant plus de deux heures.

La Loberia
La Loberia

Après cette jolie et impressionnante visite, nous partons vers Las Grutas. C’est une petite ville située en bord de mer également. Nous y arrivons vers 18 heures, un peu avant le coucher du soleil. Nous cherchons un bel endroit le long de la plage pour y passer la nuit. Nous regardons la mer et… des dauphins!! Génial. Nous les regardons sauter au loin. Ce soir, il n’y a pas deux enfants qui regardent la mer avec émerveillement, mais quatre!

Mercredi 26 septembre 2007, nous ouvrons les stores d’Idéfix dès le lever du soleil. Le ciel est couvert de couleurs pastelles, des dauphins sautent au loin et une baleine fait la belle. Quel spectacle!

Au moment où nous nous apprêtons à partir, une voiture s’arrête à côté de nous. Une fille vient à note rencontre. Ayant vu notre plaque d’immatriculation elle nous dit qu’elle est également belge. Elle vit ici avec son copain argentin. Ils sont tous les deux biologistes et ils ont fondé une association d’observation et de protection des dauphins (www.marybio.org) dans cette baie. Els et Alejandro n’ont pas beaucoup de temps car ils doivent reprendre leur ronde d’observation. Avant de nous quitter, ils nous proposent de venir manger chez eux ce soir. Nous ne pouvons refuser une invitation aussi chaleureuse. Après une journée de cybercafé, d’école et de balade sur la plage, nous nous retrouvons chez Els et Alejandro devant une parilla dont seuls les argentins ont le secret.

La Grutas
La Grutas

Ils nous font part des bons coins aux alentours de la Péninsule de Valdes, nous parlent de leur fondation et s’intéressent à nos récits de voyage. Nous passons un bon moment. Après ce délicieux repas, nous prenons congé de nos hôtes et amis d’un jour… à moins que nous ne repassions encore plus tard. En tout cas, Yann et Pauline sont décidés, plus tard ils seront spécialistes de dauphins, de baleines et d’orques.

Jeudi 27 septembre 2007, nous arrivons en fin d’après-midi à Puerto Madryn, dernière grande ville avant d’entrer dans la parc de la Péninsule de Valdes. Cinq baleines font des galipettes dans la baie du port. Yann, ancien futur pompier et nouveau futur spécialiste d’animaux marins, prend note du nombre de baleines que nous apercevons.

Vendredi 28 septembre 2008, ce matin, nous effectuons quelques “obligations”, trouver du produit pour la toilette, faire des courses au mercado, prendre de l’essence et essayer de trouver un livre sur les animaux de la Patagonie. Une fois toutes nos tâches terminées, nous partons visiter “l’Ecocentro” de Puerto Madryn. Ce centre, bien conçu, fournit des explications sur la géologie, la faune et la flore de la Péninsule de Valdes. C’est ainsi que nous apprenons à mieux différencier les éléphants de mer (de la famille des phoques) et les lions de mer (de la famille des otaries). Une salle entière est dédiée à la baleine franche australe. Celle-ci vient dans les baies de la Péninsule de Valdes pour mettre bas et pour y pouponner son baleineau.

Playa Doradillo
Playa Doradillo

Après cette visite fort instructive, nous quittons Puerto Madryn et roulons vers “Playa Doradillo”. Nous garons Idéfix sur la plage et partons faire une petite balade le long de l’eau. Comme prévu, il y a quelques baleines qui longent la plage à quelques dizaines de mètres. Il nous semble également voir flotter une baleine morte sur laquelle les mouettes et les cormorans se régalent. Peut-être échouera-t-elle cette nuit sur la plage?
Dès la tombée de la nuit, nous entendons pour la première fois le “rugissement” des baleines. C’est un bruit fort et impressionnant.

Playa Doradillo
Playa Doradillo

Samedi 29 septembre 2007, avant de reprendre la route nous décidons d’aller voir si la baleine a échoué sur la plage. Effectivement, nous découvrons une énorme masse. La baleine nous semble être morte depuis un bon bout de temps. C’est un mâle et il nous semble bien plus maigre que ceux que l’on a déjà pu apercevoir en mer. De plus, sa peau est fort abîmée.

Playa Las Canteras
Playa Las Canteras

Nous ne nous y attardons pas très longtemps et partons vers une autre plage “Playa Las Canteras”. Dès notre arrivée nous y apercevons des baleines à 10 - 15 mètres de la plage. Durant toute l’après-midi nous y observons le ballet des baleines. La plupart sont là avec leur baleineau. Les baleineaux suivent tout le temps leur mère et les imitent. Quand la maman se met sur le dos et nous montre son ventre blanc, le baleineau essaie inlassablement de faire pareil. Ca ne semble pas évident et s’en suivent donc d’innombrables pirouettes. Le petit imite tout, les tapes des nageoires et de la queue sur l’eau, le poirier et plus rarement les sauts. Souvent, les deux baleines nagent côte à côte pendant des heures. Lorsque le petit semble s’ennuyer, il se met à jouer en faisant des mouvements dans tous les sens. Tout cela, bien sûr, au grand bonheur des spectateurs que nous sommes.

