Au plaisir …

… d’emmener nos enfants voir le monde …

Le Blog

Une année en Amérique du Sud

En un an de temps (359 jours plus exactement), nous avons parcouru l’Argentine, le Brésil, le Pérou, la Bolivie et le Chili. Idéfix, notre camping-car, a parcouru 37.000 kilomètres. Notre itinéraire et le temps que nous avons passé dans chaque pays dépendaient principalement des saisons, des rencontres, des envies, de la magie des lieux, du budget, des enfants, de l’état des routes ou de l’état de notre véhicule. Autant d’éléments qui font qu’un voyage n’est pas l’autre. De fait, nous sommes peut-être passés à côté de certaines choses. Aussi, le hasard nous a peut-être mené justement là où une planification rigoureuse ne nous aurait jamais portés. Toujours est-il que nous avons profité de chaque instant.

Les pays, vus par nos yeux

Inutile de nous demander quel est le pays que nous avons préféré. Chaque pays nous aura laissé tant de bons souvenirs et offert de merveilleux endroits à découvrir. En dehors de ça, quelques petits détails nous ont frappés:

  • Le Brésil (la partie sud en tout cas) est un pays de camionneurs. Ils dévalent les routes à toute vitesse en enfonçant les pédales avec leurs pieds chaussés de tongs. Le diesel, ainsi que le coût de la vie y sont relativement élevés. Les Brésiliens sont chaleureux. Le Brésil a pour réputation (préjugé?) d’être un pays dangereux. Nous n’y avons cependant jamais eu le sentiment d’insécurité. Peut-être parce que nous avons évité les grandes villes … . Nous avons eu un peu de mal avec la langue portugaise. Si nous parvenions tant bien que mal à nous faire comprendre, il était bien rare que nous comprenions avec précision le sens du torrent de mots que notre interlocuteur nous renvoyait.
  • Le Chili est sans doute le pays sud-américain le plus influencé par les États-Unis. Le coût de la vie y est aussi le plus élevé. Le diesel a le même prix qu’en Europe. Les Chiliens que nous avons rencontrés nous ont paru un peu hautains et leur accueil généralement moins chaleureux. Mais quel beau pays!
  • Le Pérou s’est déjà habitué au tourisme. “Vous voulez prendre une photo de moi avec mon lama? Ce sera 2 Sol (monnaie péruvienne)”. Dommage que le majestueux Machu Picchu et les infrastructures liées soient gérés par des entreprises étrangères en quête de bénéfices élevés. Entre deux endroits touristiques les paysages sont pourtant tout aussi surprenants. Les femmes et les enfants sont toujours tout sourire. Les hommes en général sont absents et grincheux.
  • La Bolivie est le pays où nous avons passé relativement peu de temps. Il est pour nous un pays aux paysages authentiques, traversé par des pistes qui ont donné du fil à retordre à Idéfix. Les Boliviens sont assez distants (ils étaient indifférents à notre présence), mais leurs visages s’illuminent dès que l’on s’approche d’eux pour entamer la conversation. Nous aurions voulu y passer plus de temps.
  • L’Argentine est un paradis pour le genre de voyageurs que nous sommes. Nous y avons circulé facilement et y avons campé un peu partout. Les Argentins mettent de côté toutes leurs occupations dès qu’il s’agit de donner un coup de main ou de vous inviter à partager un “asado”. C’est le pays où nous avons passé le plus de temps. Nous l’avons parcouru dans tous les sens. Il est vrai aussi que nous avons de la famille qui y habite. Ce pays a pris une place importante dans notre coeur.
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Les rencontres

On dit que le voyage facilite les rencontres. Cette expression est incomplète. Nous y ajouterons que les rencontres facilitent aussi le voyage. Nos rencontres tant avec les locaux qu’avec d’autres voyageurs nous ont beaucoup apporté. Elles nous ont permis de mieux connaître les pays que nous avons visités, de découvrir des endroits peu connus du grand public, de passer de bons moments, de nous faire de nouveaux amis. Elles ont permis aussi à nos enfants d’apprendre à s’ouvrir d’autant plus facilement vers des enfants qu’ils ne connaissent pas. Nous avons lié tant d’amitiés avec bon nombre de voyageurs qu’il nous tarde de les retrouver en Europe. Autour d’un « asado », par exemple.

Les enfants

Le but premier de notre voyage était de passer du temps avec nos enfants. Pourtant, ils n’ont rien demandé. Alors, comment ont-ils vécu cette expérience? A en croire leur propre réponse à cette question, il apparaît que certains endroits resteront gravés à tout jamais dans leur mémoire. Ils adorent parler du Pantanal, des chutes d’Iguazu, des baleines de la péninsule de Valdès, des Incas, des petits copains qu’ils se sont fait tout au long du voyage et même des nouveaux amis de maman et papa.
Maman et papa ont vu évoluer leurs enfants en les suivant 24 heures sur 24. Bien-sûr, ce n’est pas une partie de plaisir tous les jours. Ils ont eu leurs petits caprices et leurs petites disputes. Ils ont eu leurs coups de cafard aussi, surtout durant les trois premiers mois. Yann a appris à lire, à écrire et à calculer avec Sophie. L’apprentissage a démarré sur les chapeaux de roues et Yann progressait très rapidement. Vers la fin du voyage, sa concentration baissait un peu, car il aurait bien aimé faire les petits bricolages et autres jeux d’apprentissage que Damien faisait faire à Pauline. Le temps des classes était aussi le temps de passer au Néerlandais afin qu’ils maîtrisent mieux leur langue scolaire. Si, dans l’ensemble, nous pensons que leur apprentissage scolaire s’est bien passé, nous avons surtout été frappés par leur éclosion sur d’autres plans. Timide de nature, Yann a appris à se diriger plus facilement vers les autres enfants, tout comme Pauline d’ailleurs. Tous deux sont devenus très complices et fidèles compagnons de jeu. S’il est vrai qu’un DVD peut aider à les occuper de temps en temps en fin d’après-midi, ils réussissent néanmoins à s’occuper seuls en s’inventant des jeux avec les accessoires les plus simples: quelques lattes en bois pour faire un bateau, des bouteilles en plastique, des branches d’arbre pour faire des arc-à-flèche, ou des cailloux pour faire un feu imaginaire. Tous ces accessoires sont stockés dans le camping-car pour au cas où les enfants voudraient les partager avec des petits copains de fortune qu’ils croiseront peut-être en chemin. Le reste du temps, Yann dévore les livres et Pauline bricole, telle une vraie petite fille, avec les affaires de maman. Mais ce qu’ils préfèrent, par dessus tout, c’est de jouer « un jeu à quatre », c’est à dire un jeu de société avec maman et papa. Sans oublier les petits câlins …

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Le camping car

Même après 359 jours de voyage, nous sommes toujours satisfaits du choix de notre « maison roulante ». Il est vrai que nous avons dû éviter certains endroits insolites parce qu’ils étaient difficilement accessibles avec un véhicule qui ne soit pas un 4×4. Notre Idéfix a l’arrière-train assez bas au sol, ce qui fait que nous sommes restés accrochés quelque fois ou que nous avons dû manoeuvrer délicatement pour monter, par exemple, sur des rampes d’accès de ferry et autres. Mais jamais cela ne nous a empêché d’aller là où nous le désirions.
Ces petits désagréments ne représentent rien de très important à côté du bénéfice du confort et de l’espace de vie que notre véhicule a offert à notre petite famille. Les enfants ont besoin d’espace pour pouvoir jouer et pour pouvoir travailler pour l’école. La disposition de la cellule privilégie l’espace de rangement, ce qui n’est pas négligeable vu la quantité (trop sans doute) de matériel (outils, jeux, livres scolaires, médicaments, romans et vêtements) que nous avions emmené.

Si le véhicule porteur Fiat a connu quelques problèmes d’ordre mécanique (Quel voyageur n’en a pas?), l’équipement de la cellule habitable (Hymer), lui, n’a pas bougé. Tout fonctionne toujours comme au premier jour. Nous avons entendu des voyageurs nous conter comment toutes leurs armoires s’effondraient au bout de 1000 km de pistes. Nous ne sommes pas mécontents d’avoir opté pour la qualité allemande.

Nous ne sommes pas mécontents non plus des équipements supplémentaires que nos avions prévus.

  • Le réservoir de gaz GPL: La plupart du temps une simple bonbonne de gaz (mélange butane/propane) argentine était branchée, mais nous étions bien contents de pouvoir remplir notre réservoir de gaz GPL (80 litres) au Chili afin de parer aux nuits de gel dans l’Altiplano, où nous avons passé deux mois sans devoir nous soucier de trouver du gaz.
  • Le convertisseur 12V-220V nous a paru bien pratique pour recharger les batteries des différents appareils électroniques (caméra, appareil photo) et pour l’alimentation de l’ordinateur portable. Sans quoi, nous aurions dû changer tous les adaptateurs de ces appareils afin qu’ils fonctionnent au 12 Volt.
  • Le panneau solaire nous a permis de faire du camping sauvage plusieurs jours de suite à différentes reprises. Par exemple, durant 15 jours sur la plage de Pardelas (Péninsule de Valdès). Cet argument suffit pour en illustrer l’importance.
  • Lorsque nous avons remplacé notre premier pneu (éclaté sur les pistes de Bolivie), nous étions soulagés de savoir qu’il nous restait encore un autre pneu de réserve.
  • Notre réservoir d’eau, agrandi jusqu’à 160 litres, nous permettait d’avoir une autonomie en eau d’environs 5 jours. Nous évitions de prendre des douches, lorsque nous risquions de tomber à sec. Il nous semble qu’un réservoir de 100 litres eut été trop juste pour nous quatre.
  • La plaque de protection du carter, sous le châssis. A différentes reprises, nous avons heurté de grosses pierres. Sans la tôle de protection le carter aurait été endommagé.

