Au plaisir …

… d’emmener nos enfants voir le monde …

Le Blog

La côte patagonienne (Argentine) - 20/11/07 au 15/12/07

Mardi 20 novembre 2007, nous voilà de retour à l’endroit que nous avions quitté il y a plus d’un mois pour remonter à Cordobà, pour y revoir papa et maman et pour rencontrer Virginia et sa famille : la Péninsule de Valdes et alentours ! Nous y étions tellement bien, nous y avons vécu de beaux moments et vu des centaines de baleines. Y aura-t-il encore des baleines?
Il est 16h00 lorsque nous arrivons au camping de l’ACA et nous y retrouvons Jess et Nico. Il y a également d’autres voyageurs français. Ce soir au menu, bien évidemment, un asado. Nous pensions rejoindre la plage de Punta Flecha demain mais nous apprécions la compagnie de Jess et Nico. Nous décidons de rester ici un peu plus longtemps.

Petrel sur Punta Flecha
Petrel sur Punta Flecha

Du vendredi 23 au dimanche 25 novembre. Chouette, nous quittons Puerto Madryn et allons passer un jour ou deux sur la plage près de Punta Flecha.
Nous retrouvons la piste sans problème. Arrivés sur place, nous contemplons l’océan pendant de longs moments, mais aucune baleine en vue. Apparemment, les baleineaux ont pris suffisamment de force pour partir avec leurs mères vers les eaux froides du sud. Néanmoins, nous aimons cet endroit, son calme et la vue sur la mer. A défaut de pouvoir prendre des photos de baleines, nous en prenons de “petrels”, grands oiseaux qui volent juste au-dessus des vagues et qui jouent dans le vent.
Samedi, coup de panique ! Nous constatons que tout le liquide de refroidissement du moteur a coulé. Heureusement, il y a un garage Fiat à Puerto Madryn. Nous irons lundi.
Un autre camping car est arrivé. Ce sont des français, Paul et Nadine. Le monsieur jette également un coup d’œil au radiateur d’Idéfix. Constatation : probablement un trou dans le radiateur et ce malgré la plaque de protection sous le moteur !

Lundi 26 novembre 2007, c’est une journée très intéressante… Nous arrivons au garage vers 10h00. Comme dans chaque garage, ils nous prennent en charge tout de suite. Mais nous ne récupérerons Idéfix qu’en fin d’après-midi car ils ont plusieurs heures de travail et en plus, ils font la siesta de 12h00 à 16h00 !!
Nous passons une bonne partie de la journée en ville.

Mardi 27 novembre 2007, encore une journée très intéressante… Nous nous rendons chez «Firestone » afin d’y arranger l’alignement de nos roues avant. L’intérieur du pneu avant gauche s’use anormalement vite. Là, ils ne peuvent nous aider et ils nous donnent une adresse à Trelew. En route. Nous y arrivons vers 15h30. A 16h30, le tour est joué. L’alignement est, selon les argentins, correct et nous devrions être “tranquilo” pour longtemps.
Nous trouvons un camping à quelques kilomètres de Trelew. D’autres voyageurs y passent aussi la nuit : hollandais, allemands et français.

Mercredi 28 novembre 2007, enfin, nous nous relançons sur la route. Vive l’aventure, vivement de nouvelles découvertes ! En route vers Isla Escondida. Après avoir parcourus quelques kilomètres sur la nationale 3, nous trouvons facilement la piste qui mène vers la plage. Le ciel est gris, quelques gouttes de pluies sont déjà tombées. J’espère qu’il ne pleuvra pas trop. Sinon, nous resterons sur la plage le temps qu’il faudra pour que la piste sèche. Je ne suis pas certaine que nos 4 tonnes puissent passer sans problème sur cette piste mouillée.