Playa Las Canteras
Playa Las Canteras

Yann et pauline lancent des cailloux dans l’eau en disant:”Nous sommes des spécialistes des baleines et quand nous lançons des pierres nous les attirons plus près de la plage.” Hasard ou non, les baleines s’approchent de plus en plus de nous. Yann exprime un seul regret, c’est que Matheo et Zoya, ses cousins, ne soient pas là pour regarder les baleines avec lui.
Nous décidons de passer la nuit ici et de nous laisser bercer par le bruit des baleines.

Playa Las Canteras
Playa Las Canteras

Dimanche 30 septembre 2007, Joyeux anniversaire Bonne Mamy. Nous sommes arrivés au parc provincial de la Péninsule de Valdes. Nous passerons une nuit à Puerto Piramides afin de pouvoir nous approcher encore plus des ces animaux marins si fascinants en faisant une excursion en bateau.

Excursion en bateau depuis Puerto Piramides
Excursion en bateau depuis Puerto Piramides

A 16 heures nous embarquons sur un bateau. Il n’y a pas de ponton. Le bateau se trouve sur une remorque sur la plage. Lorsque tous les passagers sont montés à bord, un tracteur pousse la remorque dans l’eau jusqu’à ce qu’il y ait suffisamment de fond pour le bateau. Nous avons de la chance, nous sommes 15 sur un bateau de 40 places.

Au bout de quelques minutes à peine, nous nous approchons d’une baleine et de son petit. Le capitaine coupe le moteur du bateau et laisse le courant nous pousser doucement près de ces mammifères. La baleine et son petit frôlent le bateau. Le baleineau, qui aime jouer, plonge sous le bateau. Et, soudain, probablement par manque d’expérience, il tape à plusieurs reprises sous la coque avec sa queue. Même si ce n’est qu’un baleineau, ça secoue! Effrayés, la maman et le petit prennent la fuite. Yann et Pauline, nullement apeurés, semblent tout aussi fascinés que nous.
En début de soirée, nous rejoignons Idéfix. J’en connais quatre qui vont rêver de baleines cette nuit.

Playa Pardelas
Playa Pardelas
Playa Pardelas
Playa Pardelas
Playa Pardelas
Playa Pardelas

Du lundi 1 octobre au dimanche 7 octobre 2007, nous quittons Puerto Piramides sans regret et empruntons une petite piste qui mène vers Punta Pardelas. Nous nous garons au bord de la plage du même nom, sur un plateau de roche. A marée haute, l’eau monte jusqu’au bord de ce plateau rocheux et les baleines s’en approchent sans gêne car l’eau y est profonde. Depuis notre “terrasse”, nous admirons le spectacle sans fin de baleines qui défilent sous nos yeux. Ici, il n’y a pas de sable blanc, ni de cocotiers, pas de petites sources d’eau douce, ni de fruits à cueillir à bout de bras. Pourtant, à nos yeux, c’est cet endroit-ci qui est à qualifier de paradis.

Playa Pardelas
Playa Pardelas

Nous nous baladons sur la plage et écoutons les chants des baleines au coucher du soleil. Les enfants jouent avec Camille et Marine, deux petites françaises qui bivouaquent ici également avec leurs parents en camping-car. Sophie s’arme de l’appareil photo et de la caméra et part en balade, dans l’espoir de figer sur pellicule le énième saut de baleine, d’un peu plus près à chaque fois. Je m’installe sur les rochers et je rédige mes carnets de route. De temps en temps, l’apparition d’une baleine me sort de mon écriture. Je cherche de l’inspiration et mon regard se perd à l’horizon.

Playa Pardelas
Playa Pardelas
Péninsule de Valdès - Caleta Valdes
Péninsule de Valdès - Caleta Valdes

Lundi 8 octobre 2007, aujourd’hui, nous empruntons l’une des trois pistes qui parcourent la Péninsule de Valdes afin de nous rendre à son extrémité est. A hauteur de Caleta Valdes, nous observons une petite colonie de pingouins de Maghellan. Celle-ci a élu domicile dans des espèces de terriers sur la dune. Pauline, qui a une affection particulière pour les pingouins, s’amuse de les voir plonger dans l’eau, de les entendre émettre des petits cris le cou étiré et le bec pointé vers le ciel, de les voir s’abriter du vent froid dans leur terriers de sable.

Péninsule de Valdès - Punta Cantor
Péninsule de Valdès - Punta Cantor

A quelques kilomètres de là, nous nous arrêtons à Punta Cantor, d’où nous pouvons observer des éléphants de mer couchés sur la plage. Yann reconnaît tout de suite ces créatures un peu bizarres car elles apparaissent dans le film “Happy Feet”, son dessin animé préféré. Difficile d’imaginer que ces animaux, à la physionomie disproportionnée et au comportement hilare existent réellement. Les mâles sont affublés d’un organe nasal qui ressemble à une trompe d’éléphant sectionnée. Leur cri ressemble à un long rot. Appartenant à la famille des phoques, ils se déplacent de la même façon, s’appuyant sur leurs pattes avant et traînant le reste du corps derrière eux. Lorsqu’un de ces mâles, lourds de quatre tonnes, se met à piquer un sprint, sa masse ondulante peine à avancer. Au bout d’une dizaine de mètres et à bout d’effort, l’animal s’effondre sur le sable, avec un bruit sourd, afin de reprendre son souffle. A côté de ce spectacle hilarant, les éléphants qui viennent de naître tètent leur mère et dorment à longueur de journée. Un peu à l’écart, nous apercevons deux molosses qui ont certainement dû se battre car ils sont couverts de sang et restent allongés, inertes, sur le sable.