Les petits bobos d’Idéfix

  • Le pare-brise a pris un gros caillou dans les premiers jours de voyage. Un mois après, il était fêlé sur toute la largeur. Mais grâce à l’application du kit pare-brise il a tenu le coup jusqu’au bout.
  • Le porte-à-faux a touché le sol plusieurs fois, mais sans causer de dégâts.
  • Le train avant, du côté gauche, donne des bruits inquiétants sur les pistes. Les divers diagnostics nous ont poussés à faire diverses tentatives de réparation: remplacement de la « rotula » (Atelier Fiat à Salta), remplacement de l’amortisseur gauche (Atelier Fiat à Cordoba), remplacement de la « Casoletta » (Repuesto Fiat et Atelier Michelin à Commodoro Rivadavia.). Et le problème n’est toujours pas résolu. Il ne nous a cependant jamais empêché de rouler.
  • Les jauges des réservoirs d’eau ne fonctionnent pas toujours correctement. Sans doute les électrodes sont-ils encrassés.
  • Coupure du 12 Volt sur le salar d’Uyuni. Nous n’avons jamais trouvé la cause. Le problème ne s’est produit qu’une seule fois et s’est résolu tout seul.
  • Un jour, nous avons perdu tout le liquide de refroidissement parce que le radiateur était percé (par un caillou??). Il a été ressoudé dans un atelier Fiat à Puerto Madryn.
  • La serrure de la portière du côté conducteur s’est bloquée. (Réparation maison avec l’aide de Carlos.)
  • Perte de puissance: le tube d’arrivée d’air au moteur a lâché. (Réparation maison, il a suffi de resserrer la bague.)
  • 1 pneu crevé, 1 pneu à remplacer d’urgence. Nous avons trouvé des pneus Michelin à Salta et à Commodoro Rivadavia.
  • Découverte d’une vis tombée du bloc moteur et restée posée sur la plaque de protection du carter. (Réparation maison. Le plus dur a été de trouver l’endroit d’où provenait la vis.)
  • Un jour, le moteur s’est mis à vibrer et ne donnait presque plus de puissance. L’atelier Fiat à Bariloche a diagnostiqué, à l’aide de l’ordinateur, un faux contact sur l’un des injecteurs. Ce fut vite réparé.
  • Réparation maison du robinet mitigeur de l’évier.
  • Nous avons remplacé 3 ampoules dans la cellule.
  • Nous avons remplacé le fusible de la pompe à eau le dernier jour de notre séjour en Amérique latine.
  • La direction commence à faire du bruit. Il doit y avoir un peu de jeu sur la crémaillère de la direction. Nous la ferons vérifier en Belgique.
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Nos coups de coeur

Il y a des endroits et des moments forts qui ont marqué cette année de voyage et d’aventure. La manière à laquelle on vit ce voyage, les choses ressenties, sont modelées par le climat, l’humeur du jour, la compagnie, les petits désagréments qui peuvent se transformer en éclats de rire comme en cauchemars, la beauté de la nature, l’attitude des enfants, etc…

Ainsi, le Top 6 (dans l’ordre chronologique) de nos coups de coeur est le suivant:

  • Le Pantanal (Brésil): Le spectacle des animaux aux abords de la piste, dite « Transpantanera », est fascinant. Les enfants en parlent encore.
  • Le Paso de Jama et le désert d’Atacama (Chili): Paysages étonnants et colorés de l’Altiplano, survolés par des flamants roses. Malheureusement, Yann a souffert de l’altitude lors du passage du col (4.856 mètres) de Paso de Jama.
  • Le Salar d’Uyuni et les pistes qui y mènent (Bolivie): Passer une nuit sur le salar illuminé par la pleine lune représente déjà un moment insolite. Y manger à la lueur des bougies à cause d’une panne de courant y apporte une touche supplémentaire. Et puis les 640 km de pistes que nous avons parcourus, parfois à travers sable et rivières, font que l’aventure restera mémorable.
  • La péninsule de Valdès (Argentine): Nous avons passé 15 jours en bivouac sur une plage magique. Nous étions omnibulés par le ballet des baleines.
  • Le lever du soleil sur la glacier Perito Moreno (Argentine) : Les bruits des craquements provoqués par ce géant, les variations des couleurs sur le glacier au fur et à mesure que le soleil se lève, la solitude, le sifflement d’un petit oiseau qui passe, le calme, la force que représentent les tonnes d’eau glacée et tant d’autres choses rendent cet endroit, à ce moment précis de la journée, absolument magique !
  • La Carretera Austral (Chili): Drôles de sensations que d’arpenter les pistes, les corniches et les pentes raides de cette route mythique. Les paysages sont fabuleux. Nous nous sentons isolés du monde. Jusqu’à ce qu’une journée de rodéo nous plonge dans une ambiance délirante d’authenticité.
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Nos coups de gueule

Puisque tout ne peut pas être rose et rêve tous les jours non plus, voici le Top 6 de ce qui nous a quelque peu déçu ou ennuyé pendant le voyage:

  • L’amende infligée par la police de Entre Rios lors de notre cinquième jour de voyage.
  • Le cybercafé à Ushuaia, où le patron infect nous a refusé l’accès parce que nous avions deux enfants avec nous.
  • Les nombreux lieux qui sont considérés par la population comme décharges publiques. Et là où il y a réellement des décharges publiques, on voit des milliers de sacs en plastique s’envoler à des kilomètres à la ronde. Déjà vu un “arbre à sacs”? C’est pas très joli.
  • Au Chili, le projet de construction d’un gigantesque barrage hydro-éléctrique dans la région de la Carretera Austral, signifierait la perte des merveilles naturelles de cette magnifique région. Nous n’avons pas les éléments exacts qui nous permettent de mesure l’impact sur la faune, la flore et sur les terres dont vivent les locaux, mais nous aimerions soutenir l’idée du mouvement “Patagonia chilena, sin represas”.
  • Les barrages (sur les routes, cette fois), dans la province de Cordoba, nous ont permis de constater à quel point l’équilibre économique d’un pays peut être fragile.
  • Les quelques soucis administratifs belges qui nous ont cassé les pieds.

La suite

Le chapitre sud-américain est clôturé. Nos plans pour la suite restent inchangés, nous organisons notre transfert vers l’Australie. A notre retour définitif, en été 2009, nous continuerons notre vie “normale”. Nous reprendrons nos métiers respectifs et les enfants rejoindront leurs copains de classe. Mais quelque chose en nous aura changé. Ça, c’est certain…

 

Nous quittons le Brésil (Brésil) - 05/07/07 au 06/07/07

Jeudi 5 juillet 2007, la route est difficile. Les trous et les ornières de la Transbrasiliana nous empêchent de rouler vite et nous donnent des frayeurs par moments. Nous faisons étape sur une station service, à mille mètres d’altitude, après avoir parcouru moins de kilomètres que prévu.

Vendredi 6 juillet 2007, en début d’après-midi nous atteignons la frontière entre le Brésil et l’Argentine, à hauteur de Bernardo de Irigoyen. Arrivés dans la petite ville de Barracao, il nous faut une dizaine de minutes avant de trouver le poste de douane. Nous passons la douane brésilienne sans qu’on nous demande quoi que ce soit. Nous faisons demi-tour, car il nous faut des cachets sur nos passeports et sur le carnet de passage d’Idéfix. Une heure plus tard nous atteignons la barrière de la douane argentine. Le douanier, méticuleux, met un temps bête à exécuter ses démarches administratives. Nous nous demandons même s’il ne consulte pas son manuel “Tamponner un passeport pour les nuls” derrière son guichet. De plus, il semble ne jamais avoir entendu parler d’un carnet de passage en douane. Encore une heure plus tard, tout est en règle et nous pouvons passer. Nous voilà de retour en Argentine. Le passage de douane nous a fait perdre deux heures, mais aussi quatre bananes, trois oranges et deux citrons suite au contrôle sanitaire. Ce dernier a été instauré récemment pour cause de la fièvre aphteuse qui règne dans la région. Soit, trop heureux de recevoir des explications claires en espagnol, nous léguons le contenu de notre corbeille à fruits à la gentille dame et entrons dans la province argentine de Misiones. Nous roulons pendant cent trente kilomètres dans une forêt dense, sans croiser le moindre camion ni village. Exténués par cette journée, nous nous arrêtons là où la civilisation reprend son droit, à Eldorado, et logeons sur une station service.

