Au plaisir …

… d’emmener nos enfants voir le monde …

Le Blog

Une année en Amérique du Sud

En un an de temps (359 jours plus exactement), nous avons parcouru l’Argentine, le Brésil, le Pérou, la Bolivie et le Chili. Idéfix, notre camping-car, a parcouru 37.000 kilomètres. Notre itinéraire et le temps que nous avons passé dans chaque pays dépendaient principalement des saisons, des rencontres, des envies, de la magie des lieux, du budget, des enfants, de l’état des routes ou de l’état de notre véhicule. Autant d’éléments qui font qu’un voyage n’est pas l’autre. De fait, nous sommes peut-être passés à côté de certaines choses. Aussi, le hasard nous a peut-être mené justement là où une planification rigoureuse ne nous aurait jamais portés. Toujours est-il que nous avons profité de chaque instant.

Les pays, vus par nos yeux

Inutile de nous demander quel est le pays que nous avons préféré. Chaque pays nous aura laissé tant de bons souvenirs et offert de merveilleux endroits à découvrir. En dehors de ça, quelques petits détails nous ont frappés:

  • Le Brésil (la partie sud en tout cas) est un pays de camionneurs. Ils dévalent les routes à toute vitesse en enfonçant les pédales avec leurs pieds chaussés de tongs. Le diesel, ainsi que le coût de la vie y sont relativement élevés. Les Brésiliens sont chaleureux. Le Brésil a pour réputation (préjugé?) d’être un pays dangereux. Nous n’y avons cependant jamais eu le sentiment d’insécurité. Peut-être parce que nous avons évité les grandes villes … . Nous avons eu un peu de mal avec la langue portugaise. Si nous parvenions tant bien que mal à nous faire comprendre, il était bien rare que nous comprenions avec précision le sens du torrent de mots que notre interlocuteur nous renvoyait.
  • Le Chili est sans doute le pays sud-américain le plus influencé par les États-Unis. Le coût de la vie y est aussi le plus élevé. Le diesel a le même prix qu’en Europe. Les Chiliens que nous avons rencontrés nous ont paru un peu hautains et leur accueil généralement moins chaleureux. Mais quel beau pays!
  • Le Pérou s’est déjà habitué au tourisme. “Vous voulez prendre une photo de moi avec mon lama? Ce sera 2 Sol (monnaie péruvienne)”. Dommage que le majestueux Machu Picchu et les infrastructures liées soient gérés par des entreprises étrangères en quête de bénéfices élevés. Entre deux endroits touristiques les paysages sont pourtant tout aussi surprenants. Les femmes et les enfants sont toujours tout sourire. Les hommes en général sont absents et grincheux.
  • La Bolivie est le pays où nous avons passé relativement peu de temps. Il est pour nous un pays aux paysages authentiques, traversé par des pistes qui ont donné du fil à retordre à Idéfix. Les Boliviens sont assez distants (ils étaient indifférents à notre présence), mais leurs visages s’illuminent dès que l’on s’approche d’eux pour entamer la conversation. Nous aurions voulu y passer plus de temps.
  • L’Argentine est un paradis pour le genre de voyageurs que nous sommes. Nous y avons circulé facilement et y avons campé un peu partout. Les Argentins mettent de côté toutes leurs occupations dès qu’il s’agit de donner un coup de main ou de vous inviter à partager un “asado”. C’est le pays où nous avons passé le plus de temps. Nous l’avons parcouru dans tous les sens. Il est vrai aussi que nous avons de la famille qui y habite. Ce pays a pris une place importante dans notre coeur.
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Les rencontres

On dit que le voyage facilite les rencontres. Cette expression est incomplète. Nous y ajouterons que les rencontres facilitent aussi le voyage. Nos rencontres tant avec les locaux qu’avec d’autres voyageurs nous ont beaucoup apporté. Elles nous ont permis de mieux connaître les pays que nous avons visités, de découvrir des endroits peu connus du grand public, de passer de bons moments, de nous faire de nouveaux amis. Elles ont permis aussi à nos enfants d’apprendre à s’ouvrir d’autant plus facilement vers des enfants qu’ils ne connaissent pas. Nous avons lié tant d’amitiés avec bon nombre de voyageurs qu’il nous tarde de les retrouver en Europe. Autour d’un « asado », par exemple.

Les enfants

Le but premier de notre voyage était de passer du temps avec nos enfants. Pourtant, ils n’ont rien demandé. Alors, comment ont-ils vécu cette expérience? A en croire leur propre réponse à cette question, il apparaît que certains endroits resteront gravés à tout jamais dans leur mémoire. Ils adorent parler du Pantanal, des chutes d’Iguazu, des baleines de la péninsule de Valdès, des Incas, des petits copains qu’ils se sont fait tout au long du voyage et même des nouveaux amis de maman et papa.
Maman et papa ont vu évoluer leurs enfants en les suivant 24 heures sur 24. Bien-sûr, ce n’est pas une partie de plaisir tous les jours. Ils ont eu leurs petits caprices et leurs petites disputes. Ils ont eu leurs coups de cafard aussi, surtout durant les trois premiers mois. Yann a appris à lire, à écrire et à calculer avec Sophie. L’apprentissage a démarré sur les chapeaux de roues et Yann progressait très rapidement. Vers la fin du voyage, sa concentration baissait un peu, car il aurait bien aimé faire les petits bricolages et autres jeux d’apprentissage que Damien faisait faire à Pauline. Le temps des classes était aussi le temps de passer au Néerlandais afin qu’ils maîtrisent mieux leur langue scolaire. Si, dans l’ensemble, nous pensons que leur apprentissage scolaire s’est bien passé, nous avons surtout été frappés par leur éclosion sur d’autres plans. Timide de nature, Yann a appris à se diriger plus facilement vers les autres enfants, tout comme Pauline d’ailleurs. Tous deux sont devenus très complices et fidèles compagnons de jeu. S’il est vrai qu’un DVD peut aider à les occuper de temps en temps en fin d’après-midi, ils réussissent néanmoins à s’occuper seuls en s’inventant des jeux avec les accessoires les plus simples: quelques lattes en bois pour faire un bateau, des bouteilles en plastique, des branches d’arbre pour faire des arc-à-flèche, ou des cailloux pour faire un feu imaginaire. Tous ces accessoires sont stockés dans le camping-car pour au cas où les enfants voudraient les partager avec des petits copains de fortune qu’ils croiseront peut-être en chemin. Le reste du temps, Yann dévore les livres et Pauline bricole, telle une vraie petite fille, avec les affaires de maman. Mais ce qu’ils préfèrent, par dessus tout, c’est de jouer « un jeu à quatre », c’est à dire un jeu de société avec maman et papa. Sans oublier les petits câlins …

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Le camping car

Même après 359 jours de voyage, nous sommes toujours satisfaits du choix de notre « maison roulante ». Il est vrai que nous avons dû éviter certains endroits insolites parce qu’ils étaient difficilement accessibles avec un véhicule qui ne soit pas un 4×4. Notre Idéfix a l’arrière-train assez bas au sol, ce qui fait que nous sommes restés accrochés quelque fois ou que nous avons dû manoeuvrer délicatement pour monter, par exemple, sur des rampes d’accès de ferry et autres. Mais jamais cela ne nous a empêché d’aller là où nous le désirions.
Ces petits désagréments ne représentent rien de très important à côté du bénéfice du confort et de l’espace de vie que notre véhicule a offert à notre petite famille. Les enfants ont besoin d’espace pour pouvoir jouer et pour pouvoir travailler pour l’école. La disposition de la cellule privilégie l’espace de rangement, ce qui n’est pas négligeable vu la quantité (trop sans doute) de matériel (outils, jeux, livres scolaires, médicaments, romans et vêtements) que nous avions emmené.

Si le véhicule porteur Fiat a connu quelques problèmes d’ordre mécanique (Quel voyageur n’en a pas?), l’équipement de la cellule habitable (Hymer), lui, n’a pas bougé. Tout fonctionne toujours comme au premier jour. Nous avons entendu des voyageurs nous conter comment toutes leurs armoires s’effondraient au bout de 1000 km de pistes. Nous ne sommes pas mécontents d’avoir opté pour la qualité allemande.

Nous ne sommes pas mécontents non plus des équipements supplémentaires que nos avions prévus.

  • Le réservoir de gaz GPL: La plupart du temps une simple bonbonne de gaz (mélange butane/propane) argentine était branchée, mais nous étions bien contents de pouvoir remplir notre réservoir de gaz GPL (80 litres) au Chili afin de parer aux nuits de gel dans l’Altiplano, où nous avons passé deux mois sans devoir nous soucier de trouver du gaz.
  • Le convertisseur 12V-220V nous a paru bien pratique pour recharger les batteries des différents appareils électroniques (caméra, appareil photo) et pour l’alimentation de l’ordinateur portable. Sans quoi, nous aurions dû changer tous les adaptateurs de ces appareils afin qu’ils fonctionnent au 12 Volt.
  • Le panneau solaire nous a permis de faire du camping sauvage plusieurs jours de suite à différentes reprises. Par exemple, durant 15 jours sur la plage de Pardelas (Péninsule de Valdès). Cet argument suffit pour en illustrer l’importance.
  • Lorsque nous avons remplacé notre premier pneu (éclaté sur les pistes de Bolivie), nous étions soulagés de savoir qu’il nous restait encore un autre pneu de réserve.
  • Notre réservoir d’eau, agrandi jusqu’à 160 litres, nous permettait d’avoir une autonomie en eau d’environs 5 jours. Nous évitions de prendre des douches, lorsque nous risquions de tomber à sec. Il nous semble qu’un réservoir de 100 litres eut été trop juste pour nous quatre.
  • La plaque de protection du carter, sous le châssis. A différentes reprises, nous avons heurté de grosses pierres. Sans la tôle de protection le carter aurait été endommagé.

Les petits bobos d’Idéfix

  • Le pare-brise a pris un gros caillou dans les premiers jours de voyage. Un mois après, il était fêlé sur toute la largeur. Mais grâce à l’application du kit pare-brise il a tenu le coup jusqu’au bout.
  • Le porte-à-faux a touché le sol plusieurs fois, mais sans causer de dégâts.
  • Le train avant, du côté gauche, donne des bruits inquiétants sur les pistes. Les divers diagnostics nous ont poussés à faire diverses tentatives de réparation: remplacement de la « rotula » (Atelier Fiat à Salta), remplacement de l’amortisseur gauche (Atelier Fiat à Cordoba), remplacement de la « Casoletta » (Repuesto Fiat et Atelier Michelin à Commodoro Rivadavia.). Et le problème n’est toujours pas résolu. Il ne nous a cependant jamais empêché de rouler.
  • Les jauges des réservoirs d’eau ne fonctionnent pas toujours correctement. Sans doute les électrodes sont-ils encrassés.
  • Coupure du 12 Volt sur le salar d’Uyuni. Nous n’avons jamais trouvé la cause. Le problème ne s’est produit qu’une seule fois et s’est résolu tout seul.
  • Un jour, nous avons perdu tout le liquide de refroidissement parce que le radiateur était percé (par un caillou??). Il a été ressoudé dans un atelier Fiat à Puerto Madryn.
  • La serrure de la portière du côté conducteur s’est bloquée. (Réparation maison avec l’aide de Carlos.)
  • Perte de puissance: le tube d’arrivée d’air au moteur a lâché. (Réparation maison, il a suffi de resserrer la bague.)
  • 1 pneu crevé, 1 pneu à remplacer d’urgence. Nous avons trouvé des pneus Michelin à Salta et à Commodoro Rivadavia.
  • Découverte d’une vis tombée du bloc moteur et restée posée sur la plaque de protection du carter. (Réparation maison. Le plus dur a été de trouver l’endroit d’où provenait la vis.)
  • Un jour, le moteur s’est mis à vibrer et ne donnait presque plus de puissance. L’atelier Fiat à Bariloche a diagnostiqué, à l’aide de l’ordinateur, un faux contact sur l’un des injecteurs. Ce fut vite réparé.
  • Réparation maison du robinet mitigeur de l’évier.
  • Nous avons remplacé 3 ampoules dans la cellule.
  • Nous avons remplacé le fusible de la pompe à eau le dernier jour de notre séjour en Amérique latine.
  • La direction commence à faire du bruit. Il doit y avoir un peu de jeu sur la crémaillère de la direction. Nous la ferons vérifier en Belgique.
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Nos coups de coeur

Il y a des endroits et des moments forts qui ont marqué cette année de voyage et d’aventure. La manière à laquelle on vit ce voyage, les choses ressenties, sont modelées par le climat, l’humeur du jour, la compagnie, les petits désagréments qui peuvent se transformer en éclats de rire comme en cauchemars, la beauté de la nature, l’attitude des enfants, etc…

Ainsi, le Top 6 (dans l’ordre chronologique) de nos coups de coeur est le suivant:

  • Le Pantanal (Brésil): Le spectacle des animaux aux abords de la piste, dite « Transpantanera », est fascinant. Les enfants en parlent encore.
  • Le Paso de Jama et le désert d’Atacama (Chili): Paysages étonnants et colorés de l’Altiplano, survolés par des flamants roses. Malheureusement, Yann a souffert de l’altitude lors du passage du col (4.856 mètres) de Paso de Jama.
  • Le Salar d’Uyuni et les pistes qui y mènent (Bolivie): Passer une nuit sur le salar illuminé par la pleine lune représente déjà un moment insolite. Y manger à la lueur des bougies à cause d’une panne de courant y apporte une touche supplémentaire. Et puis les 640 km de pistes que nous avons parcourus, parfois à travers sable et rivières, font que l’aventure restera mémorable.
  • La péninsule de Valdès (Argentine): Nous avons passé 15 jours en bivouac sur une plage magique. Nous étions omnibulés par le ballet des baleines.
  • Le lever du soleil sur la glacier Perito Moreno (Argentine) : Les bruits des craquements provoqués par ce géant, les variations des couleurs sur le glacier au fur et à mesure que le soleil se lève, la solitude, le sifflement d’un petit oiseau qui passe, le calme, la force que représentent les tonnes d’eau glacée et tant d’autres choses rendent cet endroit, à ce moment précis de la journée, absolument magique !
  • La Carretera Austral (Chili): Drôles de sensations que d’arpenter les pistes, les corniches et les pentes raides de cette route mythique. Les paysages sont fabuleux. Nous nous sentons isolés du monde. Jusqu’à ce qu’une journée de rodéo nous plonge dans une ambiance délirante d’authenticité.
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Nos coups de gueule

Puisque tout ne peut pas être rose et rêve tous les jours non plus, voici le Top 6 de ce qui nous a quelque peu déçu ou ennuyé pendant le voyage:

  • L’amende infligée par la police de Entre Rios lors de notre cinquième jour de voyage.
  • Le cybercafé à Ushuaia, où le patron infect nous a refusé l’accès parce que nous avions deux enfants avec nous.
  • Les nombreux lieux qui sont considérés par la population comme décharges publiques. Et là où il y a réellement des décharges publiques, on voit des milliers de sacs en plastique s’envoler à des kilomètres à la ronde. Déjà vu un “arbre à sacs”? C’est pas très joli.
  • Au Chili, le projet de construction d’un gigantesque barrage hydro-éléctrique dans la région de la Carretera Austral, signifierait la perte des merveilles naturelles de cette magnifique région. Nous n’avons pas les éléments exacts qui nous permettent de mesure l’impact sur la faune, la flore et sur les terres dont vivent les locaux, mais nous aimerions soutenir l’idée du mouvement “Patagonia chilena, sin represas”.
  • Les barrages (sur les routes, cette fois), dans la province de Cordoba, nous ont permis de constater à quel point l’équilibre économique d’un pays peut être fragile.
  • Les quelques soucis administratifs belges qui nous ont cassé les pieds.