En convoi vers Playa Pardelas
En convoi vers Playa Pardelas

Nous continuons notre route et passons par Punta Delgada où une autre colonie d’éléphants de mer peut être observée du haut de la falaise. Ce soir, nous dormirons au camping de Puerto Piramides afin d’y faire le plein d’eau et de provisions. Lorsque nous arrivons au village et que nous nous arrêtons pour remplacer notre bombonne de gaz, nous voyons soudain apparaître Philippe, Nassera, Lucas et Orian ainsi que Nicolas et Jessica. Quelle surprise de retrouver tout ce joyeux monde avec qui nous avons passé de bons moments à Salta. Demain, nous partirons en convoi vers la plage de Pardelas.

Playa Pardelas
Playa Pardelas

Du mardi 9 octobre au dimanche 14 octobre 2007, Il commence à faire plus froid. Les baleines sont plus timides et se montrent un peu moins. Les enfants passent leurs journées à jouer avec Lucas et Orian. Nous passons notre soirée sur la plage avec nos amis français et attendons les baleines en sirotant une caïpirinha. D’autres jours, les baleines reviennent à l’assaut et nous gâtent de splendides sauts et de cabrioles. Nous ne nous en lassons pas et nous nous disons qu’il faudra pourtant bien un jour quitter cet endroit et reprendre notre route.

Playa Pardelas
Playa Pardelas

Au soir du dernier jour sur notre plage, un petit incident vient perturber notre bonne humeur: notre ordinateur refuse de démarrer. Nous sommes pris d’un moment de panique. Nous n’avons pas pris de back up depuis plus d’un mois et nous craignons avoir perdu les centaines de photos stockées sur notre ordinateur. Nous essaierons de le faire réparer à Cordoba. Nous avons de toute façon prévu d’aller à Jesus Maria, situé au nord de Cordoba, pour rendre visite à Virginia, la cousine de Sophie, et à sa famille. C’est aussi à Cordoba que nous accueillerons les parents de Sophie qui viendront nous rendre visite. Au revoir Pardelas, Au revoir baleines, pingouins et éléphants de mer. Nous levons l’ancre.

Playa Las Canteras
Playa Las Canteras
Playa Pardelas
Playa Pardelas

PS : Le petit incident est déjà oublié, car comme vous pouvez le constater nous avons récupéré nos photos.

 

Route vers la côte est (Argentine) - 19/09/07 au 23/09/07

Cap sur la côte. Nous avons 2500 kilomètres à parcourir avant de rejoindre la côte est de l’Argentine.
Depuis Salta, nous descendons d’abord vers Cafayaté, en passant par la Quebrada de Las Conchas pour la troisième fois. Après une étape près du barrage de Termas de Rio Hondo nous nous dirigeons vers Miramar, petite ville située au bord d’un lac nommé “Mar Chiquita”. Nous y logeons dans un petit camping le long de l’eau. Le lendemain matin, les enfants nous réveillent en douceur en disant qu’ils voient des flamants roses par la fenêtre. En effet, trois flamants roses se trouvent juste devant nous faisant remonter la vase avec leurs pattes afin de dénicher des petits crustacés.
Après le petit déjeuner nous partons admirer d’autres oiseaux à partir d’un observatoire situé un peu plus loin sur le lac. Nous y voyons des perruches, des aigrettes et quelques martins-pêcheurs.

Miramar
Miramar

Nous reprenons la route. Nos haltes à Villa Maria et Tranque Lauquen n’offrent absolument rien de palpitant à raconter. Par contre, la traversée de ces contrées du centre de l’Argentine, cette pampa souvent inondée et toujours peuplée de vaches et de fermiers à cheval, nous permet de confirmer que cette région offre peu de divertissement aux voyageurs. Néanmoins, lors de ces nombreux kilomètres à travers la pampa, nous avons l’occasion de voir un renard, un tatou, de nombreux flamants roses, des aigrettes, un genre d’autruches, des cigognes et de nombreux autres oiseaux.

Miramar
Miramar

Sierra de la Montana nous permettra peut-être d’interrompre un peu cette monotonie de la pampa. Cette ville est située près de la montagne du même nom. Malheureusement, il pleut. Il pleut tellement que toutes les routes, ainsi que les sentiers de randonnées sont boueux et glissants. C’est raté pour la promenade. Nous nous arrêtons dans la rue où se trouve l’office de tourisme pour y passer la nuit. La ville et ce temps maussade n’ayant rien de palpitant à offrir et une fois les enfants couchés, nous nous installons dans notre lit et regardons un DVD pour la première fois depuis le début de note voyage. Vers onze heures, au moment du film où Jack Bauer s’apprête à lancer une attaque surprise sur un groupe de terroristes, quelqu’un frappe à la porte du motorhome. Un agent de police, dont le képi est trempé par la pluie, nous demande poliment de quitter les lieux car il est interdit de stationner ici. Afin d’éviter une contravention, j’enfile un pull au-dessus de mon pyjama et je nous emmène en dehors de la ville, sur le parking d’une station service. Les enfants n’ont pas bronché, ils dorment toujours. Nous nous replongeons sous les couvertures et rejoignons Jack Bauer dans ses aventures.