Morretes et Antonina (Brésil) - 01/07/07 au 05/07/07

Porto de Cima
Porto de Cima

Dimanche 1 juillet 2007, petite matinée tranquille: bonne grasse mat, petit déjeuner à l’auberge et mini match de hockey avant de prendre la route vers Morretes. Mais cette fois-ci en motorhome. Notre guide parle de plusieurs balades sympas à faire dans les environs et nous avons été séduits par le village et la flore de la région lors de notre excursion en train. L’office de tourisme nous a conseillé deux campings. Nous décidons d’aller voir à quoi ressemble celui qui est le plus proche du village. Il y a six kilomètres de piste à faire mais maintenant, tant Idéfix que nous, sommes rôdés et en plus, c’est tellement jolie que nous sommes contents de ne faire que du trente kilomètre à l’heure et de pouvoir admirer la nature. Nous ne repérons pas tout de suite le camping et nous nous arrêtons dans un petit restaurant perdu en plein milieu de la nature. Le coin est très mignon, il y a une chapelle aux couleurs bleues et blanches, un petit ruisseau, une roue à eau, des petits ponts,… Nous nous arrêtons à ce petit restaurant afin d’y demander la route et nous voilà, tout à coup, assis à table dégustant un “barreado” dans les règles de l’art, avec de la farine de manioc et des rondelles de bananes… c’est délicieux!

Morretes
Morretes

Après ce bon petit repas, nous partons à pied à la recherche du camping. Pour finir, nous nous rendons compte que ledit “camping” est tout simplement un bel emplacement le long du Rio Marumbi. Plusieurs personnes nous ont dit que nous pouvons nous installer ici et nous décidons donc d’y passer la nuit. Ce sera du camping semi-sauvage. Yann et Pauline sont ravis de notre emplacement. A peine arrivés, ils partent escalader les pierres au bord de la rivière. Nous les rejoignons et à peine quelques minutes plus tard, Yann glisse et se retrouve les pieds dans l’eau. Damien, rebroussant chemin pour aider Yann… glisse et… se retrouve également avec chaussures et pantalon dans l’eau. Pauline et moi sommes prises d’un fou-rire et rejoignons la berge prudemment tout en gardant nos pieds au sec.
Après cela, les enfants nous réclament leur heure de classe. A la tombée de la nuit, les quelques brésiliens, venus passer leur dimanche après-midi au bord de l’eau, sont tous partis et seul le bruit de la petite cascade nous accompagne tout au long de la soirée et de la nuit.

Lundi 2 juillet 2007, quelques nuages couvrent le ciel et nous prenons la route vers São João de Graciosa qui ne se trouve qu’à quatorze kilomètres de Morretes. Nous y empruntons la “Serra da Graciosa”. Une route pavée, construite en 1873, gravit la montagne à travers la jungle tropicale sur vingt kilomètres. Ce parc national réunit la plus complète variété des fleurs et essences végétales originelles de la “Mata Atlantica”, forêt atlantique à la végétation exubérante qui recouvre la serra do Mar. Idéfix emprunte la route pavée avec facilité mais celle-ci devient de plus en plus sinueuse et au fur et à mesure que les kilomètres passent, les gouffres le long de la route deviennent de plus en plus impressionnants. Le ciel se couvre de gros nuages gris. Des panneaux signalent “attention, chaussée glissante en cas de pluie” … Serais-je quelque peu “maman-poule”? Car lorsque Damien propose de faire un petit arrêt, je suggère plutôt de continuer jusqu’au bout et éventuellement de nous arrêter sur le chemin du retour … autant éviter la pluie sur ces pavés …

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Arrivés en bas de la Serra da Graciosa, nous prenons la route en direction de Porto de Lima car il y a le “Parque estadual do Marumbi”. Un grand panneau au début d’une piste nous indique l’entrée du parc. Il n’y a pas plus d’information. Nous nous engageons sur la piste rouge. La nature est très jolie, il y a de nombreuses variétés de fleurs que nous n’avions pas encore vues. Nous longeons quelques habitations, des pousadas qui semblent vides, une rivière. Le chemin devient de plus en plus étroit et boueux. Il n’y a toujours aucune entrée ‘officielle’ pour ce parc ni un endroit où garer Idéfix afin d’aller à la découverte des lieux à pied. Finalement, nous nous arrêtons car la piste devient impraticable pour Idéfix. Nous profitons du calme et du cadre ‘tropical’ pour y déjeuner avant de rebrousser chemin. Quelque peu déçus de n’avoir pu se promener dans ce parc, nous trouvons néanmoins un endroit sympa où loger. La pousada Dona Siroba propose également des emplacements de camping et ce au pied du Marumbi.

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Mardi 3 juillet 2007, il fait beau, mais nous n’avons pas envie de sortir Idéfix. Sophie fait un peu de ménage pendant que je rince et vérifie les réservoirs d’eau. Les enfants dessinent au bord de la piscine, à défaut de pouvoir y plonger, l’eau étant trop froide et surtout, pas très propre. Yann se met à jouer au ballon avec un petit garçon brésilien dont le papa travaille à la pousada. Ils ne se comprennent pas mais ils prennent un plaisir fou à jouer au foot et au volleyball. Le petit garçon s’appelle Luis. En guise d’heure de classe Sophie sort les pinceaux et la peinture. Nous nous amusons à mélanger les couleurs pour faire des ‘couleurs magiques’ et à peindre les palmiers qui nous entourent.

Le soir, à l’heure de l’apéritif, nous observons les étoiles. Cela faisait deux semaines que Yann nous demandait de lui expliquer à quoi sert le petit livre que nous avait offert Jean-Philippe juste avant notre départ. Nous expliquons donc à Yann et Pauline comment reconnaître la “Croix du sud” et le “Centaure” dans le ciel de l’hémisphère sud. Ils écoutent et observent avec beaucoup d’intérêt.

Au souper, Yann éclate en sanglots. Il se rend compte que nous repartons demain et qu’il ne reverra probablement plus son copain Luis. Nous le consolons. Mais son chagrin et sa sincérité nous bouleversent.

Serra da graciosa
Serra da graciosa

Mercredi 4 juillet 2007, nous quittons la pousada et retournons à São João de Graciosa où nous trouvons enfin un sentier où nous pouvons nous balader en pleine forêt. Nous empruntons le sentier armés de notre appareil photo, de notre caméra et d’un bon répulsif anti-moustique. Les rayons du soleil passent difficilement à travers les feuillages de cette forêt dense et nous en sommes heureux car nous pouvons nous promener à l’ombre. Les enfants s’amusent, grimpent sur les pierres, sautent au-dessus des branches, passent en-dessous de troncs d’arbres couchés sur le sentier. Ils sont tellement excités. Impossible de les calmer… au grand dam de Damien et moi car nous aurions aimé apercevoir des animaux, mais avec tant de bruit, les quelques animaux que nous aurions pu voir ont certainement fui… sauf un colibri.

Assoiffés par l’envie de voir de nouvelles choses, nous partons visiter Antonina, une petite ville coloniale située en bord de mer. Comme d’habitude, nous nous arrêtons à l’office de tourisme afin d’avoir un maximum d’informations et comme trop souvent, ici au Brésil, ils n’ont pas grand chose à nous donner et la seule chose qu’ils savent dire est dans un portugais hyper rapide. Ne voient-ils donc pas que nous sommes des ‘gringos’? Pourquoi ne ralentissent-ils jamais le débit de leur langage? Mais, comme nous dit Yann, nous avons toujours de la chance et nous finissons par trouver la plage. C’est une plage toute petite mais toute mignonne, avec ses petites barques amarrées en bord de mer, ses quelques palmiers et une jolie vue sur la baie.

Antonina
Antonina

N’ayant pas trouvé de camping dans les environs de ce petit village, nous retournons loger à la pousada Dona Siroba. De toute manière, nous devons repasser par Porto de Cima et Morretes pour quitter la région.

 

Curitiba (Brésil) - 29/06/07 au 30/06/07

Curitiba - Serra Verde Express
Curitiba - Serra Verde Express

Vendredi 29 juin 2007, notre plan est simple. Nous voulons loger à Curitiba afin d’y prendre le lendemain le fameux train “Serra Verde Express” qui rallie Curitiba à Morretes en trois heures de trajet à travers forêts et montagnes. Ce trajet somptueux, ainsi que le trajet retour prendra bien une journée complète. Nous avons réservé une place sur le parking du “Curitiba Eco Hostel” dont le gérant a accepté que nous logions dans notre motorhome au lieu de prendre une chambre.

Nous arrivons à Curitiba sans encombre. Le gérant de l’auberge nous ouvre son portail et nous invite à entrer sur son “aire” de stationnement. Cependant, la dénivellation entre la chaussée et le seuil du portail est trop importante. Le châssis d’Idéfix est trop long et trop bas. Mais grâce à l’aide d’un ouvrier et de quelques poutrelles nous avons finalement réussi à nous “coincer” sur le petit parking.