La suite

Le chapitre sud-américain est clôturé. Nos plans pour la suite restent inchangés, nous organisons notre transfert vers l’Australie. A notre retour définitif, en été 2009, nous continuerons notre vie “normale”. Nous reprendrons nos métiers respectifs et les enfants rejoindront leurs copains de classe. Mais quelque chose en nous aura changé. Ça, c’est certain…

 

Larguez les amarres (Argentine) - 30/4/08 au 21/6/08

Mercredi 30 avril 2008, nous entamons notre retour vers Buenos Aires. Dans les jours qui suivent, nous en profitons pour faire une petite incursion vers le musée gaucho de San Antonio de Areco et vers le parc aquatique de San Clemente del Tuyu. Idéfix doit embarquer à bord du Grande San Paolo, à destination de la Belgique, d’ici quelques jours. En attendant, nous profitons de nos dernières journées en Argentine dans la région paisible de Tigre, à un saut de carpe du port de Buenos Aires. Nous y croisons Gaby et Ivo, ainsi que Mathieu et Mélanie qui préparent également leur retour.

Tigre - derniers jours en Argentine
Tigre - derniers jours en Argentine

Vendredi 9 mai 2008, Sophie et les enfants montent dans l’avion. Damien reste à Buenos Aires, car il accompagne Idéfix en bateau. Voilà notre petite famille séparée pour quelques semaines.

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Le Dimanche 20 mai 2008, Idéfix monte à bord du Grande San Paolo. Il est arrimé au Deck 6, où il restera immobile pendant plusieures semaines. La traversée durera 32 jours. Sophie prépare déjà la suite du voyage. Les enfants en profitent pour retrouver leurs copains et la famille. Damien console Idéfix qui se retrouve seul dans la cale après 359 jours d’une aventure fabuleuse. Les retrouvailles seront intenses.

Et ensuite, cap sur l’Australie!

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Retour à Jesus Maria (Argentine) - 28/03/08 au 29/04/08

Du vendredi 28 mars au mardi 29 avril 2008, dernière grande étape en Amérique Latine avant de rejoindre le port de Buenos Aires. Nous voilà à Jesus Maria où nous sommes accueillis une nouvelle fois à bras ouverts par Virginia, Carlos et leurs enfants. Ce dimanche, nous fêterons nos retrouvailles ainsi qu’un double anniversaire: celui de Virginia et de Pauline. Carlos nous a préparé un “Bania Cauda”. C’est une sauce à base de crème, de fromage et d’anchois, servie dans une grande marmite placée au milieu de la table. On y trempe tout ce qu’on a sous la main: légumes, raviolis, morceaux de viande … C’est absolument délicieux!

Jesus Maria - anniversaire de Pauline et de Virgina
Jesus Maria - anniversaire de Pauline et de Virgina

Tout le monde se ressert car dans les prochains jours, nous aurons peut-être du mal à savourer une cuisine aussi riche et variée. En effet, les rayons des supermarchés sont quasi vides. Plus de viande, plus de lait, plus de produits laitiers, plus de légumes. Tout ça à cause des barrages qui ont été installés un peu partout sur les grands axes routiers de la région de Cordoba et des autres provinces où l’agriculture est maître. Nous sommes impressionnés. On se croirait en période de guerre.

Une semaine plus tard, les tensions politiques baissent. La Présidente promet de réfléchir à une solution pouvant satisfaire les agriculteurs. Les barrages sont levés temporairement. Cela nous permet d’acheter de le viande et de savourer quelques “asados” succulents. Ainsi sont les habitudes des Argentins: quand on a l’occasion de se gâter, autant en profiter. Cette attitude de bon-vivant serait-elle une conséquence de la crise argentine de 2001? A cette époque là, toutes les familles argentines ont dû fameusement se serrer la ceinture.

Jesus Maria - El maestro del asado
Jesus Maria - El maestro del asado

C’est du côté de Carlos Paz que nous passons une journée en famille. Nous organisons un pique-nique au bord de la rivière. Le week-end suivant, nous assistons à un rassemblement en masse de jeunes sur le camping de Jesus Maria. Car ce week-end a lieu un concert longuement attendu par les habitants de la province. Il s’agit d’un concert de rock de “Indio Solari”, chanteur et fondateur d’un groupe fort reconnu en Argentine

C’est ce même week-end (aussi) que Yann et Géraldine ont “choisi” pour venir nous faire un petit bonjour. Ce sont nos dernières retrouvailles avant que nos chemins de voyageurs ne dévient pour de bon. Ils se dirigent vers le Pérou et la Bolivie, alors que nous terminons notre périple en Amérique Latine et que nos pensées sont déjà en Australie (surtout au niveau organisation). Nous ne tardons pas à ressortir le jeu de société “backpackers” et nous nous faisons plaisir en y consacrant quelques belles soirées.

Jesus Maria - Anniversaire de Yann (France) et de Gabi (Suisse)
Jesus Maria - Anniversaire de Yann (France) et de Gabi (Suisse)

Les barrages étant levés et le week-end du concert étant passé, la tranquilité revient tout doucement dans les chaumières et dans les camping-cars de Jesus Maria. Nous partons visiter la “Estancia” jésuite qui est à l’origine de cette ville. A l’époque, beaucoup de nobles et de haut-gradés, en route pour la ville de Potosi en Bolivie, s’y arrêtaient afin de se reposer. La estancia employait des indigènes, tout en les reconvertissant. Cela permettait aux jésuites de vivre en autarcie pendant que le produit des récoltes renflouait les caisses de leur communauté. Les couloirs aux murs blancs, la cour intérieure, les pièces et les balcons en bois nous font penser aux haciendas que l’on voit dans les vieux films de Zorro.

Jesus Maria - Estancia Jesuitica
Jesus Maria - Estancia Jesuitica

Cette semaine, notre “famille belge de passage en Amérique Latine” passe à la télévision locale. “Canal Dos(2)” vient nous filmer et nous interviewer. Leur intervention amateuriste dure à peine dix minutes. Le lendemain de la diffusion, les employés des magasins et des stations services nous font des sourires plus larges que d’habitude.

Ainsi s’écoulent les jours, paisiblement. Nous sommes restés à Jesus Maria pendant un mois. Les enfants de Virginia et Carlos n’ont cessé de jouer avec les nôtres. Nous avons revu Yann et Géraldine, Dominique et Pierre, ainsi que Ivo et Gabi. Nous sommes repus d’asados à tel point que nous ne nous souvenons plus de tous les noms de découpes de viande que nous avons mangées. Carlos le répète d’ailleurs souvent:”Il y a 365 découpes de viande différentes, une pour chaque jour de l’année.”.

Santa Rosa de Calamuchita
Santa Rosa de Calamuchita

Demain, nous partons en direction de Buenos Aires où un bateau nous attend (à moins que ce soit nous qui l’attendrons…). Sophie et les enfants prendront l’avion et Damien montera à bord du cargo avec Idéfix. Nos pensées sont déjà en Belgique et en Australie. Et pourtant, l’année que nous venons de passer en Amérique du Sud fut merveilleuse.

 

Bariloche et la région des sept lacs (Argentine) - 08/03/08 au 27/03/08

Samedi 8 mars 2008, nous entrons en Argentine pour la septième fois depuis le début de notre aventure sud-américaine. Cap sur San Carlos de Bariloche. Bariloche est l’une des grandes destinations touristiques du pays. On y fait du ski en hiver, on y contourne de multiples lacs en été et toute l’année on y trouve du chocolat. Si nous nous dirigeons en ce moment vers cette ville aux allures de grand village suisse, c’est avant tout parce que nous y avons rendez-vous. Nous longeons le gigantesque lac Nahuel Huapi et nous nous installons dans un camping en dehors de la ville, au bord de ce lac.

San Carlos de Bariloche
San Carlos de Bariloche

Nos amis sont déjà là. Nous sommes accueillis par Yann et Géraldine (France), Coen et Karin (Pays-Bas), ainsi que Dom et Diane (Canada). Plus tard dans la soirée arrivent d’autres voyageurs : Jan et Gerda (Pays-Bas) ainsi que François et Nicole avec leur fils Noane (Suisse). Nous revoilà partis pour quelques jours à savourer les échanges d’expériences de voyage, les grillades et les vins argentins.

Du dimanche 9 mars au dimanche 16 mars 2008, Pauline étant légèrement malade, j’emmène Yann en ville afin de visiter le musée du chocolat. Comme le temps d’attente pour se joindre à la prochaine visite guidée est trop long, nous décidons de changer le programme de la journée. Nous prenons un télésiège et montons jusqu’au Cerro Viejo, d’où nous avons une superbe vue sur le lac. Yann est tout excité car il a repéré des luges d’été qui permettent d’effectuer la descente vers la ville. Yahouou ! Une minute et quinze virages endiablés plus tard, nous revoilà en bas. Juste à temps pour attraper le prochain bus qui nous ramène au camping.

Le mardi, cette fois avec Sophie et Pauline, nous entrons dans le musée du chocolat. Nous y apprenons que le chocolat blanc est bel et bien fait à base de cacao, mais qu’il contient uniquement le “beurre de cacao”, une matière grasse et jaunâtre. Le chocolat noir contient, en plus, de la “liqueur de cacao”, qui donne au chocolat son goût légèrement amer. Depuis ses origines et jusqu’au dix-huitième siècle, le chocolat a toujours été une délicatesse destinée aux cultes religieux, aux cours royales et aux nobles. Jusqu’alors d’ailleurs, celui-ci n’était toujours consommé que sous forme de breuvage. Ce n’est que bien plus tard qu’un certain Van Houten a trouvé le moyen de le préparer en poudre, puis sous la forme solidifiée que nous connaissons aujourd’hui. Nous sommes consternés de ne pas voir apparaître un seul nom belge dans toute l’histoire du chocolat. Bon, tant pis, peut-être faudrait-il que nous trouvions un musée de la bière.

San Carlos de Bariloche - Musée du chocolat
San Carlos de Bariloche - Musée du chocolat

Le jeudi, nous levons le camp et prenons la route en direction du glacier noir et le Monte Tronador. A peine avons-nous roulé 20 kilomètres qu’Idéfix commence à réclamer de quelques vibrations inquiétantes. Un voyant rouge s’allume sur le tableau de bord, alors qu’Idéfix peine à surmonter une petite côte. Nous faisons demi-tour et partons à la recherche d’un garage. La cause de la panne est rapidement trouvée. Un mauvais contact électrique sur l’un des injecteurs faisait que le moteur n’avait plus assez de puissance. Il est néanmoins 17 heures lorsque nous quittons le garage. Nous retournons donc au camping de Bariloche.

Ce soir même, nous apprenons que la piste qui monte jusqu’au glacier est assez difficile. Nous hésitons donc à y retourner un autre jour.

Lundi 17 mars 2008, nous prenons congé de nos amis. Chacun reprend sa route. Idéfix et son équipage se rendent au Lago Gutierrez, dans le Parc National Nahuel Huapi, à quelques kilomètres de Bariloche. Coen et Karin-Marijke (nos amis hollandais) nous ont fait connaître un site internet qui regroupe des coordonnées de lieux, situés dans le monde entier, où des participants ont caché un trésor. Le Lago Gutierrez étant un de ces lieux, nous saisissons l’occasion afin de faire une chouette balade. Armés d’une boussole, d’une carte de la région et du point GPS de l’emplacement du trésor, nous commençons par une réunion de briefing avec les enfants. “Le trésor est au nord de notre position actuelle. Prenez la boussole et nous vous suivons.”

Lago Gutierrez - La chasse au trésor
Lago Gutierrez - La chasse au trésor

L’excitation des enfants se lit sur leurs visages. Inutile de préciser que la balade s’est faite au pas de course. Nous longeons le lac et profitons de la nature. Nous apercevons un groupe de kayakistes qui ont l’air de se diriger vers le même point que nous. Nous suggérons aux enfants de presser le pas afin que le trésor ne nous file pas sous le nez. Les kayakistes mettent pied à terre et… déballent leur pique-nique. Plus que quelques mètres et le trésor est à nous. “Ca y est, on l’a trouvé ! ” s’exclament les enfants. Ils découvrent une boîte en plastique contenant toutes sortes de babioles. Les enfants en choisissent une et y replacent une autre à titre d’échange. Nous remplissons le registre des chasseurs de trésor, qui n’est rien d’autre qu’un petit carnet qui se trouve dans la boîte. Une fois la boîte remise dans sa cachette originale, nous rebroussons chemin. Bizarrement, nous marchons moins vite qu’à l’allée.

Lago Gutierrez - la chasse au trésor
Lago Gutierrez - la chasse au trésor
Lago Gutierrez - la chasse au trésor
Lago Gutierrez - la chasse au trésor

Mardi 18 mars 2008, après la classe des enfants, nous partons en balade dans les environs du lac. Nous traversons un bois dense pour aboutir au pied d’une petite cascade. Quelle tranquillité !

En fin d’après-midi, nous reprenons la route en direction de Confluencia. Peu avant Confluencia nous traversons une vallée dite enchantée. La vallée “encantado” est nommée ainsi à cause des différents rochers qui surplombent les collines vertes. Ces rochers ont des formes de personnages fantastiques changeants selon l’humeur et la capacité d’imagination de l’observateur.

Valle Encantado
Valle Encantado

Mercredi 19 mai 2008, nous voilà à San Martin de Los Andes. D’ici, on peut rejoindre Bariloche en empruntant la fameuse “route des sept lacs”. Nous décidons d’en faire qu’une partie afin de préserver Idéfix de pistes supplémentaires. Nous effectuons donc un aller-retour sur la partie asphaltée de la route et parvenons néanmoins à apercevoir quatre lacs. La journée n’en est toutefois pas moins agréable et certains points de vue sont somptueux.

La route des 7 lacs
La route des 7 lacs

Tout au long des nombreux kilomètres de route, que nous avons parcourus en Argentine, la nature, les maisons, les personnes et les paysages sont différents d’un endroit à l’autre. Une seule chose ne change pas, les petites chapelles érigées à l’effigie de la défunte Correa ou à celle du gaucho Antonio Gil. Tout comme pour la Défunte Correa, les argentins vénèrent “El Gauchito” car son histoire recèle un miracle. Fin du 19ème siècle, il aurait déserté l’armée avec deux autres soldats. Pendant leur fuite, ils volaient les riches et partageaient leurs butins avec les pauvres. Mais un jour le trio fut attrapé. Peu avant sa mise à mort El Gauchito dit à son tortionnaire que s’il l’enterre, le fils très malade du tortionnaire guérirait. Bien évidemment, le bourreau n’en crut pas un mot. Mais plusieurs jours après la mort d’Antonio Gil, la maladie du fils du bourreau ne faisait que s’aggraver. Le père décida donc d’enterrer le corps du déserteur. Le fils fut rapidement guéri. Tout le monde parlait de ce miracle et ainsi est née une légende.

Un sanctuaire de "Gauchito" Antonio Gil
Un sanctuaire de "Gauchito" Antonio Gil

De nombreux camionneurs s’arrêtent régulièrement devant les petites chapelles construites sur le bord des routes. On ne peut d’ailleurs pas passer à côté sans les remarquer, qu’elles soient grandes ou petites, car tout y est en rouge. La chapelle est rouge, et de nombreux drapeaux et ficelles rouges accrochés aux arbres ou aux fils barbelés annoncent la présence d’une chapelle du Gauchito Gil. Pour certains argentins il est impensable d’entamer un voyage ou un long trajet sans s’arrêter à l’une de ces chapelles.