 

Retour à Salta (Argentine) - 01/09/07 au 18/09/07

Samedi 1 septembre 2007, ce matin, nous reprenons la route vers Salta. Nous comptons y rester plusieurs jours afin de nous reposer. Nous avons également des choses importantes à faire : fixer rendez-vous chez le garagiste pour Idéfix, faire nettoyer le châssis d’Idéfix qui est couvert de sable, de sel et de boue, mettre le site à jour et envoyer quelques mails.

Salta
Salta

Arrivés au camping municipal, nous y retrouvons Peter et Ruth, les suisses rencontrés à Cuzco. Nous y faisons également la connaissance de Coen et Karin-Marijke, des hollandais en 4×4. Ils ont voyagé en Asie pendant trois ans et demi et sont maintenant en Amérique de Sud depuis trois mois. Karin s’occupe particulièrement d’un des chiens sauvages qui errent dans le camping. Elle l’a appelé Happy. Les enfants s’y attachent également chaque jour un peu plus. C’est un couple très sympa et très intéressant. Ils adorent les jeux de société et nous ont fait découvrir le jeu “Les colons de Catane”. Ils jouent également avec les enfants. Yann ne manque pas une occasion pour jouer au jeu “des pirates”. Mais, surtout, les enfants passent toutes les journées avec Lucas, 8 ans, et Orian (3 ans), les enfants de Philippe et Nassera, des français qui sont en Amérique du Sud depuis dix mois.

Salta
Salta

Un soir, Yann et Lucas jouent pendant plus de deux heures au hockey avec des filles argentines, de 14 ans, qui sont arrivées ici avec leur école. Ils jouent également avec des bateaux que Luis, un argentin qui confectionne des bijoux, leur a fait avec des bouteilles en plastique. Yann et Pauline font également un très beau dessin, peint, sur le Pantanal et l’offrent à Coen et Karin.

Salta
Salta

Nous passons ici d’excellents moments. Au fil des jours, d’autres voyageurs arrivent : les allemands Krista et Walter, les suisses Gaby et Yvo, des jeunes français, Nicolas et Jessica, William et Laurence et Sammy, un français qui campe ici depuis plusieurs mois. L’ambiance est très bonne et du coup, nous passons de bons moments à bavarder, à prendre l’apéro, à faire des barbecues tous ensemble, ainsi qu’à préparer nos propres pizzas, cuites au feu de bois dans le four à pizza du camping.

Salta
Salta

Nous avons du mal à trouver un moment pour mettre nos carnets de route à jour, pour nettoyer Idéfix et pour écrire nos mails. Il faut dire que je passe pas mal de temps aussi à laver quotidiennement nos vêtements. Mais nous avons tout de même trouvé le temps de visiter une exposition d’art précolombien et de suivre une procession en l’honneur de la “Virgen de Milagro”, qui chaque année réunit des milliers de croyants devant la cathédrale de Salta.

La plupart des voyageurs apprécient l’ambiance et nous avons tous du mal à fixer une date de départ. Finalement ce sont Coen et Karin et Peter et Ruth qui partent les premiers. Nous partirons demain, mardi. Cap sur la Péninsule de Valdès.

 

Le sud de la Bolivie et le Salar d’Uyuni (Bolivie) - 25/08/07 au 31/08/07

Samedi 25 août 2007, cela fait plusieurs semaines que nous tentons de tracer sur nos cartes la route idéale afin de rejoindre l’Argentine depuis La Paz, tout en passant par le Salar d’Uyuni, endroit que nous ne voulons manquer sous aucun prétexte. Notre route “idéale” – le mot est un peu fort lorsqu’on sait comment sont les pistes boliviennes – passera par les villes suivantes : La Paz, Oruro, Challapata, Colchani (d’où nous monterons sur le salar), Uyuni, Potosi, Tupiza et finalement Vilazon, où nous passerons la frontière vers l’Argentine. Ce matin, nous entamons la première étape. Nous profitons du fait que la route de La Paz vers Challapata soit asphaltée, car après ça, sur les 640 km de piste qui nous attendent, notre vitesse de croisière sera nettement moins élevée.

Course automobile à Oruro
Course automobile à Oruro

C’était sans compter la course automobile qui passe par Oruro aujourd’hui et qui fait que nous restons bloqués devant le péage d’Oruro pendant près de deux heures. Mauvais pour notre vitesse moyenne ça… Une fois la course automobile terminée, le trophée remis au vainqueur, les voitures qui étaient en attente comme nous s’étant frayé un chemin pour passer dès que les barrières du péage se lèvent, nous traversons Oruro, atterrissons dans une rue où passe une espèce de procession en l’honneur de la Vierge, puis finissons par arriver à Challapata vers 18h00.