En milieu d’après-midi nous partons en ville afin d’acheter nos tickets de train pour le fameux trajet de demain. Cela nous permet de découvrir Curitiba, dont on dit que c’est la ville la plus européenne du Brésil. La ville nous semble bien agréable. Par contre, à la gare, nous tombons à la renverse lorsque nous apprenons le prix des tickets pour le “petit train”. Tant pis, nous sommes venus ici pour ça, alors allons au bout des choses. Il paraît que le trajet vaut vraiment la peine.

Nous rentrons chez Idéfix. Le gérant de l’auberge nous invite à sa petite “fiesta” qu’il organise plus tard dans la soirée. Nous apprécions le geste. Mais les enfants doivent aller dormir car nous nous levons à six heures demain matin.

Samedi 30 juin 2007, bon anniversaire mamycha!
Il est six heures, le réveil sonne. Les enfants ont du mal à se réveiller. Nous sautons dans le bus de 7h01. Puis dans un autre jusqu’à la ‘rodoferroviaria’. Nous prenons place à bord du Serra Verde Express. Ouf, nous y sommes. Il est huit heures et quart lorsque le train démarre. Notre wagon est bondé de passagers brésiliens qui semblent tester leur appareil photo pour la première fois. Durant la première heure de trajet, le train sort de la ville, lentement mais sûrement, lançant de forts coups de sifflet pour alerter les voitures à hauteur des passages à niveau qui, comme dans tout le Brésil, n’ont pas de barrières qui s’abaissent au passage des trains. Nous voyons les montagnes s’approcher.

Curitiba - Serra Verde Express
Curitiba - Serra Verde Express

Au premier petit lac entrevu par la fenêtre, la moitié des passagers bondit de son siège pour prendre une photo par la fenêtre. A partir de cet instant, toutes les fenêtres du wagon sont ouvertes. Sophie et moi nous regardons, chacun d’un côté de la rame, les enfants au milieu, nous demandant quand le vrai spectacle va commencer. Sophie montre quelque chose à Yann. Deux passagères et autant d’appareils photo suivent avec ferveur la direction indiquée par Sophie. Ce petit numéro se répète deux à trois fois. La troisième fois, il n’y a rien à voir. Sophie fait marcher les marionnettes.

Curitiba - Serra verde express
Curitiba - Serra verde express

Soudain, la vue s’ouvre sur la gauche. Nous apercevons une petite chute d’eau, puis un ruisseau, puis plus rien… un tunnel. Nous sortons du tunnel et notre regard plonge vers le bas, le long d’une pente raide. Au loin, le soleil illumine une montagne, le mont Marumbi, la plus haute montagne de l’état du Parana. S’en suivent trente minutes de vues époustouflantes: des creux, des crevasses, des montagnes, des falaises, du soleil, de la brume, des ponts, des ruisseaux. Le machiniste arrête le train au beau milieu d’un pont, au-dessus d’un canyon. De la fenêtre, vers laquelle tout le monde se penche, nous pouvons voir un cours d’eau qui ruisselle, plus de cent mètres en-dessous des rails. Le train ne bascule pas, il repart. Il quitte les flancs de montagne et plonge dans la forêt tropicale. Petit à petit nous reprenons nos esprits. Nos sens se replacent en mode “normal”, et nous sommes à nouveau des simples passagers dans un train ordinaire. Les enfants attendent avec impatience d’atteindre le prochain tunnel. Une fois dans le noir complet ils crient “houhou” et se marrent comme des petits fous.

Curitiba - Serra verde express
Curitiba - Serra verde express

Le train siffle trois fois. Des enfants des villages avoisinants viennent nous saluer au passage. Le train entre en gare à Morretes. Tout le monde descend. Le flot de passagers se déverse dans le village à la recherche d’un petit restaurant où déjeuner. Nous passons à l’office de tourisme afin de récolter quelques informations sur Morretes.

Le village de Morretes est plein de charme, et plein de restaurants. Nous y prenons notre premier “Barreado”, spécialité locale qui ressemble à une carbonade flamande servie avec de la farine de manioc et des bananes. Nous ne connaissons pas encore ce plat et le mangeons à l’européenne, c’est-à-dire sans la farine de manioc et sans la banane. Repus et contents de notre excursion, nous reprenons le train en sens inverse, direction Curitiba.

 

Etape de ravitaillement (Brésil) - 21/06/07 au 28/06/07

Jeudi 21 juin 2007, à neuf heures tapantes nous nous trouvons au cybercafé car nous avons rendez-vous sur skype avec maman et papa Holvoet. Il est 11 heures lorsque nous quittons Chapada Dos Guimaraës. Nous avons décidé d’aller vers la côte, plus précisément à Curitiba et ses environs. Mais il y a tant de kilomètres à faire que nous optons pour un petit détour via Foz do Iguaçu et le camping “Paudimar” qui nous y avait tant plu. C’est également une étape importante pour deux autres raisons: notre bouteille de gaz est presque vide et les bouteilles brésiliennes ne se fixent pas sur le détendeur que nous avons. C’est donc plus simple d’aller à Puerto Iguazu (en Argentine) pour en acheter une autre. Nous aimerions également faire un petit saut à Ciudad del Este, au Paraguay, pour y acheter un nouvel objectif pour notre appareil photo. Il paraît que c’est “the place to be” pour les bonnes affaires.
Nous avons 1500 km à faire, ou 4 jours de route et trois pompes à essence.

Mardi 26 juin 2007, contrebande au Paraguay…
Nous quittons Idéfix et le camping pour aller au Paraguay en bus. Nous prenons deux bus et descendons à la frontière. Il semblerait qu’il n’y ait aucun contrôle de douane pour les piétons et donc pas de “perte de temps administrative”. Nous découvrons une autre face de l’Amérique Latine. Dès notre arrivée à la frontière, je suis surprise par la saleté, la puanteur et la pauvreté. De nombreuses personnes y errent, des familles y traînent et les mamans cherchent des poux dans les cheveux de leurs enfants. Il n’y a aucune indication de douane, ni de contrôle. Nous marchons entre les camions et nous nous dirigeons vers le pont afin de traverser le Rio Parana qui sépare le Brésil du Paraguay. En traversant le pont, chacun avec un enfant à la main, nous apercevons des grands trous dans le grillage. Il ne faut que quelques secondes pour que nous comprenions à quoi ils servent. Tout à coup, des hommes arrivent en criant avec des grosses cordes en mains. Ils nous bousculent, nous agrippons nos enfants et essayons de nous frayer un chemin. D’autres hommes arrivent en courant, portant d’énormes paquets entièrement emballés dans du plastique et ne se souciant guère de notre présence. A nous de nous baisser afin de ne pas être heurtés par un de ces paquets. L’un d’eux devrait, par accident, nous faire basculer par dessus la rambarde, je suis certaine qu’il ne s’en inquièterait même pas. Nous nous rendons compte que nous sommes témoins d’une contrebande et que toute cette marchandise est lestée, à l’aide de ces grosses cordes, à travers les trous dans les grillages. D’autres hommes se trouvent en-dessous du pont pour réceptionner les colis. Tels des fourmis nous les voyons à la queue leu leu partir dans la végétation avec leur magot sur le dos. Damien hésite à sortir la caméra mais pour notre sécurité nous préférons la laisser dans le sac-à-dos.
Notre visite au Paraguay sera de courte durée. Peut-être faudrait-il, une fois arrivé à Ciudad del Este, prendre un taxi pour se rendre au centre ville? Toutefois, nous continuons à pied car nous apercevons déjà les magasins. Je n’aime pas cette ville, ou du moins cette partie de la ville qui est sale, moche et où l’on nous interpelle tous les dix mètres pour essayer de nous vendre quelque chose. Yann a été impressionné par notre passage sur le pont et ne lâche pas notre main une seule seconde. Il nous demande de retourner au Brésil et semble devenir de plus en plus pâle. Pauline, par contre, semble nettement plus à l’aise et aperçoit plutôt les jolies choses exposées dans les échoppes que le côté sinistre de la ville… ah, l’insouciance!

Le retour vers le Brésil est nettement plus calme. Apparemment, il n’y a pas de changement de garde à cette heure-ci car au lieu de courir à toute vitesse avec leur marchandise sur l’épaule, les hommes sont assis sur leurs paquets et discutent comme si c’était la chose la plus normale. Nous sommes à peine assis dans le bus qui nous ramène au camping que Yann reprend déjà des couleurs et nous demande de jouer au babyfoot dès notre arrivée. Vu la matinée que nous venons de passer, nous ne pouvons lui refuser ce match de babyfoot en famille.
Arrivés au camping, je ne peux m’empêcher de penser à ces adultes et ces enfants qui vivent là-bas et dans tant d’autres endroits semblables sur la terre. Nous avons vu là une des nombreuses faces négatives de notre monde et il est important de savoir qu’elles existent également.