Isla Escondida
Isla Escondida

Nous nous approchons de la plage et là, nous avons une superbe vue sur la petite baie. Aura-t-on la chance d’y voir des éléphants de mer? Nous trouvons un endroit sympa pour passer la nuit, évidemment, avec vue sur mer. A cent mètres d’Idéfix deux éléphants de mer se prélassent au soleil. C’est munis de l’appareil photo et de la caméra que nous allons les observer de plus près. Le bruit de nos pas sur les pierres les réveillent. Ils lèvent la tête et nous observent de leurs grands yeux noirs. Dès que nous nous approchons de trop, ils ouvrent leur gueule et émettent un son semblable à un long, très long rot.

Isla Escondida
Isla Escondida
Isla Escondida
Isla Escondida

Le ciel s’éclaircit petit à petit. Nous partons nous promener sur les rochers. La mer est splendide, sa couleur est d’un bleu azur et l’écume des vagues est d’un blanc étincelant.
Les enfants cherchent et observent les crabes prisonniers dans les creux des rochers. “Ici, c’est le paradis des crabes” s’écrient-ils.

De retour à notre point de départ, près des deux éléphants de mer, les enfants nous invitent à prendre l’apéritif dans leur passage secret. Le temps de jouer quelques minutes ce jeu de rôle, un troisième éléphant de mer arrive près de la plage. Nous nous en approchons. C’est une scène incroyable. Je filme la scène. J’ai Yann et Pauline en avant plan. Pauline est accroupie, joue dans le sable, l’air de rien. Yann, fait le pitre, il saute, joue avec les vagues et fait pas mal de bruit. L’éléphant de mer, curieux, l’observe, nous observe. Il n’est qu’à quelques mètres de nous. Va-t-il nous apprivoiser et venir sur la plage ? Malheureusement, non. Probablement trop impressionné par ces bipèdes, il préfère s’en aller vers un endroit plus clément. Par contre, les deux autres éléphants de mer ne semblent nullement dérangés par notre présence et se dorent toujours au soleil. Ils bougent à peine, si ce n’est pour se gratter ou pour se tourner un peu plus vers le soleil. Finalement, c’est à marée haute, 5 heures après notre arrivée, que nous les voyons enfin faire trois mètres pour se jeter à l’eau. Leur fainéantise nous donne envie de nous coucher de bonne heure et de dormir profondément tels ces drôles d’animaux marins.

Punta Tombo
Punta Tombo

Jeudi 29 novembre 2007, au lever, nous apercevons quelques éléphants de mer de loin. Il fait beau, nous profitons encore un peu de ce bel endroit et partons ensuite vers Punta Tombo. La piste est longue mais les paysages sont de plus en plus jolis, surtout, lorsque nous apercevons la mer de loin. Bon-papa Richie aimerait certainement peindre cette vue. La terre beige, rouge par endroits, abrite des petits bosquets verts, des fleurs jaunes dont les guanacos semblent se régaler et tout cela sur le fond bleu azur de la mer. D’ici quelques kilomètres, nous arriverons dans une réserve qui contient la plus grande colonie de pingouins de Magellan d’Amérique du Sud. A cette période de l’année il y a en moyenne 175000 couples de pingouins. Les mâles, qui sont un rien plus grands que les femelles, arrivent au mois de septembre. Ils retrouvent leur nid et l’arrangent. Les femelles les rejoignent un peu plus tard. Elles pondent leurs œufs aux alentours du mois d’octobre. Après quarante jours de gestation les petits sortent de leur coquille. Les parents couvent les petits à tour de rôle. L’un reste au nid et l’autre part à la chasse, c’est-à-dire à la mer pour y attraper des poissons.

Nous arrivons à Punta Tombo vers l’heure du midi. Nous hésitons à faire la balade rapidement afin de partir relativement tôt pour trouver un endroit où dormir. Dormir ici serait impossible. Néanmoins, nous posons la question et personne ne nous dit non. Chouette, nous pourrons donc profiter pleinement de la promenade et loger ici tranquillement.