Oruro
Oruro

Nous nous garons à côté de le place du village afin d’y passer la nuit. Les boliviens semblent nous ignorer. Soit, nous passerons une bonne nuit. Demain matin, nous prendrons la piste qui débute ici. Fini l’asphalte, les courses automobiles et les pointes de vitesse. Bonjour les bosses, les vibrations, la poussière et le sable. A nous le Salar d’Uyuni.

Dimanche 26 août 2007, aujourd’hui nous allons entamer nos premières pistes boliviennes. Nous avons décidé de prendre la piste qui va de Challapata à Uyuni et non de faire le détour par Potosi.

Piste vers Uyuni
Piste vers Uyuni

Les premiers kilomètres sont asphaltés et ensuite, la route est coupée à cause de travaux en cours. Il y a des pistes qui partent vers l’est et d’autres vers l’ouest. Mais nous devons aller vers le sud. Nous optons pour celle qui part vers l’est et espérons qu’elle nous mène un peu plus loin vers le sud. La piste est sablée. Damien est obligé de maintenir une certaine vitesse afin d’éviter qu’Idéfix ne s’ensable. Plus loin, surprise, il n’y a que du sable et même beaucoup de sable ! Il est hors de question de s’arrêter au risque de ne plus savoir démarrer. L’inquiétude monte un peu. Nous craignons que nous ne sommes pas sur la bonne piste car il n’y a quasi plus de traces d’autres véhicules. Petit à petit, la quantité de sable diminue, le sol devient à nouveau plus dur.

Piste vers Uyuni
Piste vers Uyuni

Nous avons à peine le temps de souffler que… nouvelle surprise… une rivière et bien évidemment sans pont ! Nous sortons du véhicule, allumons une clope et allons analyser le fond et la profondeur de la rivière. Le coin est joli, il fait calme, l’eau aux bords de la rivière est gelée. Nous constatons qu’il n’y a que des pierres dans le fond de la rivière et en plus, que ce n’est pas profond. Allons-y ! Nous passons sans souci et même avec beaucoup de facilité. Sur la carte, nous lisons qu’il y a une autre rivière à passer à quelques dizaines de kilomètres d’ici. Nous y arrivons après plus d’une heure. La rivière est sèche et il y a un pont ! Nous avons trouvé la piste qui va vers le sud, vers le Salar d’Uyuni. D’ici une heure, nous arriverons près d’une autre rivière qui semble, selon la carte, plus importante. Sera-t-elle sèche ou pas, y aura-t-il un pont ou non ?

Piste vers Uyuni
Piste vers Uyuni

Nous traversons un village où ils utilisent encore des grands réservoirs d’eau auxquels est accroché un grand tuyau pour approvisionner les trains. On se croirait dans le décor d’un vieux film américain. Il est midi. Nous décidons de chercher un endroit sympa où manger lorsque nous aurons passé le prochain village. Euh, à peine sommes nous sortis du village que nous nous trouvons face à une rivière. Il y a un pont, mais pour le train. Nous sortons à nouveau du véhicule afin d’analyser la “traversée”. Première constatation, c’est de la vase partout. A gauche il y a d’énormes flaques d’eau mais c’est aussi l’endroit où il y a le plus de traces de pneu. Par contre, les flaques sont trop profondes et là la vase sera encore plus molle. Nous analysons le terrain plus à droite et essayons de tracer mentalement un passage par les endroits où nos pieds s’enfoncent le moins. De toute manière, nous n’avons pas le choix, nous devons passer. “Ok, on part à droite, longeons cette pierre, ensuite à fond à gauche, puis il faut éviter l’endroit où Yann s’est enfoncé, puis à droite et hop, on sera sorti de là. ” Nous montons dans Idéfix et c’est parti ! Nous partons à droite comme prévu, longeons la grosse pierre. Damien est hyper concentré et moi, je retiens mon souffle.