Chapada dos Guimaraës (Brésil) - 17/06/07 au 21/06/07

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Dimanche 17 juin 2007, nous sommes réveillés par de drôles de bruits. Hier, nous nous étions garé sur le terrain de camping appartenant au Araras Eco Lodge alors qu’il faisait nuit noire. Ce matin, nous nous apercevons que nous nous trouvons en fait au beau milieu d’une basse-cour, entourés de poules, de dindons et de cochons. Ce qu’ils appellent le terrain de camping n’est donc rien d’autre qu’une ferme. Nous nous amusons de cette compagnie inattendue. Puis, nous nous apprêtons à quitter le Pantanal et ses merveilles pour rejoindre Chapada dos Guimaraës.

Chapada dos Guimaraës
Chapada dos Guimaraës

Chapada dos Guimaraës se trouve à 70km au nord de Cuiabá. C’est une petite bourgade située sur un plateau d’où s’écoulent les eaux en direction du Pantanal. Les habitants de Cuiabá, une des villes les plus chaudes du Brésil, s’y rendent en week-end afin de trouver un peu d’air frais. Ils y sirotent une caipirinha sur la place du village ou se baignent dans les rivières, au pied de petites cascades, à l’ombre des parois rocheuses de canyons creusés par le Rio Paraguay.

Nous nous y installons dans un petit camping “chez l’habitant” à deux pas de la jolie petite place du village. Nous avons comme colocataire des lieux une gentille dame brésilienne qui loge sous tente et confectionne des bracelets et pendentifs qu’elle vend ensuite sur la place où d’autres artisans ont également installé leurs échoppes. Entretemps, nous, nous faisons le grand nettoyage d’Idéfix. Notre maison sur roues n’est pas bien grande mais elle prend beaucoup de poussière.

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Lundi 18 juin 2007, la fondation d’un Parc National est avant tout un moyen de préserver et de protéger un environnement naturel d’exception. Heureusement, “parc national” ne veut pas nécessairement dire qu’il faut acheter un ticket d’entrée pour profiter de sa richesse. Ainsi nous entrons aisément dans le Parc National de Chapada, qui borde le village du même nom. Nous y faisons une promenade qui nous mène vers plusieurs petites chutes d’eau. A divers endroits nous trempons nos pieds dans l’eau claire et rafraîchissante. Les méandres ombragés de la rivière nous offrent une fraîcheur apaisante car sur les sentiers, à découvert, le soleil est de plomb.

Mardi 19 juin 2007, aujourd’hui, journée de repos. Nous consacrons les deux premières heures de la journée à la session scolaire des enfants et ensuite nous profiterons du soleil sur la terrasse d’Idéfix. Yann et Pauline s’appliquent bien aux heures de classe. Aujourd’hui ils travaillent à leur livre de voyage, dans lequel ils créent leur propres carnets de route. A défaut de savoir écrire ou de publier leurs récits sur le Net, ils choisissent et découpent des photos, puis les collent dans leur carnet. Maman et papa y ajoutent les commentaires qu’ils donnent. Tout cela se passe en néerlandais et dans la bonne humeur. Une fois le chapitre “Pantanal” clôturé Yann demande s’il peut faire ses devoirs. Sophie lui donne quelques mots à écrire afin qu’il exerce les lettres qu’il a apprises ces derniers jours: ik, vis, roos, en, pen, maan, ster, … Yann se félicite de savoir déjà écrire le mot “ara”. En Belgique, je doute que “ara” soit dans les livres scolaires, mais ici il peut se permettre cette petite exception à la touche exotique.

Mercredi 20 juin 2007, cette fois, Idéfix est dispensé de piste. En effet, la piste qui doit nous mener à la “Cidade da Pedra” (cité de pierre) est vraiment infranchissable pour ses petites roues et nous oblige à demander à un guide de nous y conduire en 4×4. Les enfants savourent la partie de cross façon Paris-Dakar sur la piste ensablée. Nous leur expliquons que leurs oncles Holvoet apprécieraient aussi s’ils étaient avec nous. La piste traverse un paysage assez plat, rocailleux et couvert d’une végétation plutôt basse. Ce type d’environnement s’appelle “Cerrado” et est le deuxième milieu naturel du Brésil. Ici, rien qu’à Chapada, on dénombre environ 360 espèces d’oiseaux.

Cidade da Pedra
Cidade da Pedra

Nous arrivons à l’entrée de la cité de pierre. D’emblée notre regard se perd au-dessus d’un vide inquiétant et se fige face à un canyon qui nous coupe le souffle. Il règne dans cet endroit un silence total. Seul l’écho des cris d’un couple de aras nichant dans une corniche de la falaise vient perturber par moments ce silence de cathédrale. Le spectacle, sous le soleil rougeoyant, nous incite à la méditation, jusqu’au moment où la pénombre insistante nous invite à rebrousser chemin.

Cidade da Pedra
Cidade da Pedra
 

Transpantaneira, Pantanal Nord (Brésil) - 14/06/07 au 17/06/07

Jeudi 14 juin 2007, cela fait exactement 1 mois que nous avons quitté la Belgique!
Aujourd’hui, nous arrivons enfin à Poconé où nous faisons un petit mercado car nous supposons que les repas seront compris dans le prix de la pousada-camping où nous comptons loger. Ensuite, après quelques tours, retours et demandes d’indications, nous arrivons sur la fameuse Transpantaneira du Pantanal.

Pantanal nord - Entrée de la Transpantaneira
Pantanal nord - Entrée de la Transpantaneira

Le nom Pantanal est dérivé du mot pantano qui signifie marécage. Durant la saison de pluie, d’octobre à avril, les rivières débordent et c’est ainsi que les grandes plaines du Pantanal sont inondées et que tant de poissons et de crustacés s’y trouvent. Lors de la saison sèche, l’eau se retire mais les nombreux poissons y restent comme emprisonnés et deviennent une source importante de nourriture pour les prédateurs. La construction de la route Transpantaneira a débutée en 1971. Le but était qu’elle commence à Poconé, au nord, et se termine à Corumba, plus au sud, afin de traverser une grande partie de cette région. Mais seul un tiers de la route a été réalisé. Pour construire cette route, de la terre fut enlevée sur deux côtés, formant de grands fossés, et déposée au milieu. Ces fossés longeant la route sont quasi tout le temps remplis d’eau et donc de poissons. Sur 150 kilomètres de route 122 ponts en bois ont été construits.

Pantanal nord - Transpantaneira
Pantanal nord - Transpantaneira

Ce sont des voyageurs que nous avons rencontrés qui nous ont vivement conseillés de venir ici, au nord du Pantanal, car la faune y serait magnifique. Ils n’ont pas eu tort et nous avons eu raison de suivre leurs conseils. Dès les premiers cent mètres, nous nous arrêtons pour admirer les faucons, les aigrettes et de nombreux autres oiseaux tous plus beaux par leur couleur ou plus impressionnants par leur taille que les autres. Les enfants, installés à côté de nous, semblent également tout émerveillés. Après 17 km de piste et une heure et demie d’admiration, nous arrivons à la pousada-camping. Nous plaçons Idéfix à l’ombre d’un arbre centenaire en attendant que le patron de la pousada arrive. Le patron a mis plusieurs heures avant de montrer le bout de son nez. En attendant nous ne nous lassons pas d’admirer cette nature. Comme dit Damien, “on dirait un aéroport pour oiseaux”, ils ne cessent de s’envoler et d’atterrir. Les faucons, les aigles, les martin-pêcheur se perchent sur une tige en attendant un poisson, un crabe ou une grenouille. Même en faisant l’école, je ne peux m’empêcher d’avoir plus les yeux fixés vers ce merveilleux spectacle que sur les livres de Yann; des hérons, des aras, des perruches, des sangliers… c’est trop beau!

Pantanal nord - Transpantaneira
Pantanal nord - Transpantaneira


Pantanal nord - Transpantaneira
Pantanal nord - Transpantaneira

En fin d’après-midi, le fermier de la pousada (ah oui, il y a aussi des vaches, des veaux, des moutons et des chevaux) nous indique l’emplacement d’Idéfix… une place royale dans un enclos, en plein milieu des marécages, avec terrasse couverte, douche (avec des grenouilles et d’énormes araignées), piscine et mirador. Tout cela rien que pour nous! Néanmoins, nous sommes déçus de ne toujours pas avoir vu le patron car nous aimerions beaucoup savoir ce qu’il nous propose comme randonnées. Ce n’est qu’à la tombée de la nuit que le fils vient et nous propose une promenade à pied demain matin.
Ce soir, nous avons l’occasion, je ne dirais pas d’admirer mais plutôt de fuir d’autres espèces animales: moustiques, mouches de toutes les tailles, sauterelles, araignées et scarabées. Après un apéritif sur la terrasse, nous préférons passer la soirée dans notre cher Idéfix. Mais sans électricité car notre convertisseur 110 volt semble (déjà) ne plus vouloir fonctionner. Heureusement, les batteries sont bien chargées grâce au panneau solaire d’Idéfix.