Vendredi 21 mars 2008, avant d’entamer la route vers Cordoba, plus précisément vers Jesus Maria où nous souhaitons fêter les anniversaires de Virginia et Pauline, nous choisissons de passer encore une nuit au pied de la Cordillère des Andes. Des amis allemands nous ont parlé d’un joli lac situé au nord de San Martin de Los Andes, le Lago Lolog. Arrivés là-bas, nous trouvons sans difficultés un bel endroit où passer la journée et la nuit au bord de l’eau. Il fait beau, chaud, calme, bref c’est vraiment “tranquilo”. Enfin, pendant une heure… Petit à petit arrivent des voitures d’argentins. Il y en a des vieilles, des neuves, des petites, des grosses, bref, le mixe normal en ce qui concerne les bagnoles dans ce pays. Par contre, ce qu’ils tirent à l’arrière de leur véhicule nous étonne de plus en plus : bateaux de pêche (mais à moteur, pas à la rame), quads, kayaks et scooters des mers ! On se croirait à l’endroit “M’as-tu vu (et entendu) ? ” de l’Argentine. C’est la Semaine Sainte et tout le monde est en congé. Notre après-midi tranquille de lecture et de sieste se transforme en après-midi de joie d’observation du comportement des uns et des autres. Les enfants ne s’en plaignent guère, tant qu’ils peuvent barboter dans l’eau, ils sont contents. Vers 20 heures, après avoir aidé les derniers traînards à sortir leur bateau de l’eau, nous retrouvons avec plaisir le calme de ces lieux.

Lago Lolog
Lago Lolog

Dimanche 23 mars 2008, Joyeuses Pâques ! Surprise, pour le plus grand bonheur des enfants, les cloches passent également en Argentine ! Après la chasse aux œufs, qui n’est pas très longue vue la taille de notre maison, nous partons à Plaza Huincul, à moins de 100 kilomètres à l’ouest de Neuquen. La région de Neuquen est connue pour les nombreux squelettes de dinosaures découverts sur ses terres. Au musée municipal de Plaza Huincul, nous découvrons le plus grand dinosaure au monde trouvé jusqu’à ce jour. Les paléontologues l’ont nommé “Argentinosaurus huinculensis”. Disons que nous ne nous sentons pas très grands à côté de ce monstre de 40 mètres de long et de 18 mètres de haut.

Plaza Huincul
Plaza Huincul

Mardi 25 mars 2008, drôles de routes, drôles de rencontres. Nous nous approchons de la ville de San Luis et nous ne sommes pas mécontents de lire sur notre carte routière que nous pouvons y emprunter une autoroute. Par contre, arrivés à la rampe d’accès, nous hésitons. Celle-ci n’est que cailloux et trous ! Une fois de plus, nous nous disons qu’ils sont fous ces argentins. Finalement, nous nous lançons, nous prenons la rampe d’accès et arrivons sur une belle autoroute. Mais il n’y a pas un chat, pas une seule voiture. “Avons-nous le droit de rouler sur cette route, ce n’est pas normal, c’est trop calme ? ” Heureusement, une voiture roulant à vive allure nous dépasse et dans le bon sens.

L'autoroute "fantôme" autour de San Luis
L'autoroute "fantôme" autour de San Luis

Au bout de 50 kilomètres et après avoir vu une dizaine d’autres véhicules sur cette autoroute, une autre surprise nous attend. Nous apercevons de loin quelques soldats assis sur le bas-côté de la route. Deux d’entre eux nous font signe de nous arrêter. Que nous veulent-ils ? Normalement c’est la police qui effectue les contrôles routiers. Nous nous arrêtons et voilà que commence le questionnaire classique : “D’où venez-vous ? Où allez-vous ?”. Et bla et bla et bla. “Mais que nous veulent-ils exactement ? ” Soudainement arrive la question redoutée : “Una collaboración por favor ?”. En d’autres termes, ils nous demandent de l’argent. Mais nous faisons les idiots et leur demandons : “Que collaboración?”. Surpris ou non, ils finissent par nous demander des glaçons ! Voilà comment s’occupent certains militaires : ils arrêtent les voyageurs en espérant récolter de l’argent et repartent avec quelques glaçons pour leur apéro ! Ils sont vraiment fous ces argentins.

Mercredi 26 mars 2008, le petit monsieur du camping nous demande si nous avons été arrêtés sur la route. Nous lui racontons l’histoire avec les soldats… C’est sans savoir ce qui va suivre aujourd’hui et ce dont ce monsieur voulait nous parler réellement.

Nous quittons le village de La Toma avec une certaine émotion car nous allons passer par une région que nous avons visitée il y a quelques mois avec maman et papa. Au bout de quelques kilomètres seulement, notre émotion se transforme en impatience, ou dois-je dire en preuve de patience… Eh oui, nous venons à peine de parcourir une vingtaine de kilomètres que nous nous retrouvons à l’arrêt, dans une file provoquée par quelques manifestants. Elles sont vraiment supers les autoroutes argentines… ! Apparemment, il s’agit d’agriculteurs. La route est barrée par des tracteurs, par d’énormes pneus et des grosses piques en fer. Tout le monde semble relativement calme. Les manifestants distribuent des tracts. Nous allons pouvoir comprendre le pourquoi. Apparemment, les agriculteurs sont en colère contre le gouvernement. Lorsqu’ils déduisent tous les frais et toutes les taxes, il ne leur reste plus que 3 % de bénéfices. Ce ne sera que les prochains jours que nous découvrirons les buts réels des manifestants et les conséquences de tels barrages dans un pays comme celui-ci.

Jeudi 27 mars 2008, d’autres barrages (ici appelés “cortes”) se dressent devant nous. Cependant les agriculteurs nous laissent facilement passer. Par contre, tout camion transportant des marchandises, peu importe qu’elles soient périssables ou non, est condamné à rester sur place. Ceci risque de perturber gravement le ravitaillement en produits laitiers, en viandes, en fruits et légumes ainsi qu’en carburants. Heureusement, nous arrivons à destination. Nous voilà à Jesus Maria.

Camion bloqué devant les barrages
Camion bloqué devant les barrages

 

Le Parc National des Glaciers (Argentine) - 16/01/08 au 04/02/08

Mercredi 16 janvier 2008, route vers El Calafate, Argentine, via la ville frontalière Cerro Castillo.
Après une longue journée de route nous arrivons enfin à El Calafate, ville située au sud du Parc National des Glaciers. Dès notre arrivée nous cherchons un mercado pour nous ravitailler en nourriture et boisson.
Je fais la manœuvre classique pour garer Idéfix le long d’un trottoir. Aucune voiture ne s’y trouve. Je mets la marche arrière, recule et … “Tiens, bizarre, je ressens une résistance. Est-ce le frein à main ?” Soudain, nous entendons un bruit de klaxon. Je regarde dans les rétroviseurs, rien. Mais tout à coup, je vois un homme débouler en hurlant et en gesticulant. “Oh, oh, j’ai dû cogner sa voiture.” L’homme, voyant que c’est une femme derrière le volant, s’adoucit. Nous sortons du véhicule pour voir les dégâts. Il y a beaucoup de dégâts, mais pas occasionnés par nous. L’homme s’énerve et nous demande de payer ou d’aller au commissariat. Réponse facile: “Allons voir la police ! “. Il aurait probablement préféré l’autre option. Nous nous demandons d’ailleurs s’il n’a pas volontairement provoqué l’accident. Arrivés au commissariat, l’homme fait sa déclaration en premier. Au bout d’une demi-heure, il sort et sert la main à Damien tout en s’excusant !! A nous de rentrer dans le petit bureau du policier. Nous lisons la déclaration de l’homme et constatons, avec désolation, qu’il a fait une fausse déclaration. Finalement, nous quittons le commissariat à 21 heures. Maintenant, les assurances feront le reste. C’est dans un état de fatigue et, je ne vous le cache pas, de légère révolte, que nous nous rendons au camping. Mais, oh, surprise, Coen et Karin sont là !

Vendredi 18 janvier 2008, “Hachile” arrive au camping avec Yann et Géraldine.
Les enfants jouent beaucoup dans “leurs” arbres avec les arcs que Damien leur a confectionnés. Ils jouent avec un petit garçon suisse, Jérémy.
Nous passons la journée à écrire nos carnets de route, à vérifier nos mails et à bavarder, puis nous partons réserver une excursion en bateau.

PN Los Glaciares - Lago Argentino
PN Los Glaciares - Lago Argentino

Samedi 19 janvier 2008, 6 heures! Tout le monde debout, le bus vient nous chercher à 7 heures et demie.
Chaque fois que nous partons en excursion avec une organisation nous nous sentons “bizarres”. Est-ce le fait de se retrouver avec de nombreux autres touristes ou simplement parce que le temps d’une journée nous n’aurons plus notre “liberté” et devrons écouter et suivre le guide partout ?
A neuf heures précises, le bateau quitte le petit port de Puerto Bandera. Nous naviguons sur le Lago Argentino. Cap sur le glacier Spegazzini. Plus nous nous en approchons, plus les blocs de glace qui flottent sur l’eau sont grands. De loin, nous observons que le glacier s’est frayé un chemin entre les flancs des montagnes. Sa largeur ne fait que 1500 mètres, mais sa hauteur est impressionnante. Mesurant entre 80 et 125 mètres de haut, il est le glacier le plus haut du Parc National.

PN Los Glaciares - Glacier Spegazzini
PN Los Glaciares - Glacier Spegazzini
PN Los Glaciares - près du Glacier Upsala
PN Los Glaciares - près du Glacier Upsala

Après cette jolie mise en bouche nous mettons le cap sur le glacier Upsala. Il y a quelques heures, nous trouvions les blocs de glace voguant sur l’eau grands, ici, ils sont énormes.

PN Los Glaciares - Glacier Upsala
PN Los Glaciares - Glacier Upsala

La vue sur le glacier Upsala est nettement plus impressionnante. Pour la simple et bonne raison que nous le voyons sur une longueur de 5000 mètres. Nous nous y sentons tout petits, d’autant plus que c’est le plus grand glacier de toute la Patagonie. La surface visible est de 595 km², mais la superficie de la totalité du bassin est de 1000 km².

PN Los Glaciares - près du Glacier Upsala
PN Los Glaciares - près du Glacier Upsala

Nous sommes surtout émerveillés par les nombreuses nuances de bleu que nous observons dans les icebergs, ainsi que par leurs formes parfois très étranges.

PN Los Glaciares
PN Los Glaciares

Dernière destination de la journée : Puerto O’Nelli. Tout le monde est invité à mettre pied à terre. Une petite balade dans la forêt nous mène jusqu’à le Laguna O’Nelli où trois petits glaciers convergent. L’endroit est superbe mais rempli de touristes, évidemment.

Après dix heures de navigation nous retrouvons le bus qui nous ramène à El Calafate. La journée fut longue mais belle et la nature nous a une fois de plus impressionnés.
Au camping, Coen, Karin, Yann et Géraldine nous attendent pour le souper. Ces derniers nous ont préparé des crêpes. Génial !

PN Los Glaciares - Perito Moreno
PN Los Glaciares - Perito Moreno

Lundi 21 janvier 2008, le Glacier Perito Moreno. Nous en avons beaucoup entendu parler et nous en avons vu de nombreuses photos.
Entre voyageurs, nous échangeons régulièrement de “bons tuyaux”. Celui concernant ce glacier est un tuyau qui vaut de l’or. Nous suivons les conseils et arrivons au parc au moment du coucher du soleil. Nous nous installons, comme conseillé, sur le parking du haut. Quel bonheur, nous sommes seuls et nous avons une superbe vue sur cette énorme étendue blanche. Malgré l’heure tardive, nous descendons sur les passerelles. Et là, il n’y a que nous, le glacier et ses bruits de craquements, et le calme. Il est minuit lorsque nous rentrons dans nos pénates.

PN Los Glaciares - Perito Moreno
PN Los Glaciares - Perito Moreno

Mardi 22 janvier 2008, réveil à 6 heures et quart. Nous ne souhaitons manquer le lever du soleil sous aucun prétexte. C’est vers 7 heures moins le quart, une tasse de café à la main que nous nous retrouvons à nouveau nez à nez avec ce géant blanc. Sauf que ce matin, avec les couleurs du soleil levant, le glacier est rose orange. C’est absolument magique. Nous sommes seuls et le spectacle des couleurs est grandiose. De temps en temps l’effondrement d’un morceau de glace vient rompre le silence. Dire que le fond du glacier est fait de neige qui s’est cristallisée il y a des milliers d’années.

PN Los Glaciares - Perito Moreno
PN Los Glaciares - Perito Moreno

Le soleil se lève de plus en plus et soudain la couleur orangée s’estompe pour laisser place au blanc étincelant de la glace. Comme nous disait une amie, Géraldine, on dirait une énorme meringue. Nous profitons encore de ce bel endroit quelques instants et laissons finalement notre place aux centaines de touristes qui vont bientôt arriver.

PN Los Glaciares - Perito Moreno
PN Los Glaciares - Perito Moreno

Le restant de la journée, nous le passons au Lago Roca. Nous y trouvons un bel endroit avec vue sur un des bras du Lago Argentina et sur les montagnes du Parc National. Faisant partie du Parc National, cet endroit et sa nature sont, heureusement, fort respectés. Une fois de plus, nous y trouvons un sentiment de sérénité.

PN Los Glaciares - Lago Roca
PN Los Glaciares - Lago Roca

Mercredi 23 janvier 2008, ce matin, comme tous les matins (sauf exception), nous passons quelques temps à remplir nos obligations. C’est-à-dire, à instruire nos enfants, comme à l’école. Fort heureusement, le périple que nous effectuons semble également les instruire beaucoup. Nous sommes d’ailleurs agréablement surpris qu’après huit mois de route ils se souviennent encore de tant de choses que nous avons vécues lors des premiers mois.

PN Los Glaciares - Lago Roca
PN Los Glaciares - Lago Roca

Cet après-midi, nous nous promenons le long de l’eau. Les enfants “armés” de leurs arcs ouvrent la voie. “Nous devons vous protéger des nombreux animaux dangereux. Pauline et moi sommes vos guides.” Rien de tel qu’une balade en famille.

PN Los Glaciares - Lago Roca
PN Los Glaciares - Lago Roca

Au retour de la promenade, je ne sais pour quelle raison, je jette un coup d’œil aux pneus. Oh, oh, les fils de fer du pneu arrière gauche sont apparents! Et le pneu avant gauche semble également bien usé. Nous devons changer le pneu arrière. Mais alors, il nous restera plus qu’un pneu de réserve et un pneu usé à l’avant. Nos plans de prendre la Ruta 40 (piste) vers El Chalten pour voir le Mont Fitz Roy risquent de changer. Surtout qu’après, nous aimerions faire la Carretera Australe, au Chili.
Allons dormir, la nuit nous portera conseil.

Jeudi 24 janvier 2008, la décision est prise, nous devons d’abord trouver deux pneus neufs avant de s’aventurer sur de trop longues pistes.
De retour à El Calafate, Damien se renseigne auprès de plusieurs mécaniciens et il en profite pour leur demander leur avis concernant les bruits étranges que fait le véhicule sur les pistes.

En route vers Rio Gallegos
En route vers Rio Gallegos

Vendredi 25 janvier 2008, le garagiste nous conseille de changer la “cazoleta”, pièce située au-dessus de l’amortisseur. Mais cette pièce ne se trouve pas ici, à El Calafate, ni sur la route qui va vers le nord. Pareil pour les pneus, il n’y a pas de grandes villes sur notre route où nous pourrions trouver ceux qu’il nous faut. La seule option est de repartir vers l’est, à Rio Gallegos.
Ce week-end nous resterons encore à El Calafate en compagnie de nos amis français et hollandais.