Punta Tombo
Punta Tombo

Dès le début de la promenade nous nous rendons compte qu’il y a un nid de pingouin sous chaque arbuste. Nous pouvons y voir un des parents couver un œuf ou protéger son petit en le maintenant sous ses ailes. D’autres pingouins se promènent, enfin vont et reviennent de la mer, d’autres encore soignent leur plumage noir et blanc en le couvrant d’huile. Yann et Pauline s’amusent à imiter leur démarche, ils mettent leurs pieds en position “10h10″ et se dandinent tout en maintenant leurs bras tendus, légèrement écartés, le long de leur corps.
Le site est superbe, les couleurs sont magnifiques et d’autres animaux, tels des moutons, des guanacos, des souris, des skuas antarctiques (oiseaux), des goélands (et d’autres animaux que nous n’avons pas aperçus) partagent ce bel endroit avec les pingouins.
De retour chez Idéfix, nous faisons la connaissance de Charlotte, Alexandre et Antoine (20 mois). C’est une famille française en camping car. Ils dormiront également ici cette nuit.

Punta Tombo
Punta Tombo

Le soleil se couche de plus en plus tard. Nous profitons donc de plus en plus des belles et longues soirées. Lorsque la nuit commence à tomber et que la température baisse, les pingouins se mettent à crier. Leurs cris varient entre le son d’une trompette et le braiment d’un âne. Nous avons droit à un vrai concert pendant plusieurs heures. Nous avons même droit à la visite de pingouins et de guanacos qui viennent tout près d’Idéfix. Voilà encore une belle journée que nous venons de vivre!

Vendredi 30 novembre 2007, le jour se lève sur le site de Punta Tombo. Les touristes ne sont pas encore arrivés. Nous nous levons tôt et entamons notre heure quotidienne d’école tout de suite après le petit déjeuner. Le matin, les enfants parviennent mieux à se concentrer, même s’ils jettent de temps en temps un regard par la fenêtre afin de voir si un pingouin ne vient pas discrètement suivre la leçon.
Il est 10h30. “Ok, l’école est finie, en route.” Nous nous rendons à Camarones d’où une piste longeant la baie nous mène au parc de Cabo Dos Bahias. Le vent s’est levé et le ciel est un peu couvert. Nous décidons malgré cela de faire la visite du site.

Cabo Dos Bahias
Cabo Dos Bahias

Le site est plus petit que celui de Punta Tombo mais la colonie de pingouins est importante et dense. Peu importe où nous posons notre regard, notre champ de vision grouille de palmipèdes en noir et blanc. Des passerelles en bois nous permettent de marcher à quelques centimètres au dessus du territoire des pingouins et de les observer de très près. Les uns reviennent de la mer, d’autres émettent leur cris en allongeant leur cou et en pointant leur bec grand ouvert vers le ciel. D’autres encore, se disputent pour un nid et se frappent avec leur bec. Les pingouins ne semblent nullement effrayés par notre présence. Lorsque Yann et Pauline veulent monter sur la passerelle, un pingouin leur “bloque” le passage. Ce sont plutôt les enfants qui ont peur d’un coup de bec du pingouin. Après de longues minutes d’attente et voyant que l’animal semble ne pas vouloir bouger, nous décidons de passer à côté de lui. Nous avons l’impression de presque l’effleurer. Nous sommes seuls sur le site. Mais le ciel nuageux et le vent glacial font que nous ne profitons pas pleinement de cet endroit magique. Quelques lions de mer se reposent sur les rochers d’une petite île située en face du site, mais ils sont trop loin pour pouvoir les observer avec beaucoup d’intérêt.
Après une demi-heure de visite, nous remontons dans Idéfix pour faire une heure de piste. Peu avant de rejoindre Camarones, nous nous arrêtons sur une petite plage où nous décidons de bivouaquer. L’endroit est agréable. Sophie scrute le moindre mouvement de l’eau dans la baie dans l’espoir d’apercevoir une orque. En vain… les orques manqueront probablement à notre collection de photos d’animaux marins.