Pantanal nord - Transpantaneira
Pantanal nord - Transpantaneira
Pantanal nord - Transpantaneira
Pantanal nord - Transpantaneira

Vendredi 15 juin 2007. Réveil à cinq heures et demie car nous avons rendez-vous à six heures pour notre balade dans les marécages au lever du soleil. A six heures dix nous sommes prêts, habillés pour la circonstance avec long pantalon, bottines, t-shirt à longues manches, du produit anti-moustique, chapeau, appareil photo et caméra. Quelques minutes plus tard, le fils, qui doit avoir 14 ans, nous demande de patienter quelques instants. Pour finir, c’est à sept heures que nous partons avec le fermier comme guide. Yann s’amuse, il saute d’une branche à l’autre, contourne les bosquets et ne quitte pas notre guide d’une semelle. Que ce soit dans la plaine, dans les bois, dans la boue ou sur les pontons en bois, Yann passe partout. Pauline, par contre, a plus de mal à se réveiller et est plus attirée par nos bras que par le plaisir de s’imaginer être un loup ou un jaguar (dont nous avons vu les traces de pas) comme son frère. Cette promenade est sympa mais nous restons sur notre faim car nous avons lu et entendu qu’il y a un tas de choses à faire dans le Pantanal. Au retour de la promenade le thermomètre indique déjà 27 degrés et bien sûr un plongeon dans la piscine s’impose.

Ensuite nous décidons de retourner à Poconé car nous n’avons presque plus d’eau potable ni assez de nourriture et la pousada, contrairement à ce que nous croyions, ne propose pas de quoi manger ni de boire. Nous décidons donc de faire un aller-retour (ce qui est un réel plaisir sur la Transpantaneira) vers la ville afin d’y faire un mercado, ainsi qu’un petit tour dans un cybercafé. Arrivés à Poconé nous avons du mal à trouver un cybercafé, nous passons de rues en terre à des rues en macadam, du nord vers le sud, de l’est vers l’ouest et finissons par en perdre le nord. Mais notre bonne étoile n’est jamais très loin. Tout à coup, nous repérons le 4×4 de la pousada avec père et fils. Bingo, ils nous indiquent un cybercafé. Nous avons le plaisir d’y lire les premiers échos du mariage de Bruno et Maria en Sicile, qui d’ailleurs sont au Brésil en voyage de noces. Vers 15 heures nous reprenons la route et bien évidemment la Transpantaneira. Les enfants viennent à nouveau s’asseoir devant et quatre paires d’yeux sont à nouveau fixés vers les marécages. Nous ne nous arrêtons pas à la pousada que nous avons quittée ce midi. Nous y avons été déçus par l’accueil peu chaleureux et par le manque d’enthousiasme. Cap vers la prochaine pousada que nous avons repérée dans notre guide et qui est située au kilomètre 32. Nous avons à peine dépassé la première pousada que nous sommes déjà contents de notre choix… il y a des animaux que nous n’avons pas encore eu la chance de voir: des caïmans et des capibaras (les plus grands rongeurs). Trop génial!

Pantanal nord - Transpantaneira
Pantanal nord - Transpantaneira

Arrivés à la pousada Araras Eco Lodge nous sommes séduits. Nous savons que c’est un hôtel et non pas un camping mais nous souhaitons réellement voir le Pantanal “comme il se doit”. Il n’y a plus de chambres pour quatre personnes de libre et prendre deux chambres de deux personnes est vraiment trop “hors budget”. Nous négocions facilement et obtenons une chambre pour deux personnes avec suffisamment de matelas pour quatre. Nous pouvons garer Idéfix à l’arrière du lodge. Nous remplissons vite une valise et nous nous installons dans notre chambre. Le lodge a beaucoup de charme. Toutes les chambres ont une petite terrasse qui donne sur un jardin, avec quelques mètres plus loin une piscine et une terrasse couverte avec tables et bancs en bois où le petit déjeuner sera servi demain matin. Nous passons une agréable soirée, admirons nos photos prises lors de ces deux derniers jours tout en sirotant un caïpirinha. Nous faisons également connaissance avec Sergio, un des guides, qui parle anglais. Quel bonheur. Super, notre journée de demain est organisée.

Pantanal nord - Transpantaneira
Pantanal nord - Transpantaneira

Samedi 16 juin 2007. Réveil à cinq heures quarante car le petit déjeuner est servi entre six et sept heures et notre première activité débute à sept heure et demie. Idem que hier, six heures dix la famille Dewitte est prête. Le buffet du petit déjeuner n’est pas encore dressé et nous en profitons donc pour admirer la faune qui est déjà réveillée; caïmans, capibaras, aras, vautours, red-crested cardinal, martin-pêcheur, cormorans, … Disons que la journée commence bien. Ensuite nous prenons un bon petit déjeuner sous la terrasse couverte. Il fait un peu frais, nous n’aurons certainement pas les 33 degrés de hier, ni la belle luminosité car il fait couvert. Damien et Yann partent chercher des pulls. Quelques minutes plus tard, quelqu’un derrière moi me dit: “Sophie, surprise!”. Je me retourne et je tombe sur … Bruno et Maria. Quelle émotion, j’en ai des larmes aux yeux. Qu’est-ce que ça fait plaisir de voir un membre de sa famille. C’est incroyable! Quelle coïncidence! Il suffisait que nous soyons restés à la première pousada ou que Bruno et Maria soient venus ici un jour plus tard et nous risquions d’être au même endroit et au même moment sans se voir. Est-ce le hasard, la chance ou le bon feeling? Peu importe, nous sommes on ne peut plus heureux! A sept heures et demie Bruno et Maria partent faire une randonnée à cheval et nous partons faire un “safari” sur la Transpantaneira. Nous sommes encore gâtés aujourd’hui: un fourmilier, une biche, un toucan, d’autres espèces de faucons, des tuiuius et une grande partie des animaux nommés précédemment.
Retour au lodge à dix heures et demie où nous retrouvons Bruno et Maria. Nous leur montrons notre cher Idéfix et obtenons une connexion internet afin de pouvoir leur montrer les premières photos de leur mariage que Christophe et Pascaline nous ont envoyées par e-mail.

Pantanal nord - Transpantaneira
Pantanal nord - Transpantaneira

Je ne sais pas comment décrire cette journée et encore moins comment exprimer nos sentiments, nos pensées, nos ressentis. Nous n’arrêtons pas de nous dire que c’est incroyable de se croiser ici, dans le Pantanal, au Brésil par le plus grand des hasards. Maria me parle beaucoup de la journée de leur mariage, elle est tellement heureuse. Yann et Pauline semblent également heureux de voir des personnes de la famille. Malgré qu’ils ne les connaissaient pas avant, ils passent pas mal de temps ensemble. Yann prend un immense plaisir à leur montrer les aras et les caïmans. Lorsque nous partons chacun de notre côté pour l’activité de l’après-midi, Yann et Pauline nous demandent déjà si nous allons les revoir ce soir.

Pantanal nord - Transpantaneira
Pantanal nord - Transpantaneira

Cette après-midi, nous allons à la monkey-tower, un mirador de 25 mètres de haut. Comme son nom l’indique nous y observons des singes. Mais nous ne nous y attardons pas trop car c’est vraiment haut. De plus le ciel est couvert. Ce n’est donc pas le temps idéal pour la photographie. Pour le retour, le guide décide de prendre un autre chemin… Et donc, au lieu de traverser les marécages sur les jolis pontons, nous les traversons sur les branches taillées à la machette par notre guide afin que nous puissions traverser un passage encore inondé. La promenade dure plus longtemps que prévu et je commence à m’impatienter car ce soir nous ne dormons plus au lodge, mais dans un camping appartenant au lodge et qui se trouve à deux kilomètres d’ici. Ce n’est pas loin, mais je préfère y arriver avant que le soleil ne soit couché. Surtout ici, on ne sait jamais comment est la piste pour arriver à un endroit. Donc il vaut mieux ne pas la faire dans le noir. Mais surtout, nous aimerions beaucoup encore voir Bruno et Maria… je redoute déjà le moment de l’au revoir. Arrivés au lodge, Maria et Bruno ne sont pas encore rentrés de leur excursion. Nous en profitons donc pour quitter la chambre et pour préparer Idéfix. Qu’allons-nous faire, il commence à faire noir, allons-nous facilement trouver le camping? Mais nous ne souhaitons pas partir sans avoir dit au revoir à Bruno et Maria. Je prends vite un bout de papier et un crayon des enfants pour leur écrire un petit mot. Mais, j’ai à peine terminé ma première phrase que nous entendons le moteur du véhicule qui les ramène. Chouette. Apparemment, ils se demandent aussi s’ils allaient encore nous voir. L’au revoir est émouvant et court car j’ai mal au coeur de déjà devoir partir. J’ai l’impression de quitter la Belgique une deuxième fois. Cette journée passée au lodge nous rappelle le voyage au Botswana en famille et me donne un peu la nostalgie. De plus, avec Maria et Bruno nous avons parlé de la famille, de nos frères et soeurs. Ces petits instants de bonheur, ces moments passés ensemble prennent fin et me manquent déjà.