Piste vers Uyuni
Piste vers Uyuni

Puis, soudain, Idéfix n’avance plus. Nous arrêtons tout. Les deux roues avant se sont enfoncées dans la vase. Ce n’est pas la peine d’essayer encore, les roues s’enfoncent d’autant plus. Nous sortons nos cales, nos quelques planches en bois et la pelle. Nous voilà, comme tant d’autres voyageurs, en train de creuser afin de pouvoir mettre nos cales et planches sous les deux roues. Nous faisons quelques essais mais les roues continuent à patiner. Nous nous enfonçons tellement que même le châssis touche le sol. Bon, ce n’est plus la peine de continuer ainsi. Damien part au village afin d’y trouver un homme qui veuille bien nous sortir de là avec son camion ou autre. Pendant que Yann, Pauline et moi attendons le retour de Damien, quatre garçons du village viennent nous saluer. J’explique, toujours avec mes quelques mots d’espagnol et beaucoup de gestes, notre situation. Sur ce, l’aîné me dit qu’il ne faut pas un camion mais un tracteur. Il envoie un de ses frères au village. Quelques minutes plus tard un tracteur vient vers nous. Alléluia ! Entre temps, Yann et Pauline donnent quelques bics et crayons de couleur aux enfants. Mais Damien n’est pas sur ce tracteur. Le fermier veut déjà accrocher son câble à l’arrière du motorhome. J’essaie de lui faire comprendre que ce n’est pas l’idéal car il n’y a pas de crochet pour accrocher son câble de ce côté-là. Je crains qu’il n’abîme Idéfix en le tirant ainsi. De plus, nous nous retrouverons du mauvais côté de la rivière et il faudra recommencer la traversée. Je lui indique le crochet à l’avant spécialement conçu à cet effet. Mais il me dit que nous tirer vers l’avant serait trop difficile car c’est trop vaseux…zut. Finalement, Damien arrive avec un tracteur également! Après quelques minutes de réflexion et de discussion, le fermier est d’accord pour nous tirer vers l’avant. Génial ! Avec un peu de chance il arrivera à nous tirer jusqu’à l’autre côté de la rivière. Le câble est accroché, le tracteur avance et Idéfix avance. Il glisse un peu par ci, par là, mais il arrive enfin à nouveau sur la piste et en plus, du bon côté de la rivière. Finalement, nous en sommes sortis au bout d’une heure et demie. C’est pas mal. Nous soufflons un peu et reprenons la route. Pourvu que les prochaines rivières soient sèches de sèches !!

Piste vers Uyuni
Piste vers Uyuni

La piste est mauvaise, ce n’est que de la tôle ondulée. A chaque grosse bosse il y a un gros “boink” au niveau de la roue avant gauche. Nous décidons de ne pas dépasser les 20 kilomètres à l’heure. Malheureusement, cela n’empêche pas Idéfix de trembler sans arrêt de tous ses membres. Nous avons l’impression que tous les boulons et que toutes les vis vont lâcher. Nous sautillons ainsi pendant des heures. Néanmoins, nous souhaitons arriver le plus loin possible afin d’avoir moins de route à faire demain. Passés un village, nous devons suivre un “desvio” (déviation) et, pas de chance, une autre rivière nous y attend, sans pont et avec pas mal d’eau. Rebelote, nous sortons du véhicule, allumons une cigarette et allons analyser le passage. A gauche, la rivière est large mais elle ne semble pas très profonde, à droite, le passage est étroit mais apparemment trop profond. Un gros camion passe et le chauffeur nous confirme notre “analyse”. Nous irons donc par la gauche. Damien, comme souvent, exécute cette tâche de main de maître et nous pouvons continuer notre route.

Piste vers Uyuni
Piste vers Uyuni

Il y a à nouveau plusieurs pistes qui partent dans différentes directions. Il y en a une qui part vers le sud. C’est notre direction. Quelques kilomètres plus loin, le GPS nous confirme que nous avons fait le bon choix. Les paysages sont toujours très beaux avec une terre rouge, des herbes jaunes, au loin des montagnes et de temps en temps des chèvres, des alpagas ou des lamas.
La nuit commence à tomber. Au loin, nous voyons une maison et des lamas tout autour. L’endroit semble habité. Nous nous y arrêtons et nous demandons la permission de loger à côté de la maison. C’est un éleveur de lamas, nommé Oscar, qui nous accueille chaleureusement. Nous lui offrons une bière et bavardons quelque peu. Les enfants courent dans la montagne et entre les animaux. Nous nous couchons de bonne heure car demain nous avons encore quelques kilomètres de piste à faire avant d’arriver sur le Salar d’Uyuni.

Piste vers Uyuni
Piste vers Uyuni
Salar d'Uyuni
Salar d'Uyuni

Lundi 27 août 2007, il nous reste 40 kilomètres à faire avant d’arriver à Colchani, le village où se situe un des accès pour monter sur le Salar d’Uyuni. Les paysages sont jolis mais les pistes toujours aussi mauvaises. Dès notre arrivée sur le Salar, deux heures plus tard, nous sommes émerveillés par la beauté, l’espace, le calme. Tout est blanc. Nos premiers kilomètres sur le Salar se font de manière hésitante. Nous avons l’impression de rouler sur de la glace. La glace est la seule surface blanche sur laquelle nous, européens, roulons de temps en temps. Mais nous nous y habituons rapidement. Nous nous arrêtons au bout d’une heure, laissons Idéfix se reposer et sortons admirer cet endroit magique. Nous nous amusons à prendre quelques photos gags, les enfants jouent au hockey et finalement nous décidons d’y déjeuner. Les passagers de quelques 4×4 de tourisme qui passent nous regardent tous. Ils ne pensaient certainement pas voir un motorhome sur le plus grand lac salé au monde et situé à 3600 mètres d’altitude.

Salar d'Uyuni
Salar d'Uyuni
Salar d'Uyuni
Salar d'Uyuni

L’après-midi, nous nous dirigeons vers le centre du lac. Yann et Pauline conduisent à tour de rôle sur nos genoux. C’est facile sur une surface tellement plane. Finalement nous arrivons à l’île du pêcheur. Cette île se situe au beau milieu du lac. Nous en faisons le tour et admirons les énormes cactus. Le vent se lève. Nous voyons au loin des nuages de sel soulevé par le vent. Nous décidons de chercher un bon endroit autour de l’île, et de préférence un peu à l’abri du vent, pour y passer la nuit. Nous tenons bien compte des précieux conseils d’autres voyageurs de ne pas trop nous approcher de l’île avec nos 4 tonnes car il peut y avoir des trous ou des endroits où le sel est mou. Par contre, sur la grande partie du Salar, la couche de sel serait de 30 mètres !