Taller San Martin à Rio Gallegos
Taller San Martin à Rio Gallegos

Lundi 28 janvier et mardi 29 janvier 2008, nous emmenons Idéfix d’un garagiste à l’autre, du “taller Milla”, au “taller Fiat”, au “taller sans nom”, pour finalement trouver un peu d’aide au “taller San Martin”. Les mécaniciens passent quelques heures à démonter Idéfix. Premier diagnostic : “Tout va bien. “. Et finalement ils nous disent: “Ah, oui, il se pourrait que la “cazoleta” soit un peu usée. “. Damien et le mécanicien font le tour de la ville pour en trouver une semblable, mais en vain.
Finalement, dans cette ville, nous ne trouverons ni “cazoleta”, ni pneus. La seule solution est de remonter la côte est jusqu’à Comodoro Rivadavia.

Samedi 2 février 2008, Comodoro Rivadavia, serait-elle la ville des meilleurs garagistes ?
Rebelote, nous roulons d’un garage à l’autre, d’un “repuesto” (vendeurs de pièces détachées) à l’autre. En fin de journée nous rentrons au camping avec de bonnes nouvelles. Un rendez-vous est fixé lundi matin pour faire mettre de nouveaux pneus et le garagiste prétend pouvoir trouver une “cazoleta”…
Au camping, nous retrouvons par surprise Yann et Géraldine. Ils ont également dû changer leur itinéraire pour des raisons mécaniques. Demain, dimanche, jour de repos !

Lundi 4 février 2008, il nous a fallu une semaine de recherche et 700 kilomètres de route pour trouver de nouveaux pneus, une nouvelle “cazoleta” … nous sommes prêts pour attaquer la Carretera Australe.

 

Terre De Feu (Argentine) - 15/12/07 au 6/1/08

Samedi 15 décembre 2007, persuadés que les passages de douane se font rapidement dans le sud, nous arrivons tranquillement au poste de douane. Nous ouvrons la porte et sommes envahis par une vague de chaleur et de bruit. L’endroit est bondé. Il y a tellement de monde que nous avons besoin de quelques minutes pour trouver le début et la fin de la file. Et pour cause, la file est en colimaçon. Il faut faire deux fois le tour d’une pièce pour ensuite continuer l’attente dans la prochaine pièce. Finalement, cette attente durera trois heures!

Les formalités pour sortir de l’Argentine terminées, nous nous rendons à la douane chilienne, deux kilomètres plus loin. Heureusement, le monde s’est dispersé et il ne nous faut qu’une demi-heure pour sortir des bureaux et pour passer le contrôle sanitaire. Mais nous avons pris beaucoup de retard sur notre planning. Il est déjà 13 heures et nous n’avons parcouru que 10 kilomètres! Il nous reste encore un ferry à prendre et 215 kilomètres à faire au Chili, dont 125 kilomètres de piste, avant d’arriver aux postes de douane pour repasser en Argentine. Quelle bêtise, être obligé de passer par le Chili, et donc de répondre à toutes les formalités administratives, pour arriver à Ushuaia, situé en Argentine. Arriverons-nous en territoire argentin encore ce soir? Nous avons un grand avantage, il fait clair jusqu’après 22 heures.

Punta Delgada
Punta Delgada

Heureusement, nous ne devons attendre que quelques minutes pour monter sur le ferry. Les véhicules stationnés devant nous montent facilement, mais leur arrière, nettement plus court que le nôtre, passe à peine à quelques centimètres des ponts placés entre la berge et le bateau. Je descends d’Idéfix pour vérifier le porte-à-faux mais un homme nous fait signe d’attendre. A notre grande surprise, le bateau recule de quelques mètres vers la berge, ce qui rend le creux moins important. Damien avance tout doucement. Idefix passe et caresse gentiment le sol avec son porte-à-faux. Je fais signe au capitaine en guise de remerciement pour sa marche arrière. Nous traversons le Détroit de Magellan, le fameux passage qui relie l’Océan Atlantique à l’Océan Pacifique, découvert par Magellan en 1520.

Nous voilà en Terre de Feu. Les paysages sont très beaux, tout est d’un vert clair, la route longe une rivière où guanacos, moutons et vaches viennent assouvir leur soif.
Après plus de trois heures de piste nous arrivons à la frontière. Ce soir, nous avons plus de chance que ce matin, les passages de douane se font rapidement. Il est 19 heures lorsque nous sommes à nouveau en pays argentin. Nous prenons notre courage à deux mains et roulons encore 80 kilomètres pour passer la nuit à Rio Grande.

Tierra Del Fuego (passage par le Chili)
Tierra Del Fuego (passage par le Chili)

Dimanche 16 décembre 2007, aujourd’hui, le réveil ne sonnera pas. Après une belle grasse matinée et un bon petit déjeuner, nous fabriquons pour les enfants un petit bateau avec des déchets de bois traînant sur le terrain de camping.
La ville de Rio Grande n’a rien de très intéressant à nous offrir, si ce n’est un garage FIAT auquel nous comptons nous rendre demain matin.

Lundi 17 décembre 2007, le garagiste ne peut pas nous prendre tout de suite. Nous aurions voulu lui demander de vérifier si le problème de notre amortisseur – pourtant solutionné depuis Cordoba – n’est pas en train de refaire surface. Tant pis, nous repasserons peut-être dans quelques semaines, lorsque nous remonterons vers le nord. Entre-temps, continuons notre descente vers le sud.

Ce soir nous bivouaquerons à Cabo San Pablo, une petite excroissance de la ligne côtière, au pied d’une épave de bateau. Pour la rejoindre, nous prenons une piste qui nous mène d’une estancia à l’autre. La piste traverse une zone très boisée où de nombreux arbres sont renversés par le vent. Des centaines de branches mortes jonchent le sol. Sur les rivières que nous longeons, des castors ont édifié des dizaines de barrages. La vue sur la mer, souillée par une épave néanmoins impressionnante, nous surprend une fois de plus.

Tierra Del Fuego - Cabo San Pablo
Tierra Del Fuego - Cabo San Pablo

Nous garons Idéfix près d’une petite rivière au pied d’un pont dont les poutres en bois sont toutes vermoulues. Il fait incroyablement calme. Les enfants partent jouer dehors et imitent les castors en essayant de construire un barrage sur la rivière.
En fin de soirée, deux agents de police viennent nous demander si tout va bien. Ils travaillent au petit poste de police le long de la piste et n’ont sans doute rien d’autre à faire que de patrouiller dans le coin.

Tierra Del Fuego - vers Cabo San Pablo
Tierra Del Fuego - vers Cabo San Pablo

Mardi 18 décembre 2007, la brume peine à se dissiper. Il pleut et tout est boueux. Nous levons le camp et prenons la route pour Tolhuin.
Nous faisons un saut à la panaderia renommée de Tolhuin, puis nous nous installons dans un camping au bord du lac Fagnano. Par temps clair nous devrions avoir une superbe vue sur le lac et les montagnes enneigées situées de l’autre côté, mais ce n’est pas le cas aujourd’hui. Cette constatation faite, je me prépare à brancher l’électricité. Horreur ! J’ai dû mal fermer la trappe de rangement, car je m‘aperçois qu’elle est ouverte et que notre câble électrique a disparu. Il a dû tomber pendant que nous roulions.

Ne sachant pas si nous pourrions trouver en Argentine un nouveau câble avec une pièce de connexion similaire, nous voulons absolument tenter de le retrouver. Alors que je pousse toujours de gros jurons, le sixième sens de Sophie produit déjà la première idée vers une solution. Nous roulons alors jusqu’au bureau de police de Tolhuin et demandons aux agents s’ils peuvent contacter leurs collègues de Cabo San Pablo par radio. Les collègues répondent et confirment qu’ils nous connaissent parce qu’ils nous avaient parlés hier soir. Ils promettent de faire un tour à l’endroit où nous avons passé la nuit et ils nous préviendront s’ils ont trouvé quelque chose. Super ! Nous pouvons donc rentrer tranquillement au camping sans avoir à refaire la route et la piste jusqu’au cabo.

Deux heures plus tard, la police de Tolhuin fait irruption au camping. Ils nous signalent que leurs collègues ont retrouvé notre câble après avoir interrogé un camionneur qui l’avait ramassé par terre, au bord de la piste. Mais comment pouvons-nous le récupérer ? Ils nous proposent gentiment de nous retrouver au croisement entre la piste et la route asphaltée. Génial, ceci nous évite de faire les 35 kilomètres de piste aller-retour. Incroyablement charmant !

Mercredi 19 décembre 2007, nous passons à la panaderia afin d’y acheter quelques sucreries pour nos amis policiers. A l’heure du rendez-vous, nous retrouvons les deux agents de Cabo San Pablo et ils nous remettent notre câble. D’abord, ils refusent notre petit cadeau. Comme nous insistons, ils finissent par l’accepter. “Muchas gracias seniores !”

Tierra Del Fuego - Cabo San Pablo
Tierra Del Fuego - Cabo San Pablo

Jeudi 20 décembre, des lacs, des rivières, des bois, des montagnes enneigées résument grossièrement la nature de la Terre de Feu. Une chose étrange nous frappe. De nombreux arbres ont des barbes! De la cime, en passant par leurs branches et jusqu’au tronc, les arbres présentent, hormis leur feuillage, des tiges ou plutôt des pousses, parfois si longues qu’on dirait des barbes. Au départ, nous craignons que ce soit un parasite, mais après renseignement, nous apprenons que c’est un signe d’air pur. Plus l’air est pur, plus il y en a. Mais il y a également des parasites, de forme ronde et orange, sur quelques arbres. Ces derniers repoussent ces “étrangers” en formant de grosses excroissances.

IMG_5061.JPG
IMG_5061.JPG

Nous arrivons à Ushuaia en milieu d’après-midi. Nous sommes à cinq jours de Noël et il n’y a aucune décoration en rue. Dans les autres villes que nous avons croisées les jours précédents non plus d’ailleurs. Nous n’apercevons que rarement les couleurs de quelques boules ou d’autres décorations de Noël derrière la fenêtre d’une maison.
Ushuaia, ville la plus au sud? Pas sûr, mais bon. Nous nous trouvons néanmoins à seulement 1000 kilomètres de l’Antartique. Il suffit de regarder vers le sud et d’imaginer au-delà du Canal de Beagle et au-delà des dernières montagnes de la Cordillère des Andes, une grande étendue de glace. Ce n’est pas très loin.

Tierra Del Fuego - Ushuaia
Tierra Del Fuego - Ushuaia

Vendredi 21 décembre au mercredi 26 décembre 2007, au camping “La Pista Del Andino”, nous retrouvons, comme prévu, de nombreux voyageurs rencontrés dans d’autres pays ou dans d’autres villes d’Argentine: Dominique et Diane (canadiens vus à Salta), Marie et Marcel (suisses vus à Cusco et sur la côte est argentine), Karin-Marijke et Coen (hollandais rencontrés à Salta), Ruth et Peter (suisses rencontrés à Cusco et à Salta), et beaucoup d’autres encore. Nous faisons également la connaissance de Yann et Géraldine, deux jeunes français voyageant dans un vieux fourgon Citroën, et les “sélénites”, famille française qui cherche également un cargo pour l’Australie.

Tierra Del Fuego - Ushuaia
Tierra Del Fuego - Ushuaia

Nous retrouvons un peu l’ambiance de Salta. En journée, chacun fait ce qu’il lui plaît et le soir, nous nous retrouvons pour l’apéro, nous cuisinons chacun notre popote et continuons à bavarder tout en mangeant. Tous les soirs il est tard car nous ne nous rendons pas compte du temps qui passe. Non seulement parce que nous sommes en bonne compagnie mais aussi parce qu’il fait clair jusque passé 23 heures.
Le réveillon de Noël s’organise petit à petit. Des voyageurs ont un vieux spi de bateau que nous allons accrocher entre nos véhicules en cas de pluie. Il vaut mieux prévoir car depuis que nous sommes en Terre de Feu, la pluie nous a salués tous les jours. D’ailleurs, Yann et Pauline ont baptisé la Terre de Feu, Terre de Pluie.

Tierra Del Fuego - Ushuaia
Tierra Del Fuego - Ushuaia

Le 24 au soir, la simplicité et la convivialité sont au rendez-vous. Petit à petit des personnes arrivent et déposent leurs plats et bouteilles sur les tables. Finalement, nous avons un “walking diner” avec un superbe buffet international: chile con carne des british, salades et gâteaux des écossais, lasagne aux fruits de mer de Martin, le canadien, brochettes de poulet de Dom et Diane, Steve, backpacker allemand, a apporté un assortiment de zakouskis, asado de légumes des belges (nous), anchoyade des français, Nanou et Denis, crêpes salées et sucrées de Yann et Géraldine et tout cela suivi d’un arc-en-ciel de desserts.

La soirée se termine par des chants autour du feu de camp. Damien gratte la guitare et nous fait chanter LA chanson qu’il a écrite pour Ushuaia.
La soirée se termine par une ambiance très chaleureuse.

Tierra Del Fuego - Ushuaia
Tierra Del Fuego - Ushuaia

Jeudi 27 décembre 2007, la Ruta 3 débute à Buenos Aires, longe toute la côte et finit ici, au Parc National Tierra Del Fuego, 20 kilomètres à l’ouest d’Ushuaia. Cette route, nous l’avons adorée car elle nous a emmenés jusqu’aux nombreux animaux marins que nous avons pu découvrir, cette route, nous l’avons méprisée lorsqu’elle ne nous donnait comme seul paysage que la pampa pendant des centaines de kilomètres, cette route, nous l’avons détestée avec ses rafales de vent impressionnantes, cette route, finalement, nous a conduits jusque “au bout du monde”.

Tierra Del Fuego - Estancia Harberton
Tierra Del Fuego - Estancia Harberton

Il est temps de visiter les alentours d’Ushuaia. Martin monte à bord d’Idéfix et nous formons un petit convoi avec le camping-car des “sélénites” pour nous rendre au Parc National de la Terre de Feu.
Le parc est très joli et propose plusieurs petits sentiers de randonnée. Nous établissons notre campement au bord d’une petite rivière. Les enfants partent pêcher avec Timothée et Océane. Une heure plus tard, ils reviennent bredouilles.

Les randonnées sont agréables. Elles nous mènent d’abord vers une lagune, “la lagune noire”, à laquelle le fond de tourbe donne sa couleur et son nom. Ensuite, elles nous mènent vers la fin de la ruta 3, là où la route s’arrête net devant le Canal de Beagle. Finalement, elles nous font découvrir les plages de sable et de galets qui longent le canal.

Parque Nacional Tierra Del Fuego
Parque Nacional Tierra Del Fuego

Après deux nuits passées dans le parc, nous retournons au camping d’Ushuaia, non pour prendre une douche bien chaude car celles-ci y sont difficiles à obtenir, mais pour préparer les festivités de fin d’année.

Lundi 31 décembre 2007, dernier jour de l’an. A minuit nous entamerons une nouvelle année, une fête s’impose donc. Nous avons opté pour la même formule que celle du réveillon de Noël. En début de soirée, tout le monde arrive avec de délicieux petits plats. Martin, Yann et Coen préparent un feu de bois pour les pizzas et le four d’Idéfix chauffe à fond pour gratiner les toasts au roquefort et champignon apportés par les sélénites. Une fois de plus, nous avons un superbe buffet.

Les hommes ont trouvé le moyen d’avoir de la musique et Coen a préparé un mixe des années 80 sur son ordinateur. L’ambiance est au rendez-vous, ça swing, ça chante et ça rit.
Le soleil patagonien vient juste de se coucher lorsque nous faisons sauter les bouchons de champagne. Happy New Year! Nous nous souhaitons à peu près tous la même chose: une bonne santé et surtout une bonne continuation dans le périple entamé.