Pantanal nord - Transpantaneira
Pantanal nord - Transpantaneira

Il est 18 heures, il fait noir et nous reprenons la Transpantaneira à la recherche de notre camping. Tout est noir et calme mais nous repérons l’entrée sans problèmes. Nous ne voyons aucune lumière. Damien sort du véhicule pour ouvrir la barrière. La barrière refermée, il allume les grands phares… La piste semble plus cabossée que plate mais surtout étroite avec de chaque côté de l’eau et donc peut-être des caïmans. Je pense à Berry qui nous dirait: “Ca, c’est de l’aventure!”. Bon, on y va, on verra bien plus loin et de toute façon, le lodge n’est qu’à deux kilomètres d’ici et le guide nous a dit que nous pouvions y retourner si nous le souhaitions. Mais y a-t-il quelqu’un là-bas, au bout de cette piste, un garde ou autre? Le petit kilomètre que nous parcourons m’impressionne mais au bout nous apercevons, éclairé par nos phares, un chapeau de paille qui dépasse d’une barrière en bois. Ouf, il y a quelqu’un. Il fait trop noir pour voir où nous sommes exactement ou pour voir comment est l’endroit, mais nous entendons un bébé pleurer et sommes rassurés. Si une famille habite ici, c’est que tout est OK.

 

En route pour le Pantanal Nord (Brésil) - 11/06/07 au 14/06/07

En route vers Bonito
En route vers Bonito

Lundi 11 juin 2007, Depuis trois jours nous faisons route vers Poconé, là où débute la route “Transpantaneira”, tracée à travers le Nord du Pantanal. Au rythme de 350 kilomètres et d’une halte dans un “posto” (station service) par jour nous rejoignons Cuiabá, la capitale du Mato Grosso. Nous comptons faire un saut dans cette ville afin de prendre quelques Reales pour payer nos excursions, afin d’obtenir tous les renseignements nécessaires auprès de l’office de tourisme, et également afin de faire réparer notre téléobjectif qui soudainement semble montrer quelques ratés d’ordre mécanique.

Une station service pour passer la nuit ...
Une station service pour passer la nuit ...

Il se peut cependant que nous ayons légèrement sous-estimé ce “petit” saut en ville. Cuiabá est en fait une assez grande ville, où il n’est pas question de se garer sur le côté de la route tel que nous le faisons habituellement dans les petits patelins lorsque nous devons entrer dans une épicerie. Il s’agit donc de trouver une bonne place de parking pour Idéfix dans cette ville inconnue.

Sitôt dit, sitôt fait. Sophie reste dans le motorhome avec les enfants pendant que je pars accomplir mes trois épreuves du jour. Je me rends vite compte que je suis mal embarqué pour remporter la première. J’ai pourtant bien en main l’adresse de l’office de tourisme; Praça da Republica 131 (merci monsieur Routard), mais la place en question est entourée tout au plus d’une dizaine d’édifices, tous sans numéro. Un court interrogatoire (court, car en portugais, donc j’économise mes mots) me fait conclure que l’office de tourisme n’existe pas.

Tant pis. J’arpente à présent les rues afin de trouver un revendeur de matériel photo Canon. En passant, j’aperçois une banque avec des automates acceptant les cartes Maestro/Eurocard. J’y repasserai tout à l’heure, juste avant de rejoindre Idéfix, Sophie et les enfants. D’ailleurs, il me revient subitement en mémoire que ces derniers m’avaient confié comme mission optionnelle de leur ramener une glace. Après une heure de visite ciblée de la ville je me rends à l’évidence. Je n’accomplirai pas la mission numéro 2 non plus. De ce fait, j’annule aussi la mission complémentaire.

Je passe donc à la banque et espère ainsi remporter au moins le prix de consolation grâce à la réussite d’une seule épreuve sur quatre. J’insère la carte bancaire. Super, cette automate parle anglais! J’ai failli l’embrasser. Soudain mon sang se glace. L’appareil vient d’avaler la carte et refuse de la recracher. Un caïman du Pantanal m’aurait avalé la main, je n’aurais pas paniqué plus qu’en ce moment précis. J’ai beau supplier la machine, même en portugais, rien n’y fait.

Il me reste une lueur d’espoir. Il est 17 heures mais la banque est toujours ouverte. Je cours vers un employé de la banque et lui explique avec mes mains (dieu merci, il m’en reste deux) ce qui est arrivé à ma ‘tarjeta’. Celui-ci disparaît aussi vite que la carte bancaire est disparue dans la machine, mais dans un couloir obscur de son bureau cette fois. Dix minutes plus tard il revient. Il marche d’un pas lent et lourd. Je suis en sueur. Lui, il semble avoir le sang froid. Sa pêche fut fructueuse. Il me remet la carte bancaire qu’il a réussi à repêcher dans les entrailles de la bête. Le cauchemar est terminé.

Deux minutes plus tard, j’obtiens enfin un peu de liquide à l’aide d’une autre carte et dans une autre machine, puis je fonce rejoindre les miens. “Allez zou. On met les voiles! Le Pantanal nous attend …”

 

Bonito, Pantanal sud (Brésil) - 08/06/07 au 11/06/07

Vendredi 8 juin 2007, A première vue, Bonito est une petite ville comme les autres villes que nous croisons sur notre route depuis notre entrée au Brésil. Toutes ces petites villes se sont construites autour de la route nationale, qui fait office d’avenue principale. On reconnait aisément l’entrée des villes au grand portail souhaitant “Bem vindo a …” et aux nombreux dos d’âne qui surgissent devant les pneus et sous les amortisseurs d’Idéfix.

La où Bonito se distingue des autres villes c’est au nombre d’agences de voyage et de centres d’excursions qui s’y sont installés. En effet, Bonito est le point de départ de nombreuses excursions dans le Pantanal Sud (qu’on appelle parfois le “petit” Pantanal). Nous nous dirigeons actuellement vers le Pantanal Nord (dans la province de Mato Grosso). Cependant, tous les voyageurs que nous avons rencontrés nous ont conseillé Bonito comme halte intermédiaire parce que c’est un endroit plein de charme qui, de plus, possède quelques poussadas (maisons d’hôtes) et campings des plus agréables.

Bonito
Bonito

Arrivés à Bonito, nous entamons une piste de 8 kilomètres menant vers le Camping do Gordo. Sur cette piste de terre rouge nous prenons enfin conscience que nous approchons du Pantanal. Un couple de perroquets vient nous souhaiter la bienvenue et un vautour nous survole. Une famille de drôles d’oiseaux peu farouches, ressemblant à de maigres oies sur de longues pattes, coiffés d’une crête de punk, posent pour la photo.

Le gardien du camping nous indique gentiment le meilleur emplacement pour Idéfix. Pas difficile, il semble que nous soyons ses seuls clients. Mais quelle aubaine! Nous nous installons à deux pas d’un ruisseau à l’eau cristalline. Au dessus de nous des perroquets viennent faire causette. Yann et Pauline s’en amusent et leur lancent des “Flip, arrête un peu de parler!” (Pour les non-initiés: Flip est le perroquet de Jommeke, dans la série BD du même nom).

La rivière fraîche nous invite à la baignade. Nous acceptons l’invitation sans hésiter, d’autant plus qu’avec les 800 kilomètres que nous avons parcourus depuis Foz do Iguaçu la température est passée de 20 à 32 degrés centigrades. Ce soir nous pourrons donc ranger nos vestes et les gros sacs de couchage des enfants au placard. Sortons la crème solaire, les casquettes et l’anti-moustique.

Bonito - Safari pyjama
Bonito - Safari pyjama

Samedi 9 juin 2007, Les chants de multiples oiseaux, bien différents de ceux qu’on entend en Belgique, nous réveillent en douceur. Depuis notre lit nous abaissons les stores et laissons les rayons du soleil, filtrés par les branches des arbres, finir de nous réveiller. Soudain, Sophie aperçoit une biche qui broute paisiblement à moins de cinquante mètres de nous. Dans la seconde qui suit son cri d’exaltation, Yann et Pauline sont debout au pied de leur lit, prêts à enfiler leurs chaussures. Sophie acquiesce: “OK, tout le monde met ses chaussures, on part se balader. Gardez vos pyjamas, on s’habillera et on déjeunera après”.

Bonito
Bonito

C’est ainsi que nous commençons notre journée par un “safari-pyjama”, empruntant de jolis sentiers le long du ruisseau. La biche est repartie se cacher dans le feuillage mais nous vivons d’espoir de débusquer d’autres animaux. Yann tient en main un petit livre illustré des animaux du sud du Brésil et n’hésite pas à le consulter afin de reconnaître la photo correspondante du moindre oiseau qui pointe son bec. Nous croisons plusieurs “Agoutis”, sorte de rongeur brésilien, et un perroquet encore non identifié parce que non repris dans le livre de chevet de Yann.

La suite de la journée se déroule comme les autres journées de luxe que nous nous offrons quand l’endroit est attrayant: nous prenons le petit déjeuner à l’aise (en famille, comme tout les autres repas, forcément), faisons plongette dans le ruisseau, jouons avec les enfants, passons la session de classe dans la bonne humeur, observons les animaux, et profitons d’un petit apéro pendant que la viande grésille sur les braises d’un barbecue. Après le souper, les enfants jouent au hockey sur le gazon. Puis, non sans que nous devions insister un peu, ils vont se coucher, pour rêver sans doute de perroquets, de biches et de poissons nageant avec eux dans les eaux claires d’un ruisseau.