A présent le vent souffle fort et il commence à faire froid. Soudain, le motorhome recule de plus d’un mètre ! Nous avons oublié de mettre le frein à main. Un vent qui arrive à pousser un véhicule de 4 tonnes… oh, oh ?

Salar d'Uyuni
Salar d'Uyuni

Tout doucement le soleil se couche et la lune se lève. Nous avons la chance de dormir sur le Salar à la pleine lune. Mais le vent souffle toujours fort et au moment où il commence à faire nuit, le 12 V ne fonctionne plus ! L’écran témoin indique que la batterie est déchargée. Ce qui est impossible vu qu’elle a pu se charger toute la journée grâce au panneau solaire. Pendant que Damien inspecte les fusibles, les fils, le transformateur et autres, je mets les cuisses de poulet sous le grill et allume quelques bougies. Nous nous demandons si cela pourrait nous causer des soucis ou non. La seule chose qui doit impérativement fonctionner est le chauffage. Les nuits sur le salar sont très fraîches, la température varie entre -15 et -20 C°. Nous devons donc absolument maintenir le motorhome à une certaine température afin d’éviter que les tuyauteries ne sautent. Nous décidons de ne pas trop nous inquiéter. Et si nécessaire, nous ferons tourner le moteur plusieurs fois durant la nuit si le chauffage, qui fonctionne essentiellement au gaz mais qui a également besoin d’électricité, nous lâche. De plus, nous sommes certains que les batteries sont chargées et qu’il y a un faux contact quelque par. En attendant que le souper soit prêt, Damien sort sa guitare et nous chante quelques chansons.

Salar d'Uyuni
Salar d'Uyuni

Finalement, nous passons un merveilleux moment. Tous les stores du motorhome sont ouverts, nous avons une magnifique vue sur le lac salé qui est illuminé par la pleine lune, nos bougies éclairent timidement l’intérieur d’Idéfix et nous écoutons Damien. Les enfants ont l’air émerveillé. Yann essaie de fredonner avec son papa et Pauline regarde son papa avec des grands yeux remplis d’admiration. Au moment de servir le souper, je décide de tapoter encore, même si nous l’avons déjà fait maintes fois, sur les boutons de l’écran témoin et là zzzzzzzzzzzz j’ai un petit choc électrique. Et hop, l’écran et les quelques spots s’allument. Il y a deux siècles, l’on aurait parlé d’un miracle. Aujourd’hui, cela confirme la thèse du faux contact et nous nous réjouissons de ne plus devoir nous demander comment résoudre le problème. Le charme de la soirée aux chandelles a disparu, mais nous sommes certains de pouvoir chauffer Idéfix pendant toute la nuit. De plus, le vent semble souffler nettement moins fort. Nous passerons une bonne nuit sur ce lac blanc où il n’y a pas le moindre bruit, pas de chien qui aboie (la première fois depuis trois mois), pas de chants d’oiseaux, ni même de bruissement de feuilles d’arbre (vu qu’il n’y en a pas), il y fait un calme incroyable et avec la lumière de la pleine lune sur cette énorme plaine blanche, c’est tout simplement féerique.

Salar d'Uyuni
Salar d'Uyuni

Mardi 28 août 2007, réveil en silence. Il n’y a aucun bruit. L’éclat du soleil et la clarté du ciel sont tels qu’on voit encore plus de montagnes à l’horizon qu’on en voyait hier. Nous passons la matinée à profiter du silence. Les enfants jouent sur le salar comme sur une immense cour de récréation.

Salar d'Uyuni
Salar d'Uyuni

En début d’après-midi, nous quittons ces lieux magiques et reprenons la piste en direction de la ville d’Uyuni, puis en direction de Potosi. La route change constamment de revêtement : un peu d’asphalte détérioré, un peu de cailloux, des pistes de terre rouge, puis de terre grise. Les paysages aussi varient au fil des kilomètres : montagnes, plateaux, volcans à l’horizon, ruisseaux, petits canyons et petits villages. Il y a tant de choses à voir que nous ne voyons pas le temps passer. A la tombée du jour nous nous arrêtons dans le village de Ticatica, où nous passerons la nuit.

Mercredi 29 août 2007, au lever nous admirons ce joli petit village bolivien tellement authentique. Des ânes, des lamas et des chiens errent dans la rue. Des boliviens et des boliviennes passent et semblent ne pas nous voir. Seuls les écoliers et les écolières nous regardent et nous sourient. Nous partons de bonne heure car nous avons de nombreuses heures de piste à faire avant d’arriver à Potosi. Idéfix tremble toujours de tous ses membres et fait toujours autant de bruit. Les pistes quant à elles sont toujours aussi mauvaises et la poussière ne cesse d’entrer dans le véhicule, danse avec légèreté dans l’air et se pose partout. Nous arrivons à Potosi, la ville la plus haute du monde (4000 mètres), dans le courant de l’après-midi. Les rues montent, montent, … Pourvu qu’Idéfix tienne le coup. Nous cherchons la route qui mène vers Tupiza. Nous rencontrons un homme qui nous propose de rouler devant nous et de nous conduire jusqu’à la bonne route. Super ! Par contre, il nous emmène dans des petites ruelles et certaines montent et montent encore. Apparemment cette homme ne s’est pas rendu compte de la longueur ni du poids d’Idéfix. Une des dernières montées est de trop, Idéfix ne veut plus avancer. Nous sommes obligés de faire marche-arrière et de prendre de l’élan pour aider Idéfix à monter la ruelle. Il y arrive !