Camarones
Camarones

Samedi 1 décembre 2007, au réveil, le soleil brille, le ciel est bleu, la mer est plate comme un miroir et la plage juste à nos pieds. Que demander de plus? Après l’école et quelques moments d’écriture, nous passons le restant de l’après-midi sur la plage avec les enfants. Que du plaisir, nous retrouvons des moments de notre enfance et des instants partagés avec nos enfants, chez nous, à la mer du nord. Nous creusons un grand trou et construisons un château de sable tout en attendant ensuite que les vagues de la mer engloutissent notre souvenir de la Belgique.
Pour Yann, ces jeux sur la plage ne sont pas les seuls bons moments de la journée. Il a (enfin) perdu sa première dent de lait. Il attendait cela depuis un bon bout de temps. Qu’il est fier!

Bosque Petrificado - Sarmiento
Bosque Petrificado - Sarmiento

Lundi 3 décembre 2007, près de Sarmiento, au bout d’une piste de 30 kilomètres se trouve un parc appelé “Bosque Petrificado” ou un parc de bois pétrifié. Il y en a plusieurs en Argentine. Nous garons Idéfix devant la maison du guardaparque et empruntons un petit sentier sur un terrain abrupt et aride. Le vent souffle très fort. Il n’y a pas de végétation pour y faire écran. Sur les flancs des monticules de roches érodées sont éparpillés des tronc d’arbres dont le bois s’est transformé en pierre. Ces troncs se trouvent là depuis plus de 60 millions d’années! A première vue, il s’agît de vulgaires morceaux de bois. Lorsque nous les touchons, par contre, nous sommes forts surpris par la froideur et la dureté du bois. Sous nos pieds les copeaux de bois qui s’entrechoquent font un bruit de cliquetis. Etonnant!
N’ayant aucune envie de refaire 30 km de piste ce soir, nous demandons au guardaparque la permission de loger à l’entrée du site. Il accepte gentiment en nous laissant croire qu’il le fait exceptionnellement. Le soleil se couche, le vent forcit. Les nuages prennent des couleurs spectaculaires, variant entre l’orange et le rose, sur un fond bleu. Un renard s’approche, petit à petit les couleurs ternissent et puis s’éteignent. Bonne nuit.

Mercredi 5 décembre 2007, Nous arrivons à Puerto Deseado et longeons le fleuve en amont. Nous entrons dans la réserve naturelle de Ria Del Deseado. Les petits îlots parsemés sur le fleuve abritent des centaines de goélands et des cormorans. Nous contemplons la scène depuis la rive. Puis, nous retournons en ville afin de nous inscrire pour une excursion en bateau. Ainsi nous pourrons continuer à découvrir ce superbe endroit demain.

Puerto Deseado
Puerto Deseado

Jeudi 6 décembre 2007, nous prenons un bon petit déjeuner avec du pain grillé tartiné de Nutella que Bon papy et bonne mamy nous ont ramené il y a déjà un mois. Ensuite, en route pour l’excursion. Je suis toute excitée, aurons-nous la chance de voir des “toninas overas” (dauphins de Commerson)? J’en ai même rêvé cette nuit…

Puerto Deseado - Ria del Deseado
Puerto Deseado - Ria del Deseado

Nous embarquons dans un grand zodiac avec trois autres personnes. La sortie en bateau se passe sur le Rio Deseado qui fait partie de la réserve naturelle Ria Del Deseado. Le capitaine nous emmène vers l’embouchure de la rivière. Nous observons des centaines de goélands ainsi que des sternes arctiques plongeant à pic dans l’eau. Ils sont en compétition avec les pingouins qui nagent à la surface avant de plonger à la vue du moindre petit poisson.

Puerto Deseado - Ria del Deseado
Puerto Deseado - Ria del Deseado

Soudain, nous apercevons des taches noires et blanches à côté du bateau… les dauphins! Super, ils sont au rendez-vous! Il y en a à tribord, à bâbord, devant la proue, ils jouent, sautent passent sous le bateau et filent comme des flèches lorsque le bateau accélère. Ah, nous sommes comblés de bonheur.