Tierra Del Fuego - Ushuaia
Tierra Del Fuego - Ushuaia

Mercredi 2 janvier 2008, il y a d’autres villes ou villages en Argentine qui se situent plus au sud qu’Ushuaia. Entre autre, Haberton, ou la Estancia Haberton. C’est notre prochaine étape.
Nous entrons dans un paysage vallonné. Aux sommets des petites collines, des arbres patagoniens, malmenés par le tout puissant et incessant vent d’ouest, ont poussé dans la direction du vent. De l’autre côté du Canal de Beagle nous apercevons Puerto Williams, la ville chilienne qui se prétend être la ville la plus australe du monde.

Tierra Del Fuego - Estancia Harberton
Tierra Del Fuego - Estancia Harberton

Nous dépassons Estancia Haberton et continuons notre route vers Moat. Nous traversons quelques ponts dans un état douteux. Soudain nous voyons du rouge qui bouge. Ah, c’est Coen et Martin qui nous font signe de nous arrêter. Ils nous proposent de bivouaquer avec eux, ils auraient trouvé un très bel endroit. Le seul hic est qu’ils roulent avec un 4×4 et nous pas. Coen nous rassure que si nous nous embourbons, il pourra nous sortir de là.

Dom et Diane, ne nous voyant pas arriver à Moat, rebroussent chemin. Nous les apercevons de loin et courons pour leur indiquer que nous sommes là. Dom et Diane, contrairement à nous, ne viennent pas d’abord analyser le terrain. Dom fonce tout de suite vers nous. Il prend n’importe quelle direction. Nous les voyons tous les deux faire des bonds de 10 centimètres dans leur camionnette et celle-ci avance cohue-cohant et sautant dans tous les sens. Karin et moi sommes prises d’un fou rire.

Tierra Del Fuego - Estancia Harberton
Tierra Del Fuego - Estancia Harberton

Cela fait plusieurs semaines que nous sommes en Terre de Feu et pourtant, tous les soirs, nous nous émerveillons de l’heure tardive du coucher du soleil. Les hommes préparent un feu de camp, les femmes le souper. Nous passons une délicieuse soirée autour du feu.
L’endroit est tranquille et magnifique. Les arbres morts donnent au paysage un aspect un peu fantomatique et étrange. Nous sommes en latitude Sud 54°…

Tierra Del Fuego - Estancia Harberton
Tierra Del Fuego - Estancia Harberton

Jeudi 3 janvier 2008, au réveil, quelle surprise lorsque nous levons les stores d’Idéfix, au loin, nous apercevons un troupeau de chevaux qui galopent au bord du canal. Quelles belles images avec l’eau et les montagnes en arrière-plan. L’endroit est si calme, si paisible que tout le monde opte pour y passer une journée et une nuit de plus. Entre temps, les chevaux s’approchent de nos véhicules. Coen emmène Pauline pour les observer de plus près. Les chevaux semblent attirés par Pauline et s’en approchent. Elle résiste à ne pas prendre ses jambes à son cou et reste calmement près de Coen. Yann joue avec Karin au jeu “Les Colons de Catane”. Le restant de la journée, chacun fait ce qu’il lui plaît et toujours dans le silence. Quel bonheur.

Nous partons nous promener le long du Canal de Beagle. Une fois de plus, nous sommes fascinés par la diversité, en formes et en couleurs, des nuages dans ce coin du bout du monde.
Des centaines de branches d’arbres morts, polies par le sable et rendues grises par le sel, tapissent la plage le long du canal. Nous en ramassons un peu pour le feu de ce soir.

Tierra Del Fuego - Estancia Harberton
Tierra Del Fuego - Estancia Harberton

En fin de journée, Yann et Pauline scient du bois avec Coen.
Nous profitons beaucoup de ce bel endroit, nous mangeons tous autour du feu de camp, assis sur un tronc d’arbre ou dans un hamac et nous bavardons jusqu’aux petites heures.

Tierra Del Fuego - Estancia Harberton
Tierra Del Fuego - Estancia Harberton

Vendredi 4 janvier 2008, nous nous quittons et reprenons la route. Il y a de fortes chances que nous nous retrouvons ce soir à Rio Grande. Nous quittons tous la Terre de Feu. La route est longue mais bonne.
Arrivés à Rio Grande, nous faisons quelques achats et cherchons un endroit où capter du wifi. En début de soirée, nous nous rendons au seul camping de Rio Grande. Et qui retrouvons-nous? Dom, Diane, Coen, Karin et Martin. Petite soirée sympa en perspective avec en prime une excellente douche chaude et une partie de “Colons de Catane”.

Dimanche 6 janvier 2008, journée de routes et de pistes, de douanes et de ferry. Nous entamons la même route pour quitter la Terre de Feu, que celle prise pour y arriver il y a deux semaines.
Nous souhaitons arriver ce soir à Punta Arenas. Nous ne prenons pas le ferry à Porvenir mais à Punta Delgada car la traversée y coûte moins cher. De plus, ayant déjà pris ce ferry, nous sommes certains de pouvoir y embarquer sans soucis, malgré le long porte-à-faux.

C’est vers 20 heures que nous arrivons près de Punta Arenas. Nous nous garons en bord de plage peu avant l’entrée de la ville portuaire.

 

La côte patagonienne (Argentine) - 20/11/07 au 15/12/07

Mardi 20 novembre 2007, nous voilà de retour à l’endroit que nous avions quitté il y a plus d’un mois pour remonter à Cordobà, pour y revoir papa et maman et pour rencontrer Virginia et sa famille : la Péninsule de Valdes et alentours ! Nous y étions tellement bien, nous y avons vécu de beaux moments et vu des centaines de baleines. Y aura-t-il encore des baleines?
Il est 16h00 lorsque nous arrivons au camping de l’ACA et nous y retrouvons Jess et Nico. Il y a également d’autres voyageurs français. Ce soir au menu, bien évidemment, un asado. Nous pensions rejoindre la plage de Punta Flecha demain mais nous apprécions la compagnie de Jess et Nico. Nous décidons de rester ici un peu plus longtemps.

Petrel sur Punta Flecha
Petrel sur Punta Flecha

Du vendredi 23 au dimanche 25 novembre. Chouette, nous quittons Puerto Madryn et allons passer un jour ou deux sur la plage près de Punta Flecha.
Nous retrouvons la piste sans problème. Arrivés sur place, nous contemplons l’océan pendant de longs moments, mais aucune baleine en vue. Apparemment, les baleineaux ont pris suffisamment de force pour partir avec leurs mères vers les eaux froides du sud. Néanmoins, nous aimons cet endroit, son calme et la vue sur la mer. A défaut de pouvoir prendre des photos de baleines, nous en prenons de “petrels”, grands oiseaux qui volent juste au-dessus des vagues et qui jouent dans le vent.
Samedi, coup de panique ! Nous constatons que tout le liquide de refroidissement du moteur a coulé. Heureusement, il y a un garage Fiat à Puerto Madryn. Nous irons lundi.
Un autre camping car est arrivé. Ce sont des français, Paul et Nadine. Le monsieur jette également un coup d’œil au radiateur d’Idéfix. Constatation : probablement un trou dans le radiateur et ce malgré la plaque de protection sous le moteur !

Lundi 26 novembre 2007, c’est une journée très intéressante… Nous arrivons au garage vers 10h00. Comme dans chaque garage, ils nous prennent en charge tout de suite. Mais nous ne récupérerons Idéfix qu’en fin d’après-midi car ils ont plusieurs heures de travail et en plus, ils font la siesta de 12h00 à 16h00 !!
Nous passons une bonne partie de la journée en ville.

Mardi 27 novembre 2007, encore une journée très intéressante… Nous nous rendons chez «Firestone » afin d’y arranger l’alignement de nos roues avant. L’intérieur du pneu avant gauche s’use anormalement vite. Là, ils ne peuvent nous aider et ils nous donnent une adresse à Trelew. En route. Nous y arrivons vers 15h30. A 16h30, le tour est joué. L’alignement est, selon les argentins, correct et nous devrions être “tranquilo” pour longtemps.
Nous trouvons un camping à quelques kilomètres de Trelew. D’autres voyageurs y passent aussi la nuit : hollandais, allemands et français.

Mercredi 28 novembre 2007, enfin, nous nous relançons sur la route. Vive l’aventure, vivement de nouvelles découvertes ! En route vers Isla Escondida. Après avoir parcourus quelques kilomètres sur la nationale 3, nous trouvons facilement la piste qui mène vers la plage. Le ciel est gris, quelques gouttes de pluies sont déjà tombées. J’espère qu’il ne pleuvra pas trop. Sinon, nous resterons sur la plage le temps qu’il faudra pour que la piste sèche. Je ne suis pas certaine que nos 4 tonnes puissent passer sans problème sur cette piste mouillée.

Isla Escondida
Isla Escondida

Nous nous approchons de la plage et là, nous avons une superbe vue sur la petite baie. Aura-t-on la chance d’y voir des éléphants de mer? Nous trouvons un endroit sympa pour passer la nuit, évidemment, avec vue sur mer. A cent mètres d’Idéfix deux éléphants de mer se prélassent au soleil. C’est munis de l’appareil photo et de la caméra que nous allons les observer de plus près. Le bruit de nos pas sur les pierres les réveillent. Ils lèvent la tête et nous observent de leurs grands yeux noirs. Dès que nous nous approchons de trop, ils ouvrent leur gueule et émettent un son semblable à un long, très long rot.

Isla Escondida
Isla Escondida
Isla Escondida
Isla Escondida

Le ciel s’éclaircit petit à petit. Nous partons nous promener sur les rochers. La mer est splendide, sa couleur est d’un bleu azur et l’écume des vagues est d’un blanc étincelant.
Les enfants cherchent et observent les crabes prisonniers dans les creux des rochers. “Ici, c’est le paradis des crabes” s’écrient-ils.

De retour à notre point de départ, près des deux éléphants de mer, les enfants nous invitent à prendre l’apéritif dans leur passage secret. Le temps de jouer quelques minutes ce jeu de rôle, un troisième éléphant de mer arrive près de la plage. Nous nous en approchons. C’est une scène incroyable. Je filme la scène. J’ai Yann et Pauline en avant plan. Pauline est accroupie, joue dans le sable, l’air de rien. Yann, fait le pitre, il saute, joue avec les vagues et fait pas mal de bruit. L’éléphant de mer, curieux, l’observe, nous observe. Il n’est qu’à quelques mètres de nous. Va-t-il nous apprivoiser et venir sur la plage ? Malheureusement, non. Probablement trop impressionné par ces bipèdes, il préfère s’en aller vers un endroit plus clément. Par contre, les deux autres éléphants de mer ne semblent nullement dérangés par notre présence et se dorent toujours au soleil. Ils bougent à peine, si ce n’est pour se gratter ou pour se tourner un peu plus vers le soleil. Finalement, c’est à marée haute, 5 heures après notre arrivée, que nous les voyons enfin faire trois mètres pour se jeter à l’eau. Leur fainéantise nous donne envie de nous coucher de bonne heure et de dormir profondément tels ces drôles d’animaux marins.

Punta Tombo
Punta Tombo

Jeudi 29 novembre 2007, au lever, nous apercevons quelques éléphants de mer de loin. Il fait beau, nous profitons encore un peu de ce bel endroit et partons ensuite vers Punta Tombo. La piste est longue mais les paysages sont de plus en plus jolis, surtout, lorsque nous apercevons la mer de loin. Bon-papa Richie aimerait certainement peindre cette vue. La terre beige, rouge par endroits, abrite des petits bosquets verts, des fleurs jaunes dont les guanacos semblent se régaler et tout cela sur le fond bleu azur de la mer. D’ici quelques kilomètres, nous arriverons dans une réserve qui contient la plus grande colonie de pingouins de Magellan d’Amérique du Sud. A cette période de l’année il y a en moyenne 175000 couples de pingouins. Les mâles, qui sont un rien plus grands que les femelles, arrivent au mois de septembre. Ils retrouvent leur nid et l’arrangent. Les femelles les rejoignent un peu plus tard. Elles pondent leurs œufs aux alentours du mois d’octobre. Après quarante jours de gestation les petits sortent de leur coquille. Les parents couvent les petits à tour de rôle. L’un reste au nid et l’autre part à la chasse, c’est-à-dire à la mer pour y attraper des poissons.

Nous arrivons à Punta Tombo vers l’heure du midi. Nous hésitons à faire la balade rapidement afin de partir relativement tôt pour trouver un endroit où dormir. Dormir ici serait impossible. Néanmoins, nous posons la question et personne ne nous dit non. Chouette, nous pourrons donc profiter pleinement de la promenade et loger ici tranquillement.

Punta Tombo
Punta Tombo

Dès le début de la promenade nous nous rendons compte qu’il y a un nid de pingouin sous chaque arbuste. Nous pouvons y voir un des parents couver un œuf ou protéger son petit en le maintenant sous ses ailes. D’autres pingouins se promènent, enfin vont et reviennent de la mer, d’autres encore soignent leur plumage noir et blanc en le couvrant d’huile. Yann et Pauline s’amusent à imiter leur démarche, ils mettent leurs pieds en position “10h10″ et se dandinent tout en maintenant leurs bras tendus, légèrement écartés, le long de leur corps.
Le site est superbe, les couleurs sont magnifiques et d’autres animaux, tels des moutons, des guanacos, des souris, des skuas antarctiques (oiseaux), des goélands (et d’autres animaux que nous n’avons pas aperçus) partagent ce bel endroit avec les pingouins.
De retour chez Idéfix, nous faisons la connaissance de Charlotte, Alexandre et Antoine (20 mois). C’est une famille française en camping car. Ils dormiront également ici cette nuit.

Punta Tombo
Punta Tombo

Le soleil se couche de plus en plus tard. Nous profitons donc de plus en plus des belles et longues soirées. Lorsque la nuit commence à tomber et que la température baisse, les pingouins se mettent à crier. Leurs cris varient entre le son d’une trompette et le braiment d’un âne. Nous avons droit à un vrai concert pendant plusieurs heures. Nous avons même droit à la visite de pingouins et de guanacos qui viennent tout près d’Idéfix. Voilà encore une belle journée que nous venons de vivre!

Vendredi 30 novembre 2007, le jour se lève sur le site de Punta Tombo. Les touristes ne sont pas encore arrivés. Nous nous levons tôt et entamons notre heure quotidienne d’école tout de suite après le petit déjeuner. Le matin, les enfants parviennent mieux à se concentrer, même s’ils jettent de temps en temps un regard par la fenêtre afin de voir si un pingouin ne vient pas discrètement suivre la leçon.
Il est 10h30. “Ok, l’école est finie, en route.” Nous nous rendons à Camarones d’où une piste longeant la baie nous mène au parc de Cabo Dos Bahias. Le vent s’est levé et le ciel est un peu couvert. Nous décidons malgré cela de faire la visite du site.

Cabo Dos Bahias
Cabo Dos Bahias

Le site est plus petit que celui de Punta Tombo mais la colonie de pingouins est importante et dense. Peu importe où nous posons notre regard, notre champ de vision grouille de palmipèdes en noir et blanc. Des passerelles en bois nous permettent de marcher à quelques centimètres au dessus du territoire des pingouins et de les observer de très près. Les uns reviennent de la mer, d’autres émettent leur cris en allongeant leur cou et en pointant leur bec grand ouvert vers le ciel. D’autres encore, se disputent pour un nid et se frappent avec leur bec. Les pingouins ne semblent nullement effrayés par notre présence. Lorsque Yann et Pauline veulent monter sur la passerelle, un pingouin leur “bloque” le passage. Ce sont plutôt les enfants qui ont peur d’un coup de bec du pingouin. Après de longues minutes d’attente et voyant que l’animal semble ne pas vouloir bouger, nous décidons de passer à côté de lui. Nous avons l’impression de presque l’effleurer. Nous sommes seuls sur le site. Mais le ciel nuageux et le vent glacial font que nous ne profitons pas pleinement de cet endroit magique. Quelques lions de mer se reposent sur les rochers d’une petite île située en face du site, mais ils sont trop loin pour pouvoir les observer avec beaucoup d’intérêt.
Après une demi-heure de visite, nous remontons dans Idéfix pour faire une heure de piste. Peu avant de rejoindre Camarones, nous nous arrêtons sur une petite plage où nous décidons de bivouaquer. L’endroit est agréable. Sophie scrute le moindre mouvement de l’eau dans la baie dans l’espoir d’apercevoir une orque. En vain… les orques manqueront probablement à notre collection de photos d’animaux marins.