Bivouac Vitichi
Bivouac Vitichi

Nous voilà enfin sur la route vers Tupiza. Nous trouvons un endroit où loger, à environ 80 km de Potosi. Nous avons pu avancer un peu plus vite que d’habitude grâce aux 60 premiers kilomètres de route goudronnée. Nous nous arrêtons à Vitichi et trouvons un bel endroit en face d’une petite église.

sans commentaire
sans commentaire

Jeudi 30 août 2007, maintenant, nous passons nos dernières journées en Bolivie, nous roulons droit vers le sud, vers l’Argentine. Nous roulons à peine depuis une heure que nous devons nous arrêter. Nous craignons avoir crevé un pneu. Le pneu n’est pas seulement crevé, il est complètement déchiré. Nous avons besoin d’une bonne heure pour le remplacer.

Nous sommes prêts à repartir, Damien lâche le frein à main, et tout à coup, nous entendons un bruit désagréable. Damien veut remettre le frein à main, mais celui-ci ne fonctionne plus. Nous finissons par reprendre la route avec un beau pneu éclaté dans le coffre, un frein à main défectueux et toujours ce bruit étrange au niveau de la roue avant-gauche.

Au bout de cinq kilomètres, surprise ! Nous longeons une belle route asphaltée toute neuve. Nous espérons pouvoir monter dessus rapidement. Cela ferait du bien tant à Idéfix qu’à nous. Nous finissons par monter dessus mais au bout d’un kilomètre nous devons retourner sur la piste. Nous sommes frustrés ! Au bout de quatre heures nous longeons toujours cette magnifique route asphaltée !!

grand atroupement
grand atroupement

Depuis deux jours, les paysages ne sont pas très variés. Nous roulons dans une montagne aride, les rivières sont quasi toutes sèches et des arbres et des arbustes épineux longent la route. En milieu d’après-midi, nous nous arrêtons à l’entrée d’un petit village. Rapidement, une vieille dame vient à notre rencontre suivie de ses filles et ses petites-filles. Quelques temps plus tard, des écolières et des écoliers les rejoignent. Les garçons sont moins timides et nous posent de nombreuses questions. Yann et Pauline donnent à chacun un bic, ce qui semble leur faire grand plaisir.

Nous arrivons à Tupiza à la tombée de la nuit. Nous souhaitons dormir à la sortie de la ville sur la route vers Vilazon. Nous demandons la route exacte. En Bolivie, c’est très simple, les gens vous disent toujours “directo” (tout droit). Nous allons donc tout droit. Nous aurions dû nous méfier. Nous voilà devant le lit d’une rivière, certes sèche, mais trop profonde. Néanmoins, Damien se lance, et crac ! Nous sommes coincés. Idéfix accroche évidemment à l’arrière mais aussi à l’avant. Les conducteurs des minibus et des voitures derrière nous s’impatientent et klaxonnent. Les cales sont placées, premier essai, rien du tout. En plus, Damien ne peut s’aider du frein à main vu qu’il ne fonctionne plus. Idéfix semble suspendu entre les deux pentes qui forment les bords de ce creux. Finalement un homme qui tente de nous aider fait signe aux dix hommes qui nous regardent de venir nous aider à pousser Idéfix. Après quelques essais, Idéfix bouge et, malgré ses quatre tonnes, la force de ces hommes nous aide à le sortir de là. Plus personne ne klaxonne, tout le monde reprend sa route. Nous nous installons sur une station service pour passer la nuit. Nous nous couchons tôt car nous sommes fatigués de cette longe journée. Demain sera notre dernière journée de piste !

Quebrada de Humahuaca
Quebrada de Humahuaca

Vendredi 31 août 2007, dernière ligne droite. Nous atteignons le poste de douane de Vilazon. Une heure plus tard, nous franchissons la frontière et entrons en Argentine. Immédiatement le contraste du niveau de vie nous saute aux yeux. Les gens sont habillés en jeans et sweat-shirt, ils ont des voitures autres que des vieux camions ou des 4X4 appartenant aux agences touristiques. Il y a des magasins un peu partout. La Bolivie nous a plu énormément par ses villages et par ses paysages. Nous sommes ravis du tour que nous y avons fait malgré les pistes éreintantes. Mais nous sommes également contents de retrouver l’Argentine, avec ses routes asphaltées et son train de vie un rien plus moderne. Nous passons la nuit à Humahuaca, sur la place du village.

Quebrada de Humahuaca
Quebrada de Humahuaca

 
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