Puerto Deseado - Ria del Deseado
Puerto Deseado - Ria del Deseado

Après ce moment d’exaltation, nous partons vers d’autres rencontres, vers celles de cormorans gris et de cormorans “de roche”. Ils nichent par dizaines sur la falaise. Le cormoran gris nous surprend par sa beauté. Tel son nom l’indique, son plumage est gris, ses pattes et son bec sont rouges et ses yeux d’un bleu perçant. Le cormoran “de roche”, dont nous apprécions particulièrement la position d’atterrissage, nous permet de voir de très près des nouveaux-nés.

Puerto Deseado - Ria del Deseado
Puerto Deseado - Ria del Deseado

Les découvertes ne sont pas terminées, nous naviguons vers une petite île où ont élus domicile des lions de mer. Le bateau s’en approche tellement que nous avons l’impression de pouvoir les toucher. Nous en avions déjà vus mais jamais de si près. Le mâle, droit sur ses pattes avant, semble tenir la garde. Il y a en moyenne 4 à 9 femelles pour un mâle. Si l’on compte tous les jeunes, cela fait une belle famille nombreuse.

Puerto Deseado - Ria del Deseado
Puerto Deseado - Ria del Deseado

Nous finissons la visite de la réserve par un arrêt sur une île où habitent des pingouins de Magellan. Ici, nous les voyons dans un cadre tout à fait différent que précédemment. C’est la première fois que nous nous promenons parmi les pingouins sur la plage. De plus, les paysages sont magnifiques.
Voilà encore une belle journée de découverte de la faune patagonienne.

Puerto Deseado - Ria del Deseado
Puerto Deseado - Ria del Deseado

Le restant de la journée, nous la passons essentiellement sur le net à la recherche d’un cargo pour l’Australie et nous ouvrons nos boîtes à messages en espérant avoir quelques nouvelles de notre famille et de nos amis. Aujourd’hui, tout le monde fête la Saint-Nicolas en Belgique et les fêtes de fin d’année approchent à grands pas. Y aurait-il une petite pointe de nostalgie ou juste l’envie de partager nos moments de bonheur respectifs ?

Vendredi 7 décembre 2007, Feliz Cumpleaños Carlos! Encore une journée de route. La monotonie de la route est interrompue deux fois. Une première fois par un groupe de guanacos qui traversent la Ruta 3 au moment où nous arrivons à leur hauteur et qui m’oblige à freiner sec. Une deuxième fois par un bruit court et sec, provenant de sous le capot, qui nous surprend. Idéfix perd de la vitesse et produit de la fumée noire. “Oh, non, quoi encore?” Heureusement, l’inquiétude ne dure pas longtemps. Le tuyau d’arrivée d’air s’est détaché, je ressers la bague et nous pouvons repartir.
Le vent souffle fort, très fort. Et la pampa, cette grande étendue sans relief et pourvue d’une végétation très basse, ne fait rien pour retenir ce vent contre lequel Idéfix lutte. Le vent vient du sud. Nous dépensons beaucoup de gasoil, la jauge du carburant baisse à vue d’œil. Nous arrivons à Puerto San Julian sans encombres.

Puerto San Julian
Puerto San Julian

Samedi 8 décembre 2007, à Puerto San Julian, là où l’avenue San Martin débouche sur la rive, est ancré une réplique du navire Victoria. Avec ce navire, l’explorateur portugais Magellan a fait escale dans ce port en 1520. Magellan fut frappé par la taille et la force d’un des hommes qu’il rencontra et lui donna le surnom de “Patagon”. C’est ainsi, que Puerto San Julian se dit fier d’être à l’origine du mot “Patagonie”, qui désigne les trois provinces australes de l’Argentine. Si Magellan fut le premier homme de l’histoire à effectuer le tour du monde, nous, par contre, avec notre Idéfix, nous ne sommes certainement pas les premiers à effectuer le “circuito turistico” aux abords de San Julian. Il s’agit d’une piste de 30 kilomètres qui longe la côte et qui nous permet de profiter de quelques belles vues sur la mer, sur des plages, d’apercevoir une île de pingouins et une loberia où les lions de mer brillent aujourd’hui par leur absence.
Nous passons une après-midi agréable mais pas inoubliable. Le vent pousse de gros nuages gris dans notre direction. Nous décidons donc de ne pas bivouaquer sur la plage comme prévu mais de nous mettre à l’abri au camping.