Camarones
Camarones

Samedi 1 décembre 2007, au réveil, le soleil brille, le ciel est bleu, la mer est plate comme un miroir et la plage juste à nos pieds. Que demander de plus? Après l’école et quelques moments d’écriture, nous passons le restant de l’après-midi sur la plage avec les enfants. Que du plaisir, nous retrouvons des moments de notre enfance et des instants partagés avec nos enfants, chez nous, à la mer du nord. Nous creusons un grand trou et construisons un château de sable tout en attendant ensuite que les vagues de la mer engloutissent notre souvenir de la Belgique.
Pour Yann, ces jeux sur la plage ne sont pas les seuls bons moments de la journée. Il a (enfin) perdu sa première dent de lait. Il attendait cela depuis un bon bout de temps. Qu’il est fier!

Bosque Petrificado - Sarmiento
Bosque Petrificado - Sarmiento

Lundi 3 décembre 2007, près de Sarmiento, au bout d’une piste de 30 kilomètres se trouve un parc appelé “Bosque Petrificado” ou un parc de bois pétrifié. Il y en a plusieurs en Argentine. Nous garons Idéfix devant la maison du guardaparque et empruntons un petit sentier sur un terrain abrupt et aride. Le vent souffle très fort. Il n’y a pas de végétation pour y faire écran. Sur les flancs des monticules de roches érodées sont éparpillés des tronc d’arbres dont le bois s’est transformé en pierre. Ces troncs se trouvent là depuis plus de 60 millions d’années! A première vue, il s’agît de vulgaires morceaux de bois. Lorsque nous les touchons, par contre, nous sommes forts surpris par la froideur et la dureté du bois. Sous nos pieds les copeaux de bois qui s’entrechoquent font un bruit de cliquetis. Etonnant!
N’ayant aucune envie de refaire 30 km de piste ce soir, nous demandons au guardaparque la permission de loger à l’entrée du site. Il accepte gentiment en nous laissant croire qu’il le fait exceptionnellement. Le soleil se couche, le vent forcit. Les nuages prennent des couleurs spectaculaires, variant entre l’orange et le rose, sur un fond bleu. Un renard s’approche, petit à petit les couleurs ternissent et puis s’éteignent. Bonne nuit.

Mercredi 5 décembre 2007, Nous arrivons à Puerto Deseado et longeons le fleuve en amont. Nous entrons dans la réserve naturelle de Ria Del Deseado. Les petits îlots parsemés sur le fleuve abritent des centaines de goélands et des cormorans. Nous contemplons la scène depuis la rive. Puis, nous retournons en ville afin de nous inscrire pour une excursion en bateau. Ainsi nous pourrons continuer à découvrir ce superbe endroit demain.

Puerto Deseado
Puerto Deseado

Jeudi 6 décembre 2007, nous prenons un bon petit déjeuner avec du pain grillé tartiné de Nutella que Bon papy et bonne mamy nous ont ramené il y a déjà un mois. Ensuite, en route pour l’excursion. Je suis toute excitée, aurons-nous la chance de voir des “toninas overas” (dauphins de Commerson)? J’en ai même rêvé cette nuit…

Puerto Deseado - Ria del Deseado
Puerto Deseado - Ria del Deseado

Nous embarquons dans un grand zodiac avec trois autres personnes. La sortie en bateau se passe sur le Rio Deseado qui fait partie de la réserve naturelle Ria Del Deseado. Le capitaine nous emmène vers l’embouchure de la rivière. Nous observons des centaines de goélands ainsi que des sternes arctiques plongeant à pic dans l’eau. Ils sont en compétition avec les pingouins qui nagent à la surface avant de plonger à la vue du moindre petit poisson.

Puerto Deseado - Ria del Deseado
Puerto Deseado - Ria del Deseado

Soudain, nous apercevons des taches noires et blanches à côté du bateau… les dauphins! Super, ils sont au rendez-vous! Il y en a à tribord, à bâbord, devant la proue, ils jouent, sautent passent sous le bateau et filent comme des flèches lorsque le bateau accélère. Ah, nous sommes comblés de bonheur.

Puerto Deseado - Ria del Deseado
Puerto Deseado - Ria del Deseado

Après ce moment d’exaltation, nous partons vers d’autres rencontres, vers celles de cormorans gris et de cormorans “de roche”. Ils nichent par dizaines sur la falaise. Le cormoran gris nous surprend par sa beauté. Tel son nom l’indique, son plumage est gris, ses pattes et son bec sont rouges et ses yeux d’un bleu perçant. Le cormoran “de roche”, dont nous apprécions particulièrement la position d’atterrissage, nous permet de voir de très près des nouveaux-nés.

Puerto Deseado - Ria del Deseado
Puerto Deseado - Ria del Deseado

Les découvertes ne sont pas terminées, nous naviguons vers une petite île où ont élus domicile des lions de mer. Le bateau s’en approche tellement que nous avons l’impression de pouvoir les toucher. Nous en avions déjà vus mais jamais de si près. Le mâle, droit sur ses pattes avant, semble tenir la garde. Il y a en moyenne 4 à 9 femelles pour un mâle. Si l’on compte tous les jeunes, cela fait une belle famille nombreuse.

Puerto Deseado - Ria del Deseado
Puerto Deseado - Ria del Deseado

Nous finissons la visite de la réserve par un arrêt sur une île où habitent des pingouins de Magellan. Ici, nous les voyons dans un cadre tout à fait différent que précédemment. C’est la première fois que nous nous promenons parmi les pingouins sur la plage. De plus, les paysages sont magnifiques.
Voilà encore une belle journée de découverte de la faune patagonienne.

Puerto Deseado - Ria del Deseado
Puerto Deseado - Ria del Deseado

Le restant de la journée, nous la passons essentiellement sur le net à la recherche d’un cargo pour l’Australie et nous ouvrons nos boîtes à messages en espérant avoir quelques nouvelles de notre famille et de nos amis. Aujourd’hui, tout le monde fête la Saint-Nicolas en Belgique et les fêtes de fin d’année approchent à grands pas. Y aurait-il une petite pointe de nostalgie ou juste l’envie de partager nos moments de bonheur respectifs ?

Vendredi 7 décembre 2007, Feliz Cumpleaños Carlos! Encore une journée de route. La monotonie de la route est interrompue deux fois. Une première fois par un groupe de guanacos qui traversent la Ruta 3 au moment où nous arrivons à leur hauteur et qui m’oblige à freiner sec. Une deuxième fois par un bruit court et sec, provenant de sous le capot, qui nous surprend. Idéfix perd de la vitesse et produit de la fumée noire. “Oh, non, quoi encore?” Heureusement, l’inquiétude ne dure pas longtemps. Le tuyau d’arrivée d’air s’est détaché, je ressers la bague et nous pouvons repartir.
Le vent souffle fort, très fort. Et la pampa, cette grande étendue sans relief et pourvue d’une végétation très basse, ne fait rien pour retenir ce vent contre lequel Idéfix lutte. Le vent vient du sud. Nous dépensons beaucoup de gasoil, la jauge du carburant baisse à vue d’œil. Nous arrivons à Puerto San Julian sans encombres.

Puerto San Julian
Puerto San Julian

Samedi 8 décembre 2007, à Puerto San Julian, là où l’avenue San Martin débouche sur la rive, est ancré une réplique du navire Victoria. Avec ce navire, l’explorateur portugais Magellan a fait escale dans ce port en 1520. Magellan fut frappé par la taille et la force d’un des hommes qu’il rencontra et lui donna le surnom de “Patagon”. C’est ainsi, que Puerto San Julian se dit fier d’être à l’origine du mot “Patagonie”, qui désigne les trois provinces australes de l’Argentine. Si Magellan fut le premier homme de l’histoire à effectuer le tour du monde, nous, par contre, avec notre Idéfix, nous ne sommes certainement pas les premiers à effectuer le “circuito turistico” aux abords de San Julian. Il s’agit d’une piste de 30 kilomètres qui longe la côte et qui nous permet de profiter de quelques belles vues sur la mer, sur des plages, d’apercevoir une île de pingouins et une loberia où les lions de mer brillent aujourd’hui par leur absence.
Nous passons une après-midi agréable mais pas inoubliable. Le vent pousse de gros nuages gris dans notre direction. Nous décidons donc de ne pas bivouaquer sur la plage comme prévu mais de nous mettre à l’abri au camping.

Lundi 9 décembre 2007, nous souhaitons quitter Puerto San Julian et aller au Parc National Monte Leon. Nous quittons le camping vers 11 heures et passons d’abord en ville pour faire quelques courses. Nous y rencontrons une famille allemande en voyage pendant 6 mois avec quatre enfants. Nous échangeons quelques tuyaux et finalement nous nous installons avec Idéfix devant une maison privée où l’on peut capter du Wifi. C’est marrant, tous les jours, nous voyons des étrangers s’installer dans leur véhicule devant cette maison. On se demande pourquoi… Le temps de vérifier nos mails et de mettre le site à jour, il est 16 heures lorsque nous sommes fin prêts pour quitter Puerto San Julian. Mais quel vent sur la route ! Idéfix est continuellement poussé vers la gauche.
Finalement, nous n’allons pas rouler jusqu’au Parc Monte Leon. Nous passons la nuit sur une petite île, appelée “Isla Pavon”, située au beau milieu d’une rivière, à 34 kilomètres du Parc. L’endroit est sympa, c’est une petite oasis dans cette région de steppe relativement aride.

Parque Monte Leon
Parque Monte Leon

Mardi 11 décembre 2007, chouette, nous n’avons pas beaucoup de kilomètres à parcourir aujourd’hui. Nous ne devons affronter ce vent que pendant une demi-heure avant d’entamer la piste qui va vers l’est. Nous traversons une pampa bordée de quelques collines. D’innombrables guanacos nous regardent passer. Yann cherche un puma entre les petits arbustes. Nous faisons un premier arrêt à la “loberia”. Une petite promenade sur une passerelle de 400 mètres nous emmène en haut d’une falaise. De là, nous observons des lions de mer. Les uns se prélassent sur les rochers et les autres essaient de les rejoindre. La roche est très raide et très lisse. Ils s’élancent, prennent appui sur leurs pattes arrière, montent de quelques mètres et… glissent comme sur un toboggan, retombent à l’eau et recommencent le même effort pour enfin, au bout de plusieurs essais arriver en haut où ils pourront se reposer pendant de longues heures.

Parque Monte Leon
Parque Monte Leon

Le prochain arrêt est à la “Isla Del Guano”. Nous y voyons de loin deux colonies de centaines de cormorans impériaux. Au début du siècle dernier, les hommes ramassaient les excréments (guano) de ces oiseaux afin de les revendre aux industries chimiques qui en extrayaient des composants. Les visites fréquentes de ces ramasseurs de guano mettaient en péril la vie de cette colonie et d’autres oiseaux qui nichaient sur cette île. En 1994, la province de Santa Cruz nomma cette île “réserve provinciale”, ce qui mit définitivement un terme au ramassage des excréments. Ainsi, la survie de la colonie des cormorans impériaux était assurée. Nous poursuivons notre route car il y aurait encore de jolies choses à voir. Entre autres, une grotte uniquement accessible à marée basse.
Nous partons faire une promenade sur la plage. Les galets de la plage montrent une multitude de couleurs. Il y en a qui sont blancs ou beiges, mais d’autres sont verts ou rouges. Un pingouin égaré sort de l’eau et marche vers nous sur deux mètres en se balançant. Puis, il semble se rendre compte qu’il n’est pas au bon endroit et il replonge dans la mer.

Parque Monte Leon
Parque Monte Leon

Vers 18 heures, heure de la marée basse, Damien, Yann et Pauline partent à la découverte de la grotte. Une heure plus tard, ils reviennent bredouilles… ils n’ont pas trouvé la grotte! Ils se sont promenés jusqu’au pied de la Isla Del Guano. Au retour, Damien va se renseigner chez le guardaparque. La grotte s’est effondrée il y a un an ! Voilà le mystère de la grotte élucidé.

Ce soir, malgré que le vent souffle de plus en plus fort, Damien prépare la viande “a la plancha”. La viande argentine cuite à la poêle est bonne, mais grillée au feu de bois, elle est absolument succulente! Le repas terminé, les enfants couchés, nous sortons et profitons de cette belle soirée. Il est 21h30 et il fait toujours clair. Cette nuit, nous sommes bercés dans Idéfix qui bouge au rythme de ce vent incessant.

Mercredi 12 décembre 2007, hier soir, le vent s’est couché bien après 22 heures, ce matin, il faisait clair à 5 heures. Le soleil brille mais le vent souffle toujours, il soulève d’énormes nuages de sable. Lorsque nous pointons notre nez dehors, tous nos orifices se remplissent de ces petits grains. Difficile de profiter pleinement de cet endroit dans ces conditions. Dommage, nous quittons le parc et retournons sur l’ile Pavon afin de nous abriter du vent. Heureusement qu’il n’y a que 30 kilomètres à faire car nous ne nous sentons pas très à l’aise. Le vent souffle tellement fort qu’il fait faire des zigzags à Idéfix. Les derniers mètres sur le pont nous effrayent ! Au camping, nous retrouvons Marcel et Marie, rencontrés à Cusco, au Pérou, ainsi que la petite famille allemande de Dos Bahias. Je leur raconte mes craintes qu’Idéfix puisse se renverser à cause du vent. Sur la route, Damien me rassure en me disant que c’est impossible. Mais Marcel, qui a bien plus d’expérience que nous, nous dit le contraire ! Ouf, nous avons bien fait de venir nous abriter ici. En cet instant précis, nous écrivons nos carnets de route.

Jeudi 13 décembre, étape à Rio Gallegos. Quel plaisir de rouler sans être continuellement poussé par le vent ! Idéfix avale rapidement les kilomètres. Arrivés à Rio Gallegos, nous vérifions nos mails et achetons le stricte minimum dans un “mercado”. Après-demain, nous passerons la frontière chilienne et il est interdit d’entrer au Chili avec des fruits, des légumes, de la viande, de la charcuterie, du fromage, etc.
Nous devons donc manger nos produits frais tant que nous sommes sur le sol argentin.

Petite anecdote de Pauline : “Maman, je peux avoir un morceau de fromage, s’il te plaît?”
“Pauline, tu en as dans ton sandwich.”
“Mais non, maman, je voudrais un morceau de fromage en liberté! ”

Vendredi 14 décembre 2007, au sud de Rio Gallegos, la pampa change d’aspect. Les petits buissons verts disparaissent et font place à d’immenses étendues d’herbe sèche. Nous ne pouvons nous empêcher de nous imprégner de ce décor patagonien. Le ciel bleu est soutenu par une armée de petits cumulus touffus. Mais dans la même journée, le ciel peut se charger de nuages gris lourd et menaçants. Le vent souffle fort et sans interruption. Sans doute un gaucho solitaire est-il en train de préparer un feu pour son repas du soir, mais nous ne le voyons pas. Les étendues des prairies sont trop grandes. Mais qui a bien pu installer ces milliers de kilomètres de clôture séparant les terres de la route ?