Bonito - BBQ
Bonito - BBQ

Dimanche 10 juin 2007, Nous décidons d’entreprendre une excursion par nos propres moyens. Pas besoin d’une agence de voyage pour nous rendre avec Idéfix à un lieu intéressant, surtout s’il est déjà indiqué par de grandes pancartes depuis l’entrée de la ville. En route donc pour 20 kilomètres de piste vers la grotte nommée “Gruta Lago Azul”. La piste est majestueuse et nous mène à travers un paysage vallonné, bordé d’arbres dont certains (les Piuvas) sont fleuris et donnent au paysage de jolies touches de violet.

route vers la Gruta Lago azul
route vers la Gruta Lago azul


Un tapir brésilien, rencontré au bord de la piste
Un tapir brésilien, rencontré au bord de la piste

A hauteur d’une bifurcation nous décidons de changer notre itinéraire et de suivre une indication pour une autre grotte: la gruta Sao Miguel. Ce changement de cap nous épargne 5 kilomètres de piste. Et puis nous nous disons qu’une grotte, c’est une grotte, peu importe le nom qu’elle porte. Encore eut-il fallu que nous puissions y entrer. En effet, une fois sur place le gardien des lieux nous annonce qu’il est interdit de visiter le site sans faire appel à un guide ou à un centre d’excursions. Les billets d’entrée pour la grotte ainsi que pour toute autre activité dans la région doivent être achetés au préalable dans une agence. Toutes les agences se trouvent au centre-ville.

Cette annonce a un goût amer. Surtout parce qu’elle s’ajoute à un léger goût de poussière rouge que nous avons avalée en arpentant la piste qui nous a menés jusqu’ici. Tant pis. Nous rentrons bredouilles. Nous nous disons que peut-être notre reportage servira à avertir d’autres voyageurs qui liront ces lignes avant de se rendre à Bonito à l’aveuglette.

Nous faisons le point. Nous avons passé un moment de rêve près du ruisseau. Nous n’avons pas envie de payer une fortune à une agence de voyage pour nous emmener voir une grotte - azul ou pas azul - au bout d’une piste dont nous avons d’ailleurs déjà eu l’occasion de goûter. Puisqu’ici c’est le “petit” Pantanal, nous économiserons nos Reales pour nous offrir le Grand Pantanal. Na! Nous partons sur-le-champ! Demain donc …

 

Les chutes d’Iguazu et d’Iguaçu (Argentine/Brésil) - 30/05/07 au 03/06/07

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Mercredi 30 mai, c’est une belle journée ensoleillée qui s’annonce, un temps idéal pour visiter le Parc d’Iguazu. Dès les premiers instants je m’y sens bien, nous nous trouvons en pleine nature. Après chaque tournant, au bout de chaque sentier, nous découvrons une nouvelle chute et admirons d’autres vues. C’est absolument magnifique et impressionnant. La nature, changeante, impressionnante, vivante et forte nous laisse bouche bée; ces milliers de litres qui se déversent avec une telle force et de manière si élégante, même les oiseaux se plaisent à se lancer dans les nuages de brumes et à frôler ces cascades géantes.

Parc National Iguazu
Parc National Iguazu

Les enfants aussi, semblent touchés par la beauté de cet endroit. J’aperçois Pauline qui aime rêvasser en regardant l’eau tomber. Qu’y voit-elle, le reflet du soleil dans ces millions de gouttelettes, l’arc-en-ciel qui colore encore plus ce merveilleux spectacle ou ce joli petit regard innocent et naïf ne se rend-il tout simplement pas compte de ce que la nature, la vie nous offre à voir aujourd’hui… Yann, plus curieux, plus expansif lance un regard furtif et se demande déjà ce qu’il y a à voir au prochain point-de-vue.

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Quelle surprise lorsque nous terminons la visite par une promenade dans la forêt. Essayant de susciter encore plus la curiosité de nos enfants, nous leur proposons de marcher sans faire de bruit et d’essayer de repérer par la vue ou par l’ouïe la présence d’un animal quelconque. Cela valait le coup d’essayer! Soudain, nous apercevons des singes sautant d’un arbre à l’autre, s’arrêtant de temps en temps pour cueillir et manger une orange et repartant de plus belle. Yann, admirant la gaieté et la souplesse des singes me dit qu’il aurait aimé être un singe et être libre comme eux. Quelques pas plus loin, une autre surprise nous attend… des toucans! Nous avons de la chance de les admirer à la lumière du soleil couchant. Une lumière qui semble traverser leur long bec orange et qui leur donne une couleur magnifique. Quelle belle journée de découvertes, de surprises et surtout de moments inoubliables partagés en famille.

Jeudi 31 mai, nous retournons aujourd’hui au Parc d’Iguazu pour y voir les chutes nommées “Les gorges du diable”. Nous n’avons pas pu les voir hier car le niveau d’eau était trop élevé et la passerelle pour y accéder était fermée au public. Nous regrettons de ne pas avoir une belle journée ensoleillée, il fait nuageux. Arrivés au parc, nous prenons un petit train qui nous mène vers le lieu souhaité. Ensuite, nous prenons les passerelles qui traversent les différentes branches de la rivière. Yann n’est pas très à l’aise en voyant l’eau couler sous ses pieds. C’est d’autant plus impressionnant que le niveau d’eau est élevé.

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Approchant de plus en plus du site, je deviens quelque peu sceptique, il ne fait pas très beau, est-ce que ces chutes valent vraiment la peine d’être vues? Mais une fois de plus, la nature ne nous déçoit pas, au contraire. Aujourd’hui, j’ai l’impression de découvrir une nature magnifique mais en colère car l’eau se déverse avec une telle force et provoquant un tel vrombissement continu et énorme. La cascade est en demi cercle, nous n’en voyons pas le fond tant il y a de l’eau et de la brume. Une brume qui tantôt s’évapore, tantôt monte telle une fumée sortant de cet énorme trou, telle une fumée crachée de la gorge du diable… C’est impressionnant!

Vendredi 1 juin, aujourd’hui, il pleut. Nous prenons le bus pour rejoindre le centre-ville. Après un bref passage au cybercafé où nous mettons notre site internet à jour, nous nous promenons jusqu’au site dit “Tres Fronteras”. Ce lieu offre une vue panoramique sur le Paraguay et le Brésil, vus depuis l’Argentine. Depuis l’est, les eaux déchues du Rio Iguazu se déversent dans le Rio Parana qui forme la frontière naturelle entre le Paraguay et l’Argentine, pour former plus loin la délimitation de la partie ouest de la province “Entre Rios” en Argentine.

Ce soir, nous mangeons au restaurant pour fêter l’anniversaire de Sophie. Nous mangeons le dessert dans le motorhome car le gâteau au chocolat, dont seul Sophie a le secret, nous attend. Finalement nous nous disons que nous mangeons bien mieux chez Idéfix qu’au restaurant. Sophie souffle ses 33 bougies en espérant qu’il fera moins pluvieux au Brésil.

Samedi 2 juin, il y a trois kilomètres à vol d’oiseau entre Puerto Iguazu et Foz do Iguaçu. Mais il y a aussi deux postes de douane à passer, à faire le plein d’essence, le plein de gaz, la vaisselle, la vidange des eaux usées et de la toilette, à trouver l’office de tourisme, à trouver un magasin pour faire un ravitaillement complet, à trouver un bureau de change pour prendre des “Reais” et finalement à trouver un bon endroit pour passer la nuit. Nous commencions à nous sentir à l’aise dans le maniement de base de la langue espagnole, et voici que subitement nous devons nous faire comprendre en portugais. Cela ne nous déstabilise pas pour autant. Ce soir, nous logeons dans un petit camping bien situé, tout neuf et sympa. Il y a un petit bar et un billard. Le Brésil nous plaît déjà.

Parque Nacional do Iguaçu
Parque Nacional do Iguaçu

Dimanche 3 juin, cette fois-ci, nous partons admirer les chutes d’Iguaçu du côté du Parc National brésilien. La première partie de la visite nous déçoit; la vue sur “La Gorge du Diable” est moins impressionnante vue d’ici que du côté argentin. Les ascenseurs qui engloutissent et recrachent des touristes à divers niveaux de la cascade ne nous impressionnent guère. Par contre, nous sommes surpris et émerveillés par la beauté et l’étendue des chutes telles que nous les apercevons en face en nous promenant sur le sentier longeant les falaises. Quel spectacle enivrant!

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En quittant le parc, nous tombons sur une auberge de jeunesse qui prévoit également des emplacements pour motorhome. Nous nous y installons sans hésiter. L’accueil est sympa, il y a une connexion internet et deux véhicules super-équipés garés sur le gazon nous indiquent la présence d’autres voyageurs tels que nous. Effectivement, les uns sont des Allemands et les autres des Italiens. Ils ont parcouru l’Amérique du Sud depuis
plusieures années et nous donnent de bons conseils qui nous seront certainement utiles.