Lundi 9 décembre 2007, nous souhaitons quitter Puerto San Julian et aller au Parc National Monte Leon. Nous quittons le camping vers 11 heures et passons d’abord en ville pour faire quelques courses. Nous y rencontrons une famille allemande en voyage pendant 6 mois avec quatre enfants. Nous échangeons quelques tuyaux et finalement nous nous installons avec Idéfix devant une maison privée où l’on peut capter du Wifi. C’est marrant, tous les jours, nous voyons des étrangers s’installer dans leur véhicule devant cette maison. On se demande pourquoi… Le temps de vérifier nos mails et de mettre le site à jour, il est 16 heures lorsque nous sommes fin prêts pour quitter Puerto San Julian. Mais quel vent sur la route ! Idéfix est continuellement poussé vers la gauche.
Finalement, nous n’allons pas rouler jusqu’au Parc Monte Leon. Nous passons la nuit sur une petite île, appelée “Isla Pavon”, située au beau milieu d’une rivière, à 34 kilomètres du Parc. L’endroit est sympa, c’est une petite oasis dans cette région de steppe relativement aride.

Parque Monte Leon
Parque Monte Leon

Mardi 11 décembre 2007, chouette, nous n’avons pas beaucoup de kilomètres à parcourir aujourd’hui. Nous ne devons affronter ce vent que pendant une demi-heure avant d’entamer la piste qui va vers l’est. Nous traversons une pampa bordée de quelques collines. D’innombrables guanacos nous regardent passer. Yann cherche un puma entre les petits arbustes. Nous faisons un premier arrêt à la “loberia”. Une petite promenade sur une passerelle de 400 mètres nous emmène en haut d’une falaise. De là, nous observons des lions de mer. Les uns se prélassent sur les rochers et les autres essaient de les rejoindre. La roche est très raide et très lisse. Ils s’élancent, prennent appui sur leurs pattes arrière, montent de quelques mètres et… glissent comme sur un toboggan, retombent à l’eau et recommencent le même effort pour enfin, au bout de plusieurs essais arriver en haut où ils pourront se reposer pendant de longues heures.

Parque Monte Leon
Parque Monte Leon

Le prochain arrêt est à la “Isla Del Guano”. Nous y voyons de loin deux colonies de centaines de cormorans impériaux. Au début du siècle dernier, les hommes ramassaient les excréments (guano) de ces oiseaux afin de les revendre aux industries chimiques qui en extrayaient des composants. Les visites fréquentes de ces ramasseurs de guano mettaient en péril la vie de cette colonie et d’autres oiseaux qui nichaient sur cette île. En 1994, la province de Santa Cruz nomma cette île “réserve provinciale”, ce qui mit définitivement un terme au ramassage des excréments. Ainsi, la survie de la colonie des cormorans impériaux était assurée. Nous poursuivons notre route car il y aurait encore de jolies choses à voir. Entre autres, une grotte uniquement accessible à marée basse.
Nous partons faire une promenade sur la plage. Les galets de la plage montrent une multitude de couleurs. Il y en a qui sont blancs ou beiges, mais d’autres sont verts ou rouges. Un pingouin égaré sort de l’eau et marche vers nous sur deux mètres en se balançant. Puis, il semble se rendre compte qu’il n’est pas au bon endroit et il replonge dans la mer.

Parque Monte Leon
Parque Monte Leon

Vers 18 heures, heure de la marée basse, Damien, Yann et Pauline partent à la découverte de la grotte. Une heure plus tard, ils reviennent bredouilles… ils n’ont pas trouvé la grotte! Ils se sont promenés jusqu’au pied de la Isla Del Guano. Au retour, Damien va se renseigner chez le guardaparque. La grotte s’est effondrée il y a un an ! Voilà le mystère de la grotte élucidé.

Ce soir, malgré que le vent souffle de plus en plus fort, Damien prépare la viande “a la plancha”. La viande argentine cuite à la poêle est bonne, mais grillée au feu de bois, elle est absolument succulente! Le repas terminé, les enfants couchés, nous sortons et profitons de cette belle soirée. Il est 21h30 et il fait toujours clair. Cette nuit, nous sommes bercés dans Idéfix qui bouge au rythme de ce vent incessant.

Mercredi 12 décembre 2007, hier soir, le vent s’est couché bien après 22 heures, ce matin, il faisait clair à 5 heures. Le soleil brille mais le vent souffle toujours, il soulève d’énormes nuages de sable. Lorsque nous pointons notre nez dehors, tous nos orifices se remplissent de ces petits grains. Difficile de profiter pleinement de cet endroit dans ces conditions. Dommage, nous quittons le parc et retournons sur l’ile Pavon afin de nous abriter du vent. Heureusement qu’il n’y a que 30 kilomètres à faire car nous ne nous sentons pas très à l’aise. Le vent souffle tellement fort qu’il fait faire des zigzags à Idéfix. Les derniers mètres sur le pont nous effrayent ! Au camping, nous retrouvons Marcel et Marie, rencontrés à Cusco, au Pérou, ainsi que la petite famille allemande de Dos Bahias. Je leur raconte mes craintes qu’Idéfix puisse se renverser à cause du vent. Sur la route, Damien me rassure en me disant que c’est impossible. Mais Marcel, qui a bien plus d’expérience que nous, nous dit le contraire ! Ouf, nous avons bien fait de venir nous abriter ici. En cet instant précis, nous écrivons nos carnets de route.

Jeudi 13 décembre, étape à Rio Gallegos. Quel plaisir de rouler sans être continuellement poussé par le vent ! Idéfix avale rapidement les kilomètres. Arrivés à Rio Gallegos, nous vérifions nos mails et achetons le stricte minimum dans un “mercado”. Après-demain, nous passerons la frontière chilienne et il est interdit d’entrer au Chili avec des fruits, des légumes, de la viande, de la charcuterie, du fromage, etc.
Nous devons donc manger nos produits frais tant que nous sommes sur le sol argentin.

Petite anecdote de Pauline : “Maman, je peux avoir un morceau de fromage, s’il te plaît?”
“Pauline, tu en as dans ton sandwich.”
“Mais non, maman, je voudrais un morceau de fromage en liberté! ”

Vendredi 14 décembre 2007, au sud de Rio Gallegos, la pampa change d’aspect. Les petits buissons verts disparaissent et font place à d’immenses étendues d’herbe sèche. Nous ne pouvons nous empêcher de nous imprégner de ce décor patagonien. Le ciel bleu est soutenu par une armée de petits cumulus touffus. Mais dans la même journée, le ciel peut se charger de nuages gris lourd et menaçants. Le vent souffle fort et sans interruption. Sans doute un gaucho solitaire est-il en train de préparer un feu pour son repas du soir, mais nous ne le voyons pas. Les étendues des prairies sont trop grandes. Mais qui a bien pu installer ces milliers de kilomètres de clôture séparant les terres de la route ?

Laguna Azul
Laguna Azul

Ce soir, nous logeons à côté de la “Laguna Azul“. Ce petit lac à l’eau claire est un lac volcanique situé dans le cratère d’un volcan complètement affaissé. Des oiseaux survolent le lac en poussant des cris semblables à un klaxon de vélo. Ce sont des “Bandurrias” (une espèce d’ibis au long cou jaune).