Laguna Azul
Laguna Azul

Ce soir, nous logeons à côté de la “Laguna Azul“. Ce petit lac à l’eau claire est un lac volcanique situé dans le cratère d’un volcan complètement affaissé. Des oiseaux survolent le lac en poussant des cris semblables à un klaxon de vélo. Ce sont des “Bandurrias” (une espèce d’ibis au long cou jaune).

 

De La Rioja à Mendoza (Argentine) - 8/11/07 au 14/11/07

Jeudi 8 novembre 2007, avant de faire un saut de puce vers la frontière chilienne afin de renouveler notre visa pour l’Argentine, nous nous arrêtons dans la province de San Juan. Nous y visitons le Parc Provincial d’Ischigualasto. Le parc est situé dans une région désertique et est l’un des rares endroits au monde où l’on peut observer la géologie de l’ère du triasique (donc d’il y a 250 millions d’années), mise à nu par les mouvements de terrain dus au déplacement de la Cordillère des Andes.

Parque Provincial Ischigualasto
Parque Provincial Ischigualasto

Idéfix traverse le parc en suivant un convoi de véhicules. Un guide, assis dans le véhicule en tête de convoi, s’arrête par endroits afin de nous montrer des rochers aux formes spectaculaires ou des fossiles de plantes prisonnières de la roche. Des chercheurs ont déterré ici des dizaines de squelettes de dinosaures. Ces derniers, malheureusement pour nous, ont été envoyés dans les musées aux quatre coins du monde.

Après la visite du parc, nous nous rendons dans la province de La Rioja, vers le Parc National Talampaya. Ce parc, jumelé avec celui d’Ischigualasto a été classé au Patrimoine Mondial de l’Humanité par l’Unesco. Nous logeons à l’entrée du parc en attendant d’en faire la découverte demain matin. Un renard semble s’intéresser à nous et passe la soirée à nous observer.

Parque Nacional Talampaya
Parque Nacional Talampaya

Vendredi 9 novembre 2007, les photos des parois rouges du canyon de Talampaya nous avaient déjà impressionnés lorsque nous les avions aperçues dans un guide de voyage. Et nous n’avons pas été déçus de voir de nos propres yeux ces murs gigantesques de roche rouge qui s’élancent vers le ciel. D’un côté du canyon la roche taillée par le vent forme un édifice, surnommé “la cathédrale”. Un peu plus loin, le vent a creusé un cylindre sur toute la hauteur de la falaise. Ce cylindre, à partir duquel nos voix font résonner un écho impressionnant est surnommé “la cheminée”. Un condor est niché au-dessus de nous. Sur le chemin du retour nous surprenons un groupe de guanacos (sorte de lama qu’on peut observer dans cette partie de l’Argentine).

Guanacos
Guanacos

Ce soir, nous logeons à San Augustin de Valle Fertil. Drôle de nom pour un village situé dans une région si aride et dénuée du moindre champ ou verger.

Samedi 10 novembre 2007, avant de continuer notre route vers Mendoza, nous faisons une petite halte à Vallecito, à 60 kilomètres de San Juan. Nous y visitons le sanctuaire de la “Difunta Correa”.

Sanctuaire de la Difunta Correa
Sanctuaire de la Difunta Correa

L’histoire raconte que cette femme, portant son bébé dans les bras, était partie à la recherche de son mari pendant que le pays était en guerre. Sa quête fut longue et difficile et Correa finit par mourir de faim. Lorsqu’on trouva son corps quelques jours plus tard, on cria au miracle parce que le bébé était toujours en vie, tétant au sein de sa maman défunte. Depuis, les argentins vouent un véritable culte à la défunte Correa. Un sanctuaire a été érigé à l’endroit où Correa fut retrouvée et celui-ci est devenu un important lieu de pèlerinage. Les argentins viennent y confier leur destin à la Difunta Correa. Ainsi, ils lui demandent la protection de leur famille, de leur maison, de leur voiture, etc… Pour ce faire ils lui offrent des maquettes de leur maison, des plaques de voiture, des pots d’échappement, des trophées de championnats de football et des photos de famille, pour ne citer que quelques exemples. Tous ces objets sont entreposés au sanctuaire et plusieurs chapelles supplémentaires ont dû y être construites afin de contenir toutes ces merveilles qui continuent de s’accumuler. L’une de ces chapelles sert d’étalage à des centaines de robes de mariée. Par-ci par-là, un vieux plâtre pend aux murs, accompagné d’une petite inscription qui remercie la défunte Correa pour la guérison d’une jambe cassée.

Nous rencontrons d’ailleurs fréquemment des petites chapelles, dressées aux bords des routes argentines en l’honneur de la défunte Correa. Les chapelles sont parfois cachées derrière d’énormes monticules de bouteilles en plastique, remplies d’eau. Celles-ci ont été déposées par des adorateurs, afin d’assouvir la soif de la défunte Correa dans l’au-delà.

Il existe un autre personnage auquel les argentins vouent un culte similaire. Il s’agit de “Gauchito Gil”, dont nous vous parlerons sans doute une autre fois.

Dimanche 11 novembre 2007, nous passons notre dimanche sur un terrain de camping dans la ville de Mendoza. Ainsi nous profitons du soleil et nous nous amusons à observer les argentins qui préparent leurs barbecues en famille autour de nous. Nous attendons la tombée de la nuit et le retrait des argentins pour en faire de même. Nous mettons la musique à tue-tête et dansons avec les enfants.

Mendoza
Mendoza

Lundi 12 novembre 2007, le bus nous dépose dans le centre-ville. La ville de Mendoza est la quatrième plus grande ville d’Argentine et n’est certainement pas la moins agréable. Nous flânons dans les rues piétonnes et sur les petites places fleuries de la ville. La Plaza España est recouverte d’un dallage décoré de dessins de bateaux et de poissons. Une fresque rend hommage à Christophe Colomb, l’homme qui a découvert l’Amérique sans se douter qu’il serait à l’origine d’une invasion cruelle et dévastatrice de ce continent où différents peuples et cultures étaient déjà bien ancrés.

Mendoza
Mendoza

Mardi 13 novembre 2007, la province de Mendoza étant à l’Argentine ce que la région de Bordeaux est à la France, nous ne pouvions omettre de rendre une petite visite à l’une des “bodegas” situées dans le quartier Maipu, à l’est de la ville. Nous choisissons de nous rendre à la “Bodega La Rural” parce qu’en plus d’offrir une visite guidée de ses chais, cette bodega présente également un petit musée du vin.
La bodega possède 250 hectares de vignes. Les pieds de vigne sont aménagés de telle façon que leurs feuillages se rejoignent pour faire comme un petit toît, protégeant les grappes du soleil éclatant. Les sommets enneigés de la Cordillère des Andes, dominant les étendues de terres et de vignes, forment un tableau haut en couleurs et de profondeur. Et le vin … n’est pas mauvais.

Mercredi 14 novembre 2007, nous revoilà dans la montagne. Le poste de frontière entre l’Argentine et le Chili se trouve sur la Cordillère des Andes, à hauteur du col appelé “Paso de San Fransisco“. Cette route transfrontalière est depuis longtemps jonchée d’une voie ferrée, dont nous entrevoyons les vestiges tout au long de notre ascension. A l’époque, il fallait passer à une altitude de 4000 mètres, au pied de la statue du “Christ Rédempteur”, afin de passer de l’autre côté. Aujourd’hui, il suffit de traverser la montagne, à 3000 mètres d’altitude, grâce au tunnel de 3 kilomètres de long qui a été aménagé par les deux pays.

Paso San Fransisco
Paso San Fransisco

Nous remplissons les formalités à la douane. A la sortie du poste de douane nous avançons de dix mètres, puis faisons demi-tour et, quelques kilomètres plus loin, remplissons les formalités pour rentrer en Argentine. Ainsi, notre visa argentin est prolongé de trois mois.

Parque Provincial Aconcagua
Parque Provincial Aconcagua

Sur la route descendante, nous nous arrêtons au Parc Provincial Aconcagua. Nous y faisons une petite promenade. La vue sur le Cerro Aconcagua, la montagne la plus haute du monde après celles de l’Himalaya, est splendide. Nous marquons un autre arrêt à hauteur du “Pont de l’inca“, un pont de sel qui s’est formé au-dessus du Rio Aconcagua, grâce à l’évaporation de l’eau chargée de sel et de souffre. Ce seraient des incas qui auraient intentionnellement canalisé l’eau vers cet endroit afin d’y créer ce pont “naturel”.

En fin d’après-midi, nous nous posons à Uspallata, l’endroit d’où nous étions parti ce matin. Cet aller-retour nous a fait découvrir une jolie route et des nouveaux sites insolites. Nous sommes ravis de notre journée, utile et agréable.

Puente del Inca
Puente del Inca

 

Cordoba en famille (Argentine) - 14/10/07 au 6/11/2007

Dimanche 14 octobre 2007, aujourd’hui nous tournons la barre à 180 degrés et remontons vers le nord. Bien malin celui qui pourrait anticiper nos mouvements en examinant notre itinéraire depuis le début du voyage, car celui-ci défie toute logique. Si nous interrompons notre descente vers le sud de la Patagonie, c’est parce que nous avons une très bonne raison de le faire. En effet, les parents de Sophie débarquent à Cordoba dans une semaine et nous allons y passer une dizaine de jours ensemble. Nous irons également rendre visite à Virginia, la cousine de Sophie, qui habite dans la région.

En quittant la Péninsule de Valdes, nous faisons un dernier au revoir aux baleines depuis la plage Las Canteras, puis piquons vers le nord. Nous passons une nuit à Las Grutas et en profitons pour faire un petit coucou à Els, comme nous nous l’étions promis.

Réparation de l'amortisseur à Cordoba
Réparation de l'amortisseur à Cordoba

Jeudi 18 octobre 2007, Après trois jours de route nous entrons dans la ville de Cordoba avec deux idées en tête. La première, d’ordre pratique, est d’emmener Idéfix dans un garage Fiat afin de faire réparer enfin ce problème sur la roue avant gauche qui provoque des “doink doink” et nous fait mal au cœur et aux oreilles depuis deux mois. La seconde, d’ordre sentimental, est de filer tout de suite vers Jesús Maria afin de rencontrer Virginia et sa famille.

Le garagiste Fiat nous accueille aimablement. Cependant, Idéfix ne peut entrer dans l’atelier à cause de la trop forte dénivellation. Les mécaniciens sortent tout leur matériel et se mettent à déboulonner Idéfix sur le trottoir. Le diagnostic est on ne peut plus clair : l’amortisseur gauche est cassé. Il fait dire que nous nous en doutions quand même un peu. Deux mécaniciens mettent la main à la pâte. Ils en profitent de temps à autres pour prendre une petite photo de notre “casa rodante”ou demandent un “avis” à leurs autres collègues, tous aussi avides de jeter un petit coup d’œil à notre motorhome. Au bout de six heures, alors que tout le personnel du garage est venu pointer son nez curieux sous et au-dessus de notre châssis, nous pouvons repartir. Idéfix est tout a fait retapé et glisse sur la route tel un champion de ski dans la poudreuse. Bonne chose de faite !

Aux alentours de 18 heures, nous arrivons à Jesús Maria et passons le portail du camping “Los Nogales”. Virginia et son mari, Carlos, sont les gérants du camping. Voyant entrer un motorhome avec une plaque belge, il ne leur faut pas beaucoup de temps pour réaliser qui nous sommes. Virginia a quitté la Belgique il y a trente ans, mais elle était au courant de notre voyage et savait que nous viendrions lui dire bonjour un jour ou l’autre.

Les retrouvailles et les présentations sont émouvantes et chaleureuses. Les quatre enfants de Virginia – Maria, Angela, Sophia et Valentin – prennent Yann et Pauline par la main. Carlos nous indique la meilleure place du camping. Nous avons tant de choses à nous raconter. Ca tombe bien, nous avons tout notre temps …

Jesus Maria
Jesus Maria

Vendredi 19 octobre 2007, l’accueil de Virginia et Carlos est si chaleureux que nous nous sentons déjà comme chez nous. Nous passons des heures à discuter pendant que les enfants jouent ensemble. Carlos est un roi de la cuisine et nous prépare en “asado” (grillade) une viande d’une telle saveur que le souper ne demande ni légumes ni pommes de terre, … pourvu qu’il y a ait un petit verre de vin. Les journées défilent, l’amitié nous lie, les grillades s’enchaînent, les soirées se prolongent, les enfants dégustent, les cousines ne se lâchent plus, les hommes se tiennent par l’épaule et observent en silence.

Les argentins sont débrouillards. C’est ainsi que Carlos fait venir un de ses amis, afin qu’il puisse jeter un coup d’œil à notre ordinateur défectueux. Trois jours plus tard, notre ordinateur est réparé et nous avons récupéré toutes nos photos. Quel soulagement.

Jesus Maria
Jesus Maria

Nous apprenons qu’en Argentine il existe au moins 365 façons de découper ou de cuisiner la viande du bœuf - une pour chaque jour de l’année – et chaque découpe porte un nom différent. C’est à en perdre son latin. Entre-temps, Yann et Pauline apprennent des mots français aux enfants de Virginia et usent eux-mêmes du “vamos !” et du “Que tal ?” lorsqu’ils veulent attirer l’attention de ces derniers. Ce sont des moments délicieux.

Nous faisons la connaissance d’autres argentins. Ces rencontres nous permettent de renforcer notre opinion concernant les points principaux caractérisant les argentins. Ils sont accueillants, bon vivants, débrouillards et sont toujours prêts à s’entraider. Nous leur attribuons néanmoins deux petits défauts qui ne manquent pas de nous faire sourire. Premièrement, ils sont très curieux et adorent entamer la conversation afin d’en savoir un peu plus sur notre petite famille, notre provenance et notre maison roulante. Deuxièmement, l’argentin, qui est un campeur né, adore installer son campement, son barbecue et sa radio qui marche à tue-tête le plus près possible d’autres campeurs. La beauté de la vue et la tranquillité n’a aucune importance pour lui, pourvu qu’il puisse profiter de la compagnie et de l’intimité d’autres campeurs. Mieux vaut donc éviter les campings argentins en week-end…

Jeudi 25 octobre 2007, les parents de Sophie atterrissent à l’aéroport de Cordoba. Toute notre petite famille de nomades avait décompté les jours précédents les retrouvailles depuis plusieurs semaines, et voici maintenant qu’ils franchissent la porte des arrivées. Après les embrassades poignantes, nous invitons papa et maman à prendre place dans Idéfix et à partager notre mode de vie le temps de nous rendre à La Paz, au nord de Cordoba, où nous passerons quelques jours à l’hôtel. Nous passerons une dizaine de jours ensemble. Il faut bien ça pour se raconter tout ce que nous avons vécu respectivement durant ces six derniers mois. Yann et Pauline sont tout aussi excités que nous.

Le soir, nous retrouvons la famille de Carlos et Virginia et partageons un délicieux repas. Peu importe qu’on parle français ou espagnol, les sujets de conversation ne manquent pas.

Jesus Maria
Jesus Maria

Samedi 27 octobre 2007, la région de Cordoba est très jolie. Il y a beaucoup de verdure et les terres sont cultivées. Les abords des routes sont soignés. Nous traversons plusieurs quartiers résidentiels qui n’ont rien à envier aux quartiers huppés de Bruxelles ou de Knokke-Le-Zoute. Idéfix hisse ses six passagers sur les colines à l’ouest de Cordoba, traverse des paysages de roches et de ruisseaux et nous dépose à Villa Merlo, petite bourgade tranquille au doux microclimat.

Quebrada del Condorito
Quebrada del Condorito

Il y a peu de choses à visiter dans la région mais nous profitons du calme et des retrouvailles avec les parents de Sophie. Quelques jours plus tard nous passons par la Quebrada del Condorito, d’où nous profitons d’une vue panoramique sur la vallée avoisinante. Malheureusement, nous n’avons pas la chance d’apercevoir un condor survoler notre mirador de ses ailes à l’envergure impressionnante.

La Cumbrecita
La Cumbrecita

Nous passons les trois derniers jours de notre séjour ensemble à Villa General Belgrano. Cette ville a été colonisée après la guerre par quelques allemands et ressemble assez fort à une station de ski. Evitant les choucroutes garnies et les apfelstrüdel, nous parvenons néanmoins à dénicher un excellent restaurant, servant un délicieux vin rouge de la région de Mendoza. Avides de visiter le coin, nous décidons de nous orienter vers La Cumbrecita, petit village isolé, situé dans un creux d’une région montagneuse et boisée de pins. L’aspect tyrolien du village nous surprend un peu et dénote avec ce que nous connaissions de l’Argentine. Si ce lieu touristique est l’un des endroits de prédilection des argentins, nous de notre côté, préférons profiter d’une jolie balade aux alentours du village, le long de ruisseaux et de petites cascades.

Dimanche 4 novembre 2007, déjà le jour des au revoir. Maman et papa reprennent la route des airs. Quel plaisir de vous avoir revus. Bon voyage! Notre petite famille reprend sa place dans Idéfix et nous retournons nous consoler du départ de maman et papa chez Virginia et Carlos. Nous y resterons quelques jours, puis reprendrons la route vers de nouvelles aventures.

Jesus Maria
Jesus Maria
 

La Péninsule de Valdes et alentours (Argentine) - 24/09/07 au 14/10/07

Lundi 24 septembre 2007, nous arrivons enfin à la côte, plus précisément à Balnéario El Condor. C’est un joli petit village mais il n’y a quasi personne, tout est fermé. Apparemment, les argentins y viennent en vacances en été. Lors d’une petite balade sur la plage, nous observons des centaines de perroquets qui nichent dans la falaise. Celle-ci est haute de plusieurs dizaines de mètres et longue de plus de 100 kilomètres. Les perroquets volent par centaines et jouent dans le vent. Yann et Pauline s’amusent en sautant d’un rocher à l’autre. Le phare qui surplombe l’océan depuis le haut de la falaise est le phare le plus ancien d’Argentine.
Ce soir, nous dormons sur la digue, avec vue sur mer… le bonheur.

Balneario El COndor
Balneario El COndor

Mardi 25 septembre 2007, nous nous levons de bonne heure. Aujourd’hui nous souhaitons aller à la Loberia, lieu où nous pouvons voir des lions de mer. Nous empruntons une piste de plusieurs kilomètres.

La Loberia
La Loberia

Arrivés sur place, nous avons tous les quatre la même réaction:”WAW!”. Il y a des milliers de lions de mer! Ils vivent en bas des falaises et nous pouvons bien les observer du haut. Il y a des mâles avec des poils tout autour de la tête, des femelles et des jeunes. Nous observons leur comportement sur la terre et dans la mer, leurs jeux, leurs “batailles”, ainsi que leurs cris assourdissants pendant plus de deux heures.

La Loberia
La Loberia

Après cette jolie et impressionnante visite, nous partons vers Las Grutas. C’est une petite ville située en bord de mer également. Nous y arrivons vers 18 heures, un peu avant le coucher du soleil. Nous cherchons un bel endroit le long de la plage pour y passer la nuit. Nous regardons la mer et… des dauphins!! Génial. Nous les regardons sauter au loin. Ce soir, il n’y a pas deux enfants qui regardent la mer avec émerveillement, mais quatre!

Mercredi 26 septembre 2007, nous ouvrons les stores d’Idéfix dès le lever du soleil. Le ciel est couvert de couleurs pastelles, des dauphins sautent au loin et une baleine fait la belle. Quel spectacle!

Au moment où nous nous apprêtons à partir, une voiture s’arrête à côté de nous. Une fille vient à note rencontre. Ayant vu notre plaque d’immatriculation elle nous dit qu’elle est également belge. Elle vit ici avec son copain argentin. Ils sont tous les deux biologistes et ils ont fondé une association d’observation et de protection des dauphins (www.marybio.org) dans cette baie. Els et Alejandro n’ont pas beaucoup de temps car ils doivent reprendre leur ronde d’observation. Avant de nous quitter, ils nous proposent de venir manger chez eux ce soir. Nous ne pouvons refuser une invitation aussi chaleureuse. Après une journée de cybercafé, d’école et de balade sur la plage, nous nous retrouvons chez Els et Alejandro devant une parilla dont seuls les argentins ont le secret.

La Grutas
La Grutas

Ils nous font part des bons coins aux alentours de la Péninsule de Valdes, nous parlent de leur fondation et s’intéressent à nos récits de voyage. Nous passons un bon moment. Après ce délicieux repas, nous prenons congé de nos hôtes et amis d’un jour… à moins que nous ne repassions encore plus tard. En tout cas, Yann et Pauline sont décidés, plus tard ils seront spécialistes de dauphins, de baleines et d’orques.

Jeudi 27 septembre 2007, nous arrivons en fin d’après-midi à Puerto Madryn, dernière grande ville avant d’entrer dans la parc de la Péninsule de Valdes. Cinq baleines font des galipettes dans la baie du port. Yann, ancien futur pompier et nouveau futur spécialiste d’animaux marins, prend note du nombre de baleines que nous apercevons.

Vendredi 28 septembre 2008, ce matin, nous effectuons quelques “obligations”, trouver du produit pour la toilette, faire des courses au mercado, prendre de l’essence et essayer de trouver un livre sur les animaux de la Patagonie. Une fois toutes nos tâches terminées, nous partons visiter “l’Ecocentro” de Puerto Madryn. Ce centre, bien conçu, fournit des explications sur la géologie, la faune et la flore de la Péninsule de Valdes. C’est ainsi que nous apprenons à mieux différencier les éléphants de mer (de la famille des phoques) et les lions de mer (de la famille des otaries). Une salle entière est dédiée à la baleine franche australe. Celle-ci vient dans les baies de la Péninsule de Valdes pour mettre bas et pour y pouponner son baleineau.

Playa Doradillo
Playa Doradillo

Après cette visite fort instructive, nous quittons Puerto Madryn et roulons vers “Playa Doradillo”. Nous garons Idéfix sur la plage et partons faire une petite balade le long de l’eau. Comme prévu, il y a quelques baleines qui longent la plage à quelques dizaines de mètres. Il nous semble également voir flotter une baleine morte sur laquelle les mouettes et les cormorans se régalent. Peut-être échouera-t-elle cette nuit sur la plage?
Dès la tombée de la nuit, nous entendons pour la première fois le “rugissement” des baleines. C’est un bruit fort et impressionnant.

Playa Doradillo
Playa Doradillo

Samedi 29 septembre 2007, avant de reprendre la route nous décidons d’aller voir si la baleine a échoué sur la plage. Effectivement, nous découvrons une énorme masse. La baleine nous semble être morte depuis un bon bout de temps. C’est un mâle et il nous semble bien plus maigre que ceux que l’on a déjà pu apercevoir en mer. De plus, sa peau est fort abîmée.

Playa Las Canteras
Playa Las Canteras

Nous ne nous y attardons pas très longtemps et partons vers une autre plage “Playa Las Canteras”. Dès notre arrivée nous y apercevons des baleines à 10 - 15 mètres de la plage. Durant toute l’après-midi nous y observons le ballet des baleines. La plupart sont là avec leur baleineau. Les baleineaux suivent tout le temps leur mère et les imitent. Quand la maman se met sur le dos et nous montre son ventre blanc, le baleineau essaie inlassablement de faire pareil. Ca ne semble pas évident et s’en suivent donc d’innombrables pirouettes. Le petit imite tout, les tapes des nageoires et de la queue sur l’eau, le poirier et plus rarement les sauts. Souvent, les deux baleines nagent côte à côte pendant des heures. Lorsque le petit semble s’ennuyer, il se met à jouer en faisant des mouvements dans tous les sens. Tout cela, bien sûr, au grand bonheur des spectateurs que nous sommes.

Playa Las Canteras
Playa Las Canteras

Yann et pauline lancent des cailloux dans l’eau en disant:”Nous sommes des spécialistes des baleines et quand nous lançons des pierres nous les attirons plus près de la plage.” Hasard ou non, les baleines s’approchent de plus en plus de nous. Yann exprime un seul regret, c’est que Matheo et Zoya, ses cousins, ne soient pas là pour regarder les baleines avec lui.
Nous décidons de passer la nuit ici et de nous laisser bercer par le bruit des baleines.

Playa Las Canteras
Playa Las Canteras

Dimanche 30 septembre 2007, Joyeux anniversaire Bonne Mamy. Nous sommes arrivés au parc provincial de la Péninsule de Valdes. Nous passerons une nuit à Puerto Piramides afin de pouvoir nous approcher encore plus des ces animaux marins si fascinants en faisant une excursion en bateau.

Excursion en bateau depuis Puerto Piramides
Excursion en bateau depuis Puerto Piramides

A 16 heures nous embarquons sur un bateau. Il n’y a pas de ponton. Le bateau se trouve sur une remorque sur la plage. Lorsque tous les passagers sont montés à bord, un tracteur pousse la remorque dans l’eau jusqu’à ce qu’il y ait suffisamment de fond pour le bateau. Nous avons de la chance, nous sommes 15 sur un bateau de 40 places.

Au bout de quelques minutes à peine, nous nous approchons d’une baleine et de son petit. Le capitaine coupe le moteur du bateau et laisse le courant nous pousser doucement près de ces mammifères. La baleine et son petit frôlent le bateau. Le baleineau, qui aime jouer, plonge sous le bateau. Et, soudain, probablement par manque d’expérience, il tape à plusieurs reprises sous la coque avec sa queue. Même si ce n’est qu’un baleineau, ça secoue! Effrayés, la maman et le petit prennent la fuite. Yann et Pauline, nullement apeurés, semblent tout aussi fascinés que nous.
En début de soirée, nous rejoignons Idéfix. J’en connais quatre qui vont rêver de baleines cette nuit.

Playa Pardelas
Playa Pardelas
Playa Pardelas
Playa Pardelas
Playa Pardelas
Playa Pardelas

Du lundi 1 octobre au dimanche 7 octobre 2007, nous quittons Puerto Piramides sans regret et empruntons une petite piste qui mène vers Punta Pardelas. Nous nous garons au bord de la plage du même nom, sur un plateau de roche. A marée haute, l’eau monte jusqu’au bord de ce plateau rocheux et les baleines s’en approchent sans gêne car l’eau y est profonde. Depuis notre “terrasse”, nous admirons le spectacle sans fin de baleines qui défilent sous nos yeux. Ici, il n’y a pas de sable blanc, ni de cocotiers, pas de petites sources d’eau douce, ni de fruits à cueillir à bout de bras. Pourtant, à nos yeux, c’est cet endroit-ci qui est à qualifier de paradis.

Playa Pardelas
Playa Pardelas

Nous nous baladons sur la plage et écoutons les chants des baleines au coucher du soleil. Les enfants jouent avec Camille et Marine, deux petites françaises qui bivouaquent ici également avec leurs parents en camping-car. Sophie s’arme de l’appareil photo et de la caméra et part en balade, dans l’espoir de figer sur pellicule le énième saut de baleine, d’un peu plus près à chaque fois. Je m’installe sur les rochers et je rédige mes carnets de route. De temps en temps, l’apparition d’une baleine me sort de mon écriture. Je cherche de l’inspiration et mon regard se perd à l’horizon.

Playa Pardelas
Playa Pardelas
Péninsule de Valdès - Caleta Valdes
Péninsule de Valdès - Caleta Valdes

Lundi 8 octobre 2007, aujourd’hui, nous empruntons l’une des trois pistes qui parcourent la Péninsule de Valdes afin de nous rendre à son extrémité est. A hauteur de Caleta Valdes, nous observons une petite colonie de pingouins de Maghellan. Celle-ci a élu domicile dans des espèces de terriers sur la dune. Pauline, qui a une affection particulière pour les pingouins, s’amuse de les voir plonger dans l’eau, de les entendre émettre des petits cris le cou étiré et le bec pointé vers le ciel, de les voir s’abriter du vent froid dans leur terriers de sable.

Péninsule de Valdès - Punta Cantor
Péninsule de Valdès - Punta Cantor

A quelques kilomètres de là, nous nous arrêtons à Punta Cantor, d’où nous pouvons observer des éléphants de mer couchés sur la plage. Yann reconnaît tout de suite ces créatures un peu bizarres car elles apparaissent dans le film “Happy Feet”, son dessin animé préféré. Difficile d’imaginer que ces animaux, à la physionomie disproportionnée et au comportement hilare existent réellement. Les mâles sont affublés d’un organe nasal qui ressemble à une trompe d’éléphant sectionnée. Leur cri ressemble à un long rot. Appartenant à la famille des phoques, ils se déplacent de la même façon, s’appuyant sur leurs pattes avant et traînant le reste du corps derrière eux. Lorsqu’un de ces mâles, lourds de quatre tonnes, se met à piquer un sprint, sa masse ondulante peine à avancer. Au bout d’une dizaine de mètres et à bout d’effort, l’animal s’effondre sur le sable, avec un bruit sourd, afin de reprendre son souffle. A côté de ce spectacle hilarant, les éléphants qui viennent de naître tètent leur mère et dorment à longueur de journée. Un peu à l’écart, nous apercevons deux molosses qui ont certainement dû se battre car ils sont couverts de sang et restent allongés, inertes, sur le sable.

En convoi vers Playa Pardelas
En convoi vers Playa Pardelas

Nous continuons notre route et passons par Punta Delgada où une autre colonie d’éléphants de mer peut être observée du haut de la falaise. Ce soir, nous dormirons au camping de Puerto Piramides afin d’y faire le plein d’eau et de provisions. Lorsque nous arrivons au village et que nous nous arrêtons pour remplacer notre bombonne de gaz, nous voyons soudain apparaître Philippe, Nassera, Lucas et Orian ainsi que Nicolas et Jessica. Quelle surprise de retrouver tout ce joyeux monde avec qui nous avons passé de bons moments à Salta. Demain, nous partirons en convoi vers la plage de Pardelas.

Playa Pardelas
Playa Pardelas

Du mardi 9 octobre au dimanche 14 octobre 2007, Il commence à faire plus froid. Les baleines sont plus timides et se montrent un peu moins. Les enfants passent leurs journées à jouer avec Lucas et Orian. Nous passons notre soirée sur la plage avec nos amis français et attendons les baleines en sirotant une caïpirinha. D’autres jours, les baleines reviennent à l’assaut et nous gâtent de splendides sauts et de cabrioles. Nous ne nous en lassons pas et nous nous disons qu’il faudra pourtant bien un jour quitter cet endroit et reprendre notre route.

Playa Pardelas
Playa Pardelas

Au soir du dernier jour sur notre plage, un petit incident vient perturber notre bonne humeur: notre ordinateur refuse de démarrer. Nous sommes pris d’un moment de panique. Nous n’avons pas pris de back up depuis plus d’un mois et nous craignons avoir perdu les centaines de photos stockées sur notre ordinateur. Nous essaierons de le faire réparer à Cordoba. Nous avons de toute façon prévu d’aller à Jesus Maria, situé au nord de Cordoba, pour rendre visite à Virginia, la cousine de Sophie, et à sa famille. C’est aussi à Cordoba que nous accueillerons les parents de Sophie qui viendront nous rendre visite. Au revoir Pardelas, Au revoir baleines, pingouins et éléphants de mer. Nous levons l’ancre.

Playa Las Canteras
Playa Las Canteras
Playa Pardelas
Playa Pardelas

PS : Le petit incident est déjà oublié, car comme vous pouvez le constater nous avons récupéré nos photos.

